Fédération Française du Lyceum Club International

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CHATEAU de CAEN

Date : 21 mars 2019

Visite en deux temps : En 3 D et sur site fermé à la visite, la construction du château et son évolution au fil des âges commentées par Jean-François de Marcovitch, responsable des publics ; les remparts, la salle de l’Echiquier, un peu d’héraldique et, pour finir, les statues disséminées dans l’enceinte du château et la visite d’une geôle, présentés par Catherine Pollin.
A l’origine du château et dominant la basse vallée de l’Orne, un éperon rocheux barré sur lequel Guillaume Le Conquérant crée, vers 1060, sa résidence royale, expression de puissance face aux barons du Cotentin souvent rebelles, mais difficile à préserver des invasions car dominée par la pente d’une colline au nord. La population s’installe en village autour de l’église Saint-Georges fondée à la même époque, au sein d’une des plus vastes enceintes fortifiées d’Europe (5,5ha). L’habitat qui forme le "Bourg-le-roi" au pied de la colline, est lui-même entouré de fortifications. Guillaume vit dans les camerae, prie dans une chapelle privée, reçoit dans l’aula, grande salle d’apparat, dont le dallage de pierre subsiste, où il rend la justice, nomme abbés et évêques, bat la monnaie et récolte les impôts. Après la mort de Guillaume, son 3ème fils, Henri Ier Beauclerc, transforme l’ensemble castral en construisant un donjon et la Grande Salle de l’Echiquier. Il s’agit d’un donjon anglo-normand typique, large tour carrée de pierre comme celle de Falaise. Autour du donjon, une "chemise", courtine dotée de 4 tours d’angles, est élevée pour protéger le site des assaillants, après sa prise sans combat par le roi de France en 1204 : chaque tour porte le nom d’un cavalier de l’Apocalypse : tour du cavalier blanc (la conquête), du cavalier rouge (la guerre), du cavalier noir (la famine), du cavalier blême (la maladie et la mort). Le site comprend une salle des gardes, un garde-manger, un puits, une forge et un manoir. On y entre au nord par la Tour Porte qui protège le donjon, bientôt remplacée par la Porte des Champs située à l’est de la forteresse sous Philippe-Auguste quand le fossé est creusé davantage et qu’une zone intermédiaire de protection, appelée Garenne (lieu sans habitat où se reproduisent les lapins à portée de main) double sa face nord. Notons que cette porte est dotée d’une barbacane et d’un four à chaux au XIVe siècle, au moment où un accès principal, la porte Saint Pierre, est ouvert au sud, doté d’une impressionnante barbacane au XVe siècle.
Au XIIe siècle Jean-sans-terre, transforme en prison la forteresse gérée par un gouverneur. Au XIVe siècle, durant la Guerre de Cent Ans, l’occupation anglaise vide le site de ses habitants au profit des militaires et de nouveaux travaux de défense sont effectués. Tout l’intérêt stratégique du château disparaît après la bataille de Formigny. Des transformations nombreuses amènent au comblement du fossé séparant la Garenne du donjon, à la destruction du donjon sous la Révolution sur l’ordre des Jacobins, à la transformation de l’église en magasin à poudre, à la création, puis la démolition d’une salle d’armes, à la construction de la caserne Lefebvre sous la IIIème République. Louis XIII, la Convention (1793) puis Napoléon Ier (1811) avaient envisagé, sans la réaliser, la destruction totale de la citadelle. Le 36e Régiment d’Infanterie y établit ses quartiers à partir de 1876, bientôt rejoint par le 129e Régiment d’Infanterie.
Les bombardements liés au Débarquement du 6 juin 1944 détruisent ou ruinent une partie des bâtiments occupés par les troupes allemandes. Dès 1949 près de l’église St Georges, Michel de Boüard, historien et archéologue caennais, effectue avec ses élèves un des premiers chantiers de fouilles médiévales. De 1955 à 1965 des fouilles, organisées sur la partie nord du château qui est rendu par le ministère de la défense à la ville de Caen en 1956, permettent de découvrir de nombreux vestiges ; on restaure peu à peu la salle de l’Echiquier, le Logis du Gouverneur, l’église Saint Georges. Un vaste projet de mise en valeur pluriannuel est lancé en 1990. Aujourd’hui, toute la partie ouest est une réserve archéologique où des trésors sont encore à découvrir.
Nous grimpons sur le rempart ouest (XIe-XVIe) au parapet et tours rectangulaires percés d’archères, et d’une épaisseur moyenne de 2,40m. De sa Tour Puchot, important élément défensif du château, on aperçoit toute l’étendue de la ville. On domine également la salle de l’Echiquier, au toit en schiste vert du Cotentin, et les vestiges du donjon.
Quelques remarques sur l’état actuel de cet ensemble : le niveau du sol sur la zone du parking se situe environ 1m au-dessus du sol du Moyen Age. Le donjon a été en partie restauré au siècle dernier par l’utilisation de pierres de Saint Maximin (Val d’Oise) en raison de la fermeture des carrières de pierre de Caen. Cette pierre, qui vieillit plus grise que la pierre de Caen, est beaucoup moins belle et impossible à marier sainement avec notre pierre, entraînant une détérioration des soubassements qu’il est prévu, à terme, de remettre à jour en enlevant les parties restaurées. Depuis 2004, l’exploitation de carrières locales, à Cintheaux au sud de Caen, a repris pour répondre aux besoins actuels, autant en France qu’en Angleterre.
Visite d’une geôle située dans l’enceinte castrale, à gauche de la porte sud (Saint Pierre) : une seule fenêtre grillagée pour cet ancien poste de garde transformé en prison où l’obscurité règne et des graffitis gravés dans la pierre sur la surface accessible.
Nous terminons par un coup d’œil aux statues installées, provisoirement ou non, sur le site du château :
- "Sphère coupée" conçue par Martha Pan, sculptrice hongroise qui tente d’unir danse et sculpture dans un équilibre fragile et dynamique devant le Musée des Beaux Arts.
- "One man, nine animals" ensemble de statues sur piliers de bois conçues par Huang Yong Ping pour la Biennale de Venise de 1999 ; elles sont chimères et animaux extraordinaires doués d’une symbolique apocalyptique.
- "Ceiling light" ou Lampe, œuvre éphémère à base de végétaux créée in situ par le Finlandais Jaakko Pernu lors des Boréales
- "Lou" fonte de fer, h : 4,50m, de Jaume Plensa, né à Barcelone en 1955, superbe tête de femme.
Et des œuvres plus classiques : "Grande ombre" d’Auguste Rodin (une des trois ombres des Portes de l’Enfer), "Grand guerrier" d’Antoine Bourdelle (pour le monument aux morts de Montauban), "L’Etudiant" bronze d’Edmond de Laheudrie à Jean Demolombe, avec ce texte inspiré de Malherbe, également inscrit sur le fronton du lycée Malherbe de Caen :
"Je ne reverrai plus ces fabuleuses années qui pour les plus heureux n’ont produit que des pleurs. Toutes sortes de biens combleront nos familles et les fruits passeront la promesse de fleurs". C.C.