Fédération Française du Lyceum Club International

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CHATEAU de FALAISE

Date : 5 novembre 2015

Histoire du château de Falaise
Situé sur un éperon rocheux entre les vallées de l’Ante et du Marescot, autrefois entouré de marais, le château de Falaise a été implanté dans des conditions naturelles de défenses idéales. Témoin de la puissance des ducs-rois anglo-normands, la place forte, édifiée dans son ensemble aux XIIe et XIIIe siècles domine la ville et s’inscrit dans la lignée des châteaux construits par Guillaume le Conquérant et ses successeurs après la conquête de 1066.
Ces donjons-palais sont les rares exemples d’architecture médiévale à associer fonctions militaires et résidentielles. Peu modifié pendant les siècles qui suivirent sa construction, il devint indéfendable et laissé à l’abandon à partir du XVIIe siècle. Menacé de destruction, son classement aux Monuments Historiques en 1840 le sauva, il put renaître de ses ruines. La façade Est partiellement tombée, les voûtes de la chapelle détruites, les toits et les planchers disparus, les baies romanes très abîmées, le sommet de la tour Talbot menaçant de s’effondrer la première campagne de restauration fut menée par Ruprich Robert de 1860 à 1911 afin de préserver ce qui subsistait et de redonner aux donjons une partie de leur splendeur passée, Pour rétablir la circulation dans les donjons, il dégagea les ruines et aménagea des galeries le long des murs, sauva le site de la ruine et rendit possible l’accès de visiteurs dans les donjons. Temps et seconde guerre mondiale endommagèrent à nouveau les bâtiments, une nouvelle restauration fut entreprise par Bruno Decaris, Architecte en Chef des Monuments Historiques au XXe siècle. Pour lui et pour son ministère de la culture, il fit rétablir la lisibilité. Conformément à la charte de Venise de 1965, les interventions de l’architecte destinées à remplacer les parties manquantes mettaient en œuvre des techniques et des matériaux modernes. Il s’agissait avant tout d’éviter au public de faire la confusion entre l’architecture ancienne et la nouvelle restauration. La tour dite Talbot fut restaurée en 1986 et 1987 puis les toitures, le gros œuvre et l’avant-corps en 1996. C’est l’élément le plus audacieux de son travail. L’architecte adopta les mêmes principes de restauration mais, compte-tenu du peu de vestiges à sa disposition, il choisit de mettre l’accent sur la fonction défensive du bâtiment. Un tollé s’éleva contre sa masse de béton gris.
On réalisa que la seconde tour, “tour sud” qui, avec la Tour de la Poterne encore visible, formaient le châtelet d’entrée construit sous Philippe-Auguste. La restauration menée par son successeur, l’Architecte des Monuments Historiques Daniel Lefèvre, fut le résultat de longues recherches et d’un parti-pris qui est celui globalement adopté sur le site. La restauration des remparts continue.
La tour Talbot est le dernier des 3 donjons du château et le mieux protégé, élevé au début du XIIIe siècle, quand le roi de France, Philippe-Auguste, conquiert la Normandie. C’est une construction militaire, conçue pour la défense et la protection, pour résister aux jets et à la sape. Les ouvertures d’origine sont très étroites. A l’intérieur, planchers de bois alternent avec voûtes de pierre capables de résister au feu. Un puits d’eau potable est protégé. De sa terrasse on a une vue panoramique sur la ville et ses limites.
Le château a conservé son plan en deux parties avec la haute cour et la basse cour. Fin XIIe, la haute cour forme un château dans le château. Séparée de la basse cour par un fossé, elle est accessible depuis une tour polygonale et ceinturée d’une courtine. Depuis les années 1120, elle est dominée par un grand donjon rectangulaire élevé à la pointe de l’éperon rocheux par le duc Henri Ier Beauclerc. Doté de puissants murs de 4 mètres d’épaisseur renforcés de contreforts, l’édifice de 26,50 mètres de long sur 23 mètres de large, atteint au minimum 20 mètres de hauteur. Il est pourvu d’au moins 2 niveaux aux fonctions bien distinctes. Le rez-de-chaussée, accessible uniquement depuis l’intérieur du bâtiment, accueille les pièces de stockage (armes et vivres) et de service. Le second niveau auquel on accède par un avant-corps abritant un escalier constitue l’étage noble, comprenant la grande salle d’apparat et les logements du duc et de sa famille ainsi qu’une chapelle. à l’exemple d’autres donjons similaires, un troisième niveau a pu exister à l’origine. L’hypothèse de restitution du grand donjon, présenté ici avec un second étage résidentiel, est donc plausible mais non prouvée à Falaise. Ce donjon est dans doute l’un des mieux conservés du monde anglo-normand.
La Porte Saint Nicolas est la porte d’entrée du château. Elle donne accès à la basse cour qui a d’abord une vocation défensive. Elle constitue une première ligne de défense en cas d’attaque du château. Mais le château n’est pas qu’une forteresse, c’est aussi un lieu de résidence et de pouvoir. La basse cour accueille ainsi des logis d’habitation dont le principal est celui du vicomte, représentant du duc de Normandie, puis du roi de France après 1204, une chapelle pour le culte et des installations domestiques et artisanales variées : fours à pain, cuisines, écuries, bâtiments de stockage des produits, forge pour la réparation des outils, des armes, mais aussi pour les travaux de maréchalerie et de ferronnerie.
Pour pénétrer dans le grand donjon carré, il faut franchir de nombreux obstacles : les fossés extérieurs, la porte d’entrée de l’enceinte, les fossés intérieurs, le châtelet d’entrée et enfin l’avant-corps, construction qui protège l’unique entrée du donjon située à l’étage. L’actuel avant-corps évoque le bâtiment originel (mêmes surfaces à la base) et sa vocation très défensive.
L’Aula du Grand Donjon édifié vers 1123 est une grande salle d’apparat servant à l’administration et à la représentation. Le duc de Normandie y organise des assemblées officielles, des audiences, des “plaids”, mais aussi des festivités, des banquets. Contrairement à la Camera (appartements privés) et à la Capella (chapelle) qui sont réservées au duc et à sa famille, cette salle est publique. Sa grande taille et la richesse de son ornementation servent ainsi à la mise en scène et à l’affirmation du pouvoir seigneurial. C’est l’espace public de la résidence. Dès le XIe siècle, c’est le lieu de vie publique du roi-duc, celui où il siège pendant les assemblées, assure les jugements, reçoit les solliciteurs, règle les conflits... L’espace festif peut être imaginé animé lors de fêtes et de banquets. Cette première salle possède l’entrée unique dans les donjons. Les larges baies géminées laissent généreusement passer la lumière : à cette hauteur, aucun risque d’intrusion. On peut imaginer les décors et les aménagements : tapis au sol, peintures et tentures sur les murs, fenêtres protégées par de lourds vantaux de bois.
Les salles basses sont les seuls espaces où subsistent encore quelques traces du château de Guillaume devenues fondations du donjon d’Henri Beauclerc, son dernier fils, au XIIe siècle. On y stocke munitions, bois, aliments, etc… : la citerne permet de lutter contre le feu et de dessaler les aliments.
La camera est le lieu de vie familial, où se tient la "maisonnée" du maître : son épouse, ses enfants, ses serviteurs les plus proches. C’est le lieu privilégié des entretiens politiques confidentiels, des décisions politiques, des intrigues. Il y a aussi des cloisonnements transversaux, qui permettent d’aménager espaces plus petits et plus chauds. Mobilier sommaire : quelques sièges, de simples planches que l’on dresse / tréteaux pour tables, des coffres qui renferment tout ce qui est précieux : linge, vêtements, vaisselle. Les lits sont souvent sommaires, quelques uns plus confortables sont faits de cordages tendus et de montants pliants ils sont transportables ; cheminée très restaurée au XIXe siècle.
La chapelle du donjon est privée, réservée au roi-duc et à sa cour. On accède depuis la camera à ce bel exemple d’architecture romane normande, très sobre : deux plans carrés en forment le sol, l’absidiole est en cul-de-four ; les voûtes d’arrête sont soutenues, au centre, par un arc-doubleau qui repose sur deux piliers dont les chapiteaux étaient décorés de motifs floraux non lisibles aujourd’hui. Il existait, dans l’enceinte, une autre chapelle beaucoup plus grande, qui avait rang d’église paroissiale et était utilisée par les autres habitants du château : artisans, domestiques, soldats, c’est la chapelle castrale Saint-Nicolas, implantée au sud du premier logis seigneurial devenu logis du vicomte, détruite en 1944, mentionnée pour la première fois en 1200. Le bâtiment imposant fut intégré au collège établi dans le château au début du XIXe siècle, le chœur servant de laboratoire de chimie puis de bibliothèque et de parloir.
Créé dans la première moitié du XIIIe siècle, le redent consolide la défense de l’angle nord-est du château, inédit avec son plan triangulaire, composé à la pointe d’une tour pourvue de meurtrières reliée à l’enceinte et à deux tours du XIIe siècle par deux pans de courtines le long desquels on aménagea des chemins de ronde en bois. Le redent date du règne de Philippe Auguste ou, peu après, du début de la période de la Normandie française.
Le Petit donjon date du XIIe siècle, sous le règne de Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine, agrandissement dû au besoin de confort et de sécurité car défend la face ouest de la forteresse. La pièce est élégante : la cheminée (peut-être d’origine) donne une grande impression de confort ; les fenêtres ont été retravaillées au XVe sous l’occupation anglaise.
Le guide était un colosse blond, tout à fait en bâti pour tenir des armes de taille et d’estoc et le rôle de Guillaume ou ses fils. Nous avions l’impression d’être revenues au Moyen-Age, mais tout cet effet disparut quand il sortit de sa manche une tablette pour nous montrer comment les salles avaient pu être aménagées autrefois…

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