Fédération Française du Lyceum Club International

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CHAPELLE LALIQUE

Date : 20 octobre 2016

Visite de la Chapelle Notre Dame de Fidélité à Douvres la Délivrande,
dont le sanctuaire, décoré, de 1931 à 1933 par René LALIQUE (1860-1945),
a été classé à l’Inventaire des Monuments historiques le 12/02/1988 et restauré en 2003.

Fondée en 1831 par Henriette d’Osseville, la Congrégation Notre Dame de Fidélité entreprend aussitôt l’édification d’un sanctuaire en pierre de Caen. En 1865 l’agrandissement est décidé, interrompu par la guerre de 1870 avant que le transept droit ne soit commencé.
En 1929, pour la célébration du Centenaire, l’aménagement de la chapelle est confié à l’architecte caennais Guillemin-Tarayre. L’autel, bloc de 4 tonnes en calcaire de Chauvigny posé sur 4 colonnes aux chapiteaux à volutes différentes pour symboliser les Evangélistes, est consacré par Mgr Suhard, Evêque de Bayeux et Lisieux et futur Archevêque de Paris. A René Lalique, choisi sur les conseils de l’architecte, il est demandé de créer, selon les vœux de la Supérieure Générale, “un grand crucifix translucide dont le dessin sobre et l’art dépouillé symboliseraient le trait essentiel de la fidélité de Marie” (F. Engerrand).
L’artiste de renom connaît La Délivrande. Séduit par la lumière qui baigne l’église néo-romane et par la blancheur de la pierre il accepte et prévoit, sans en rien dire aux commanditaires, une œuvre de beaucoup plus grande envergure qui fait aujourd’hui de cette chapelle une des premières expressions monumentales en dalles de verre. Il dépose un brevet d’invention pour “un vitrail d’armatures métalliques et éléments de verre susceptibles de se prêter à de multiples combinaisons de montage” premier maître-verrier à concevoir des dalles de verre produites industriellement pour une utilisation modulaire en architecture (3 en hauteur, pour la table de communion, 7 pour les colonnes lumineuses, 6 pour le retable, 9-7-6 pour les verrières). Il dessine son lys "au naturel", fait réaliser les moules de fonte nécessaires à Paris par la maison Franckhauser, et présente son projet au Salon d’Art Religieux de 1930.
“Pour ces Dames, ce ne peut être que des lys ! ”. “On lui demande un Crucifix…il nous propose un parterre de fleurs ! ” s‘inquiète la Supérieure, qu’il convainc de lui permettre de modifier le décor existant, sans rien connaître encore de son projet.
Pour les dalles, la porte du Tabernacle et la lampe du sanctuaire, la pâte de verre en fusion (625°) est coulée en creux ; elle l’est en relief pour le Crucifix. Puis elle est pressée par un poinçon s’encastrant dans le moule afin d’en épouser parfaitement la forme. A froid, les surfaces sont travaillées par sablage ou ponçage pour satiner ou matifier les parties plates, par acide fluorhydrique pour lisser et faire briller les parties en relief dans le but d’accrocher le plus possible la lumière.
Les 3 verrières (1300 kg par verrière) se composent de 540 dalles (20 cm x 17 cm) en 7 colonnes de 3 tiges de lys plus ou moins épanouis grâce aux 4 motifs différents et superposables. Leur armature, dont l’acier chromé d’origine fut en grande partie responsable de la dégradation de l’œuvre, est aujourd’hui en inox de marine. Plus étroites, deux verrières latérales sont contemporaines, dessinées par l’architecte Bruno Decaris, exécutées par Michel Petit et son fils Stéphane, maîtres-verriers de Chartres.
Le Crucifix, moulé d’une seule coulée de 60 kg est le seul élément commandé à l’artiste (97,5 cm x 57,8 cm x 4,2 cm). Il a été exposé au Salon de 1930 et semble en relief alors que sa surface visible est plane, effet dû à une technique différente : “ Au centre du chœur, vers lui convergent les regards, comme suspendu entre les verrières et le retable, étincelant de toute la lumière concentrée sur lui par ces derniers… Le Christ est moulé en creux au revers et dans l’épaisseur de la croix ; sa finition satinée tranche sur l’éclat du cristal poli. Une gloire rayonnante s’inscrit dans un disque, à la croisée du montant et de la traverse. Les formes géométriques massives, très accusées, de la croix et du disque rayonnant enserrent le Christ au dessin précis, au modelé naturaliste, auquel s’oppose la stylisation de la barbe et des cheveux” (J.L. Libourel). Sa teinte légèrement violacée provient des U.V. reçus par la verrière depuis 1930 (trop de manganèse ajouté pour la transparence du verre). Depuis leur restauration les verrières sont protégées de pluie et U.V. par une vitre extérieure Stadip, de St Gobain.
