Fédération Française du Lyceum Club International

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Alexandra David-Neel

Date : 6 juin 2019

COMMENT SE SAUVER POUR NE PAS SE PERDRE ?
Exploratrice et féministe acharnée, Alexandra David-Neel est surtout connue en tant que première femme européenne à pénétrer à Lhassa au Tibet en 1924, alors que cette ville était interdite aux étrangers. Mais c’est sous un autre angle que celui de l’exploit physique que Laure Dominique Agniel tente d’approcher ce personnage aussi fascinant que complexe.
En effet, c’est à travers la correspondance qu’elle entretient de façon suivie et régulière avec son mari Philippe, qu’elle abandonne pendant 14 ans pour vivre pleinement ses rêves, que l’aventurière nous est dévoilée.
Se sauver, tel a été le premier geste de survie de cette adolescente révoltée, détestée par sa mère qui ne lui pardonne pas d’avoir survécu au fils qu’elle a perdu.
Se sauver, c’est aussi se donner les moyens de vivre ailleurs, autrement, au maximum de ses possibilités et conformément à ses aspirations.
Quand on est une femme, à la fin du XIXème siècle, le premier moyen d’échapper à sa condition, de trouver un peu de liberté, c’est de se marier. Le second, c’est de travailler. Le troisième de ne pas avoir d’enfant. Alexandra va mettre en application ce vaste programme avec détermination.
Elle choisit soigneusement son époux, bel homme, à la situation confortable, ingénieur aux Chemins de fer en Algérie, avec lequel elle joue le jeu de la séduction : fuir pour mieux retenir. Après quelque temps de vie commune, elle le persuade que sa neurasthénie trouverait dans le voyage un puissant remède. Sa devise pourrait être : « Ni avec toi, ni sans toi ». Elle tient à son mari, certes, entretiendra avec lui un lien privilégié pendant 40 ans, à condition qu’il l’aime suffisamment pour lui permettre d’être ailleurs, libre et aventureuse. Elle part pour 6 mois en Orient et ne reviendra que… 14 ans plus tard ! Elle organise la vie affective de son mari, lui trouve une compagne de substitution et part l’âme sereine.
Les 5 noms successifs qu’elle porte témoignent de son évolution et de sa détermination à exister en tant que personne autonome et libre.
Née Louise David, elle optera pour Alexandra Myrial, cantatrice d’opéra, avant de revenir à Madame Neel. Elle devient par choix, par goût et par recherche spirituelle la Tibétaine : « Lampe de sagesse » avant d’assumer définitivement le nom sous lequel nous la connaissons par ses écrits, ses conférences et ses collections rassemblées au musée Guimet : Alexandra David-Neel. Ces différentes dénominations sont à la mesure de son long parcours (101 ans) à la fois chaotique et linéaire.
Cette petite femme est douée d’une résistance prodigieuse, d’une volonté de fer. Grande marcheuse, cavalière infatigable, elle fascine ceux qui sont capables de la suivre. Elle recherche en toute chose l’au-delà tant sur le plan physique, qu’intellectuel ou spirituel. Au-delà des conventions, au-delà des lois, au-delà des idées reçues, au-delà d’elle-même !
Elle ouvre pour les autres femmes une voie, tant au Tibet que dans l’Himalaya ou dans la vie, car elle assume ses choix en quête d’elle-même avec (et à travers) les hommes de qualité qu’elle côtoie : son mari Philippe, le dalaï-lama, les sages bouddhistes et son fils adoptif Yougden.
Aventurière de cœur et d’esprit, elle a toute sa vie œuvré pour trouver ce qui a été sa quête : le Shambala, pays de la félicité !
Alexandra David-Neel racontée par Laure Dominique Agniel
D.VDB 06 / 06 / 2019