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5 SIECLES de PEINTURE en NORMANDIE

Date : 16 mars 2017

Conférence de Didier Deperrois, Président de l’Université populaire du Neubourg
Le conférencier nous présente sept peintres vraiment représentatifs de la peinture en Normandie, par leurs ciels, la nature, le terroir, de Nicolas Poussin à Raoul Dufy. Pour se former ils ont copié les œuvres des Maîtres, s‘inspirant du passé et de l’immédiat. Tous avaient l’amour de la terre et de la nature
Nicolas POUSSIN (Les Andelys 1594-Rome 1665)
Son père, Capitaine, ne comprenant pas le désir de peindre de ce fils orphelin de mère, quand le peintre Quentin–Varin, venu pour une commande aux Andelys l’encourage, il part à 15 ans et sans le sou à Paris où il rencontre Philippe de Champaigne, peintre de Marie de Médicis, va étudier à Blois puis, avec son ami Le Lorrain arrive à Rome où il s’installe en 1664 et commence vraiment à peindre. Très érudit, Poussin place des symboles dans ses œuvres, commandées par un important cercle de mécènes, comme Les Bergers d’Arcadie, objets (sablier du temps ; bulles de savon de l’éphémère…) personnages à l’antique ou allégories. En Normandie il avait acquis une parfaite connaissance de la nature, avec frondaisons et nuages, cela contribue aussi à son originalité et à son succès.
Sur l’injonction de Richelieu, et sans enthousiasme il revient deux ans à Paris, période très féconde mais pendant laquelle il se heurte à une cabale ourdie par les amis de Simon Vouet (1590-1649), le Premier Peintre du Roi Louis XIII. Artiste très apprécié à Rome, il use d’un subterfuge pour y rentrer grâce à une lettre de sa femme (sœur du peintre Dughet) se prétendant très malade. Né Normand et Français, il y reste jusqu’à la fin de sa vie, imposant son art en Italie.
Œuvres remarquables : Autoportrait, 1650, conservé au Louvre comme Diogène jetant son écuelle de 1657, L’hiver ou le déluge, 1660-1664 (série des quatre saisons), Coriolan supplié par sa famille, 1652, musée Nicolas Poussin aux Andelys.
Jean-Baptiste JOUVENET dit Le Grand (Rouen 1644-Paris 1717) Après une jeunesse à Rouen, il est vite intégré par Le Brun dans son équipe de peintres décorateurs des résidences royales après son arrivée à Paris en 1661. Son parcours est très académique, travaillant surtout à de nombreuses commandes de grands tableaux d’églises aux figures monumentales comme La descente de Croix de 1697 conservée au Louvre, ou les “Mays” de Notre-Dame commandés par la corporation des orfèvres. Une grande théâtralité caractérise sa peinture, et le sens de la couleur hérité de Rubens, qu’il admire, comme dans la Pentecôte de 1709. S’éloignant du classicisme inspiré par le dessin de Poussin, il incorpore du baroque et du réalisme par les biais d’importants détails, comme dans la Pêche miraculeuse de 1706 ou de véritables pêcheurs de Fécamp sont représentés. A la fin de sa vie, paralysé de la main droite il réussit à peindre de la main gauche et meurt à Paris en 1717.
Théodore GERICAULT (Rouen 1791-Paris1824) Né à Rouen dans une riche famille originaire de la Manche qui s’installe à Paris, Géricault, doué pour le dessin, est encouragé par ses parents dans la voie des arts dès son plus jeune âge. Il se forme chez Carle Vernet, spécialiste de scènes de chasse, chez Guérin, au Louvre en copiant les Maîtres et dans les écuries impériales pour sa passion des chevaux. A 21 ans, en peu de jours, ce virtuose peint en 1812 l’Officier de Chasseurs à cheval de la Garde impériale chargeant, tableau qui, présenté au Salon en 1813, reçoit un accueil glacial des militaires jugeant que ce Lieutenant Dieudonné, en regardant derrière lui n’harangue pas ses troupes et tourne le dos au combat ! Déçu, il reçoit une médaille mais pas le Grand prix de Rome, s’engage dans une compagnie des mousquetaires du Roy. L’aisance de sa famille lui permet de s’installer à Rome deux ans, très inspiré par l’œuvre des Maîtres, surtout Michel-Ange. Il peint de nombreux chevaux, des portraits, des scènes de genre. Pour le Salon de 1819 il veut peindre du spectaculaire : Le Radeau de la Méduse 1818-1819 conservé au Louvre. En 1816, Louis XVIII ayant reçu de l’Angleterre la possibilité de récupérer la colonie du Sénégal, une escadre partit de l’île d’Aix. Son navire amiral, voulant gagner plus rapidement St Louis du Sénégal, s’échoua et s’ensabla sur le banc d’Arguin, au large de la Mauritanie ; il fut décidé de fabriquer un radeau pour environ 140 personnes qui ne pouvaient profiter des barques surchargées, dont les passagers furent tous sauvés. Les naufragés du radeau dérivèrent 13 jours, il n’y eut que 15 survivants, sauvés par l’apparition du navire Atgus représenté tout petit au fond du tableau. Géricault par cette immense toile veut témoigner d’un scandale. Ses amis posent pour lui (Delacroix) mais, surtout, un ami médecin à Beaujon, tout près de son atelier, le fournit en membres amputés…
L’œuvre est mal reçue, il l’emporte en Angleterre où le succès l’attend. Rentré malade à Paris, il peint sa série de “monomaniaques” pour un ami médecin de la Salpêtrière, tombe plusieurs fois de cheval, en sort paralysé et meurt le 26 janvier 1824, à 35 ans.