Le Retable, base du Crucifix, se compose de 9 tiges de lys de 6 dalles. Comme les deux colonnes lumineuses composées de 7 dalles sur 3 côtés posées de part et d’autre, il attire la lumière jusqu’au sol de comblanchien souhaité par Lalique.
La table de communion, composée à l’origine de 38 lys de 3 dalles sur 8, 30 m, et d’une porte au centre, n’est plus que très partielle, en deux parties ; ses dalles ont été utilisées pour restaurer les verrières aux 43, 29% ruinées. Des 730 dalles d’origine seules 645 subsistent.
La porte du Tabernacle (30 cm x 22,5 cm x 4,2 cm) conserve son armature d’acier chromé d’origine, comme les sept chandeliers, dont six sont posés sur l’autel devant le retable et autrefois placés sur des gradins de pierre. Après un projet jugé dénué de symbolique, la Colombe qui l’orne, tête vers le bas et ailes déployées, est acceptée. Elle est l’Esprit Saint qui semble jaillir du fond du Tabernacle par un savant raccourci créé par 4 plans successifs ; par son verre dépoli à grains serrés et par le satinage de la gloire rayonnante de plan biconcave qu’elle surmonte, elle capte la moindre lumière. Le Tabernacle, autrefois coffre de hêtre recouvert de fines plaques de verre dépoli couleur pierre posé au centre du retable, est en pierre de Caen depuis 1975 et placé hors de l’Autel.
La lampe du Sanctuaire (d = 42 cm), en fort relief, se compose de six éléments de 6 kg chacun, à 2 fleurs de lys épanouies et 2 paires de feuilles. A 10 m de haut, elle éclaire d’une lumière blanche et froide exigée par l’artiste pour qu’elle ne nuise ni au ton de la pierre, ni à la transparence des dalles.
L’ensemble de l’œuvre admirée dans la chapelle Notre Dame de la Fidélité montre combien René Lalique, celui dont les bijoux d’ivoire - émaux translucides - cristal de roche - diamants et autres pierres précieuses furent portés par les plus grands mythes féminins de la fin du XIXe et du début du XXe siècles, sut être avant tout un grand maître verrier, fou de nature et magicien de la lumière.
Au nord, icône de la Vierge du XIIIe siècle, exécutée par un peintre Ukrainien, et Statue de bois de la Vierge Fidèle par Gallien Choiselat, offerte par l’archevêque de Paris Mgr de Quelen, suite à un vœu pour la conversion de son vieil ami le Prince de Talleyrand.
Dans la nef, Chemin de Croix, oeuvre unique en 14 laques végétales rehaussées de feuilles d’or et d’argent, réalisées sur 2 feuilles de contreplaqué disposées en croix. Il a été offert par la communauté des Sœurs à la Supérieure Générale comme cadeau jubilaire. Exécuté par Alix Aymé (Alix Hava, 1894 – 1989) en 1948 – 1949, peu après la perte d’un fils, il semble illustrer un texte de Paul Claudel et a été classé à l’IMH en 2011. Frère de Marcel Aymé, son époux était Commandant des troupes françaises en Indochine. C’est à Hanoï, où ils vivaient, que l’artiste se passionna pour les techniques anciennes de la laque et les enseigna à l’école des Beaux-Arts avant de rentrer à Paris où, grande voyageuses curieuse de tout, créatrice féconde et écrivain amie de Foujita, St Exupéry et bien d’autres, elle fit partie des milieux intellectuels et artistiques jusqu’à sa mort.
Une 15ème station en laque a été réalisée en 2014 par Isabelle Emmerique, laqueur, Maître d’Art et professeur de laque à l’école Olivier de Serres (ENSAAMA). Son support de marqueterie aux teintes douces, exécuté par Marie Collino, a été placé en 2015.
Au sud, gisant-reliquaire de Ste Florida, martyrisée au IVe siècle en Afrique du Nord, à 21 ans ; la statue de cire vient d’être restaurée par le Musée Grévin ; elle surmonte les reliques de Ste Théodosie autrefois placées sous l’autel majeur, comme aux premiers temps chrétiens.
Un grand merci aux Sœurs de la Congrégation Notre Dame de Fidélité pour leur documentation. BF