Fédération Française du Lyceum Club International

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A des ANNEES-LUMIERE

Date : 24 janvier 2019

Musée des Beaux Arts de Caen.
L’exposition regroupe une trentaine d’œuvres provenant de la collection du musée et du FRAC Normandie, Fonds Régional d’Art Contemporain. Cette exposition met en évidence l’utilisation de la lumière par les artistes contemporains. Depuis longtemps, les artistes se sont attachés à représenter la lumière dans ses effets. Au Moyen- Age, la lumière devient langage par son filtrage au travers des vitaux des cathédrales. Au début de la Renaissance, la lumière solaire envahit les tableaux ; aux 16ème et 17ème siècles les artistes traitent les contrastes, les clairs- obscurs et, au 19ème siècle, les peintres redécouvrent la lumière naturelle en travaillant dehors. Peu à peu, l’omniprésence de l’éclairage électrique artificiel a incité les artistes contemporains à utiliser la lumière comme un matériau à part entière. La conférencière nous emmène tout d’abord devant l’œuvre de Bertrand Lavier (né en 1949), intitulée "Philips". Douze spots montés sur des rails forment un cadre entourant le mur, où les faisceaux se rencontrent et dessinent les contours d’un papillon ou d’un trèfle à quatre feuilles selon l’imagination de chacun. Puis notre regard est attiré par un paravent transparent réalisé par Véronique Joumard, qui a également créé des vitraux pour la cathédrale de Bayeux. L’artiste a utilisé des vitres de lampes de phares et assemblé des panneaux de verre légèrement convexes, ce qui modifie la perception des objets vus au travers : l’image d’un visiteur passant derrière le paravent est tour à tour agrandie ou déformée.
L’œuvre suivante est un travail photographique du Japonais Hiroshi Sugimoto, architecte et photographe, qui partage son temps entre Tokyo et New York. Il est réputé pour son excellente technique photographique centrée sur l’utilisation de chambres de grand format et des expositions extrêmement longues. La photo, commentée par notre conférencière, est inspirée du "drive in", cinéma en plein air très prisé des Américains. Elle représente un écran géant, totalement blanc, dans un décor nocturne. Dans le ciel, on distingue des lignes blanches ; ce sont les traces lumineuses des avions dans la nuit. Pour obtenir ce résultat, Sugimoto a laissé son appareil ouvert pendant la durée de la projection, la lumière envoyée par l’écran a été enregistrée par l’appareil. Ensuite, l’œuvre "Febbraio" de Katinka Bock (née en Allemagne en 1976) se présente comme une grande bande de tissu bleu teinté d’orange, avec quelques volumes arrondis en argile. Pendant plusieurs jours l’artiste a disposé ce grand lé de tissu, à la lumière extérieure, sur des plaques de cuivre recouvertes de sel, et elle l’a parsemé d’objets aux formes simples. Les effets combinés de la lumière, du cuivre et du sel ont altéré la teinte bleue du tissu et fait apparaître des traces orange. Les formes des objets ne sont pas identifiables, ce qui confère à l’œuvre un caractère d’énigme … On peut y voir un paysage abstrait, des fleurs flottant sur l’eau…
L’œuvre de Bruno Peinado, "Sans titre. Luxe Interior", en acier poli, simplement posée au sol contre le mur, se situe entre la sculpture et l’image ; son socle est un dé à jouer. En la regardant attentivement, on peut apercevoir des silhouettes figuratives, des crânes, une silhouette de cow-boy, une tête d’animal etc. … Au -dessus semble trôner une forme rectangulaire : c’est un rétroviseur intérieur de voiture, on comprend alors que tous les autres objets ne sont que des "grigris", des figurines traditionnellement accrochées dans les voitures. L’artiste montre la persistance des croyances archaïques dans nos sociétés industrielles. Le procédé utilisé relève de la prouesse technique : il s’agit d’une découpe du métal au laser de manière très fine, détaillée. Bruno Peinado joue sur pleins et vides, reflets métalliques et ombres.
Le tableau de Jean Dewasne, "La Longue Marche", est une esquisse préparatoire pour une œuvre monumentale. Utilisant de la peinture industrielle, de la laque glycérophtalique, l’artiste crée des tableaux souvent accrochés aux murs d’usines pour ouvriers et travailleurs. Les couleurs vives des formes du grand ensemble rappellent les couleurs lisses et brillantes des voitures neuves. J. Dewasne a cherché à donner aux formes géométriques du tableau un certain rythme qui renvoie au titre.
L’œuvre de Bernard Quesniaux, "Paysage de Neige, mais en été", laisse quelque peu perplexe : sur un fond en aluminium réfléchissant la lumière sont accrochées quatre formes colorées en résine, lisses et brillantes, évoquant des coulures de peinture ou des objets dégoulinants qui fondent … comme la neige en été …
Pour terminer la visite, notre conférencière nous invite à nous intéresser à l’œuvre de Paolo Scirpa, "Le Ludoscope", un bloc noir parallélépipédique dont la face supérieure est un miroir. Lorsque le visiteur s’approche, l’œuvre s’allume et on peut découvrir un puits sans fond, cylindrique, produit par les reflets infinis des néons colorés. Le regard se perd dans le vide alors que l’œuvre ne fait qu’une cinquantaine de centimètres de hauteur !
Cette exposition nous a permis de découvrir les différentes utilisations de la lumière artificielle ou solaire (pour Katinka Bock) par les artistes contemporains. M.S.