Jean-François MILLET (Gruchy 1814-Barbizon 1875)
Les parents de J-F Millet sont agriculteurs, très vite il peint des scènes de la vie quotidienne. La Couseuse, Le Semeur créant un courant nouveau : activités familières, apologies de la vie : les Glaneuses - 1857, l’Angélus -1859. Devant ce tableau, Dali avait eu l’intuition que le panier ne contenait pas des pommes de terre mais un enfant mort. L’étude scientifique du tableau lui a donné raison et il a représenté plus de 60 fois au moins 1 des personnages de l’Angélus dans ses œuvres, dans le tableau La gare de Perpignan, par exemple.
Eugène BOUDIN (Honfleur 1824-Deauville1898)
Après avoir travaillé comme commis/assistant chez un papetier imprimeur, il fonde en 1844 avec un associé sa propre boutique où il expose les œuvres des artistes de passage. Encouragé par J-F. Millet, à 22 ans il se met à dessiner, abandonne le commerce pour ne plus se consacrer qu’à la peinture. Plus tard c’est lui qui encourage Monet à peindre en extérieur. Tous les plus grands peintres viennent à Honfleur pour le rencontrer, il est un des premiers Impressionnistes à exposer à l’Académie. En 1898 à Paris, se sentant très affaiblit, il demande à retourner à Honfleur pour “mourir face à la mer”.
On estime qu’il a peint près de 4500 tableaux, dont 224 sont conservés au Musée André Malraux du Havre.
Claude MONET (Paris 1850-Giverny1926)
Né à Paris, il vit au Havre où il est particulièrement assidu au dessin de caricature, puis encouragé à pendre en plein air par Eugène Boudin, il part étudier à Paris en 1859, organise avec quelques amis une société d’artistes qui expose 8 fois et cataloguée sous le nom d’ impressionnisme à la suite d’une réflexion sarcastique d’un critique devant son tableau Impression soleil levant - 1872.(Musée Marmottan). Il est l’homme de séries, mêmes motifs, mêmes lieux, et peints en fonction du temps, de l’heure, de la lumière, comme les Meules, les Peupliers, La Cathédrale de Rouen (30 tableaux). Après des années difficiles, il devient, à la fin de sa vie, extrêmement riche. Ami de Clémenceau, il peut exposer au Grand Palais et à l’Orangerie. Généreux, il aide Madame Manet, après la mort de son mari, et soutient le legs du peintre Caillebotte. Installé à Giverny où il achète une maison à la fin des années 1880, il entreprend les aménagements du jardin, Les Nymphéas. Il effectue de nombreux voyages : Angleterre, Pays-Bas, Norvège, Venise, Belle-Ile en mer…, d’où il rapporte de nombreux chefs-d’œuvre. Atteint de cataracte, sa perception des couleurs est altérée, il doit retoucher de nombreuses fois ses tableaux, ce qui le fatigue énormément ; il ose enfin se faire opérer. Atteint d’un cancer des poumons, il meurt à Giverny le 5 décembre 1926.
Raoul DUFY (Le Havre 1877-Forcalquier1953)
Dès 1893, Raoul Dufy suit les cours de l’école des Beaux-arts du Havre, puis ceux de l’école nationale des Beaux-Arts de Paris Il sort très vite de la peinture académique car, pour lui, le trait désigne la forme. En 1936, pour l’Exposition universelle de Paris, il reçoit la commande d’une œuvre gigantesque pour le mur courbe du hall du Palais de la Lumière et de l’Electricité construit par Mallet-Stevens. Autour des dieux de l’Olympe et de paysages inspirés par Le Lorrain et par les Impressionnistes (drapeaux tricolores de Monet), les travaux et les jours mènent aux temps modernes, avec leurs fêtes, leurs occupations et leurs savants figurés et nommés. Avec ses 624m2La Fée Electricité” du musée d’Art Moderne de Paris, est alors considérée comme la plus grande peinture murale du monde.
Peintre reconnu et très apprécié, Dufy s’installe à Forcalquier où il meurt en 1953, d’une crise cardiaque. S. B.