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ANISH KAPOOR Expose au Couvent de la TOURETTE

Date : 11 décembre 2015

ANISH KAPOOR Expose au Couvent de la TOURETTE

Ce vendredi 11 Décembre nous avions rendez vous à Eveux. Un beau soleil d’automne caresse la cime des arbres bordant la longue allée qui nous guide au Couvent de la Tourette.

Posé en pleine nature ce temple de béton abrite des pères dominicains. A l’origine de ce projet, le père Couturier. Il voulait « loger dans le silence, des hommes de prières et d’études ». Ami d’artistes les plus novateurs du XXème siècle, il confie à Le Corbusier, architecte, urbaniste, designer et peintre de porter ce projet. Le plan de financement est difficile mais après aléas et diminutions de travaux, le couvent est achevé et inauguré en 1960.

Saisies dès le premier regard par cette ossature de béton armé, rugueux, « brut de décoffrage », nous retrouvons l’architecture de Le Corbusier : les pilotis, le toit terrasse, les fenêtres en bandeau, la façade libre. La bâtisse ne se fond pas dans la nature, elle suit l’horizon. Les formes géométriques et lignes droites apportent une grande simplicité voir une certaine nudité voulue par les pères dominicains. En même temps la luminosité, sans cesse modulée par les baies vitrées, pénètre et anime le couvent. Aujourd’hui il accueille des hommes du monde entier riches de culture et de sciences humaines. Il reçoit aussi de grandes expositions organisées par le père Chauveau. Justement nous le retrouvons près de l’Atrium. Il va nous guider dans l’exposition d’ANISH KAPOOR

Le père Chauveau a absolument désiré cette exposition d’Anish Kapoor, anglais aux racines indiennes et juives irakiennes, spécialiste des installations géantes. Dans l’Atrium une sculpture monumentale « Non Objet » créée en 2008.

Une structure d’acier pure, simple, monumentale reflète
tantôt les piliers gothiques de l’Atrium, tantôt les pans de
verres ondulatoires crées par Xénakis.
Cette masse d’acier poli, aux faces concaves, est dessinée
sculptée par l’artiste et ensuite travaillée dans ses ateliers
par des assistants souvent ingénieurs. Le résultat est
magique ! Elle renvoie la lumière et s’anime. Elle adoucit
le béton. Le dialogue s’installe entre l’œuvre,
l’architecture et nous entrons dans le jeu des reflets
indociles.

Nous poursuivons notre visite. Dans le couloir qui
conduit à l’église une œuvre surprenante.

Le « Golden Corner ». Nous aurions pu l’oublier.
Placée en angle du plafond, dorée, arrondie elle
semble incongrue sur le béton gris. Selon notre
position on y voie surgir une croix ou de la
lumière

L’église est sobre, un havre de paix et de recueillement. Au centre une sorte de « goutte noire » se fond dans l’architecture et restitue la couleur et les lumières qui tombent du ciel.
« The Spire » dirige sa flèche vers le haut. L’auteur fut très attentif à la façon dont la lumière est mise en scène. Une œuvre imposante placée au cœur de l’église, elle accompagne la messe dominicale et, si elle n’était pas spirituelle au départ, prend une autre dimension dans ce contexte.

Dans le réfectoire un « Entitled black mirror » Œuvre magistrale de deux mètres de diamètre. Concave, laquée de noir intense elle reflète tous les détails mais à l’envers. Nous sommes suspendus par les pieds. Paysage, pans de verre, fenêtres sont d’une grande netteté. C’est une œuvre de transition entre deux mondes.

« Sky mirror » posé au sol dans une cour sombre. Trois mètres de diamètre il est lui aussi concave, projette au sol le bâtiment et reflète le ciel, le passage des nuages. Il transforme cet espace en tableau vivant.

Nous entrons dans les espaces de vie. Le contraste est brutal. Les « œuvres rouges » nous attendent et le souffle se ralentit. On est pris à la gorge. Ces tableaux en cire et silicone sont moins consensuels. Les chaires malmenées repoussent ou attirent mais ne laissent pas indifférent. On pense au « bœuf écorché » de Rembrandt, « les écorchés » de Soutine, « les otages » de Fautrier. C’est une humanité blessée, vulnérable. Nous cheminons entre chaire et esprit, c’est déroutant.

« The endless column » termine l’exposition. Une colonne couverte de pigments rouges surgit du sol pour traverser le plafond.

Ce fut un long dialogue entre patrimoine artistique et création contemporaine, ombres et lumières animent les structures où l’œuvre vient se nicher, illuminer. Les intégrer dans « une idée de perfection » est un art qu’ Anish Kapoor et le Père Chauveau ont pleinement réussi. Les sculptures et tableaux habitent le couvent.

Nous reprenons le chemin, maintenant l’air tendre et frais, rêveuses ou troublées, notre journée fut belle et féconde.