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CONFERENCE SUR PAUL POIRET

Date : 30 novembre 2017

Date : le 7 novembre 2017
CONFERENCE SUR PAUL POIRET
« Le couturier qui inventa la mode ou le génie oublié »par Antony Cardoso
Paul Poiret va inventer tous les codes de la mode actuelle.
Il est né en 1879 dans une famille peu aisée. Il commence par faire un stage chez un fabricant de parapluies et confectionne des robes de poupées avec les chutes de tissu !
Quelques dates clé :
1903 : ouverture de sa Maison de couture.
1905 : il épouse Denise Boulet, sa muse.
1925 : participation à l’exposition internationale Art Deco.
1929 : cessation d’activité.
En 1897, à 18 ans, il est embauché comme assistant chez Jacques Doucet qui était « l’autre » grand couturier avec Worth.
Au même âge, Saint Laurent entre chez Dior uniquement avec ses dessins lui aussi.
A cette époque, les femmes changeaient de tenue plusieurs fois par jour. La première cliente de Poiret est Réjane, ce qui le lance. En 1901, il est embauché chez Worth (d’origine anglaise) qui habille toutes les têtes couronnées d’Europe et toute la grande bourgeoisie .En 1903 il ouvre sa Maison de couture avec les économies de sa mère et, dit-il, « beaucoup de bonne humeur ».
Il manipule le tissu sur le modèle puis fait le dessin, comme c’était le cas à l’époque.
Il épouse Denise Boulet en 1905.Elle est sa muse et ne s’habille qu’avec ce qu’il crée.
En 1906, la révolution est la suppression du corset ; il invente la ceinture haute recouverte de mousse qui soutient