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Au Musée de la Résistance de Grenoble : Femmes des années 40, Femmes je vous aime

Date : 11 février 2020

Au musée de la Résistance 
Femmes des années 40, Femmes, je vous aime !

La jeune et talentueuse guide qui nous accueille insiste sur le fait que l’exposition mise en place évoque tous les aspects de la vie des femmes pendant les années de guerre : le travail, la famille, les difficultés liées aux restrictions, et bien sûr la Résistance avec la Collaboration…

Pendant la 1ère guerre, il y a eu un très grand nombre de morts au combat. On incite donc fortement les femmes à avoir des enfants. Mais elles avaient remplacé les hommes aux champs, dans les usines. La fin de la guerre venue, elles n’ont pas forcément envie d’abandonner l’indépendance à laquelle elles avaient pris goût. C’est aussi l’époque où les mouvements féministes prennent de plus en plus d’importance.

Au moment où le déficit de la natalité commence à se résorber, la seconde guerre est déclarée. Le 10 mai 1940, un million et demi de soldats français sont faits prisonniers.
En l’absence des maris, le gouvernement de Vichy « veille au grain » : une loi très dure est votée pour punir l’adultère des femmes, une autre contre les « faiseuses d’anges », et les femmes mariées ne sont pas censées travailler. Mais nécessité fait loi, faute d’hommes ! Curieusement, on instaure 2 heures de sport obligatoires par semaine pour les femmes qui travaillent dans les usines. Merci Monsieur le Maréchal !
Autre activité bienvenue pour les femmes françaises : il faut des maisons closes pour les Allemands ! Les contrôles sanitaires y sont draconiens, et certaines des pensionnaires mourront des suites des traitements médicaux excessifs qui leur sont infligés.

Par ailleurs le gouvernement met en place un système de tickets de rationnement, car les demandes énormes du Reich conduisent rapidement à une pénurie généralisée : par exemple, 10 000 têtes de bétail sont réquisitionnées chaque semaine, 700 000 tonnes de charbon par mois ! C’est le règne de la débrouillardise, tout vient à manquer : les galoches à semelle de bois tintent gaiement sur les pavés, on invente la jupe-culotte parce que c’est plus pratique à vélo, les remailleuses de bas de viscose ne manquent pas de travail, et on échange les recettes de savon.
Une autre activité voit le jour : la queutière : c’est celle qui fait la queue à la place des autres, pour leur faire gagner du temps et elle envoie ses enfants faire les livraisons.

*Certaines femmes vont jouer le jeu de Vichy : Claire Darré-Touche, bonne pétainiste, vend ses Biscuits Brun aux Allemands, et fait acclamer Pétain par ses ouvrières lorsqu’il vient visiter son usine… Elle se débrouillera pour la récupérer après la guerre. Heureusement il y a une morale : les Résistants videront sa cave et se régaleront de ses grands crus et de ses provisions.

Simone Waro, de son nom de scène Simone Provence, tombe amoureuse d’un officier allemand, et soutire des informations aux paysans du Vercors, et aux jeunes réfractaires au STO partis dans le maquis. On estimera qu’elle est responsable de la mort de 44 maquisards. Elle sera arrêtée, condamnée à mort, graciée par de Gaulle parce qu’enceinte (mais c’était un mensonge !).

Maud Champetier de Ribes est chargée d’intercepter les femmes juives fuyant vers la Suisse. Elle sera condamnée à mort.

*D’autres femmes choisissent la Résistance. Elles seront nombreuses, courageuses, voire intrépides ! Elles vont d’abord distribuer les journaux. Marie Reynoard est l’une d’entre elles, elle sera arrêtée une première fois à Lyon en 42, puis en 43, envoyée à Ravensbruck, où elle meurt en 45.

Marguerite Gonnet distribue le journal Libération, malgré ses 9 enfants, est arrêtée, jugée Elle n’hésite pas à se dire « fervente et imprudente gaulliste » !

Marie-Jeanne Bordat, avec son mari, possède un gîte dans le Vercors. De nombreux paysans aident les maquisards, et elle collecte pour eux des vivres, transmet des nouvelles. Arrêtés tous les deux, torturés, ils ne livrent aucun nom. Aussitôt libérés, ils reprennent leur travail !

Paulette Jacquier, avec son père, fonde un réseau de sabotage de la ligne Lyon-Grenoble, puis rejoint l’armée de libération. Elle reçoit la Légion d’honneur des mains de de Gaulle.

Nombre de femmes vont se préoccuper de sauver des Juifs. Quand la zone libre est envahie, il n’y a plus de refuge possible pour eux, sauf à être cachés par des Français compatissants.
Hélène Guidi, avec son mari, son fils et une infirmière, va cacher des enfants juifs dans le préventorium de Prélanfrey du Gua. Aucun villageois ne les dénoncera.

Beaucoup seront déportées : Mimi Mingat, secrétaire de mairie, utilise les tampons pour faire de faux papiers. Elle sera envoyée à Ravensbruck.

Jeanne Garaud, communiste, sera déportée à Ravensbruck, Oranienburg, et réussira à s’échapper lors des « marches de la mort ». Elle reviendra à Grenoble.

Mais parmi les Français qui recevront la médaille de la Résistance, il n’y aura que 10% de femmes. On privilégie surtout la lutte armée et ce sont des hommes qui reconnaissent ces actions.
C’est seulement en 1968 qu’on donne le nom de Marie Reynoard à une rue grenobloise.
Rappelons-nous bien que les femmes n’obtiendront le droit de vote qu’en 1945, grâce à de Gaulle.
Et ce n’est qu’en 1965 qu’elles pourront ouvrir un compte bancaire à leur nom.
Il y aurait beaucoup à dire sur toutes les femmes admirables qui ont largement contribué à la libération de la France, libération qui est allée de pair avec la leur et aussi la nôtre.

Que diraient toutes ces femmes de l’évolution de notre société, si elles revenaient parmi nous ??
le 11/02/2020 P.M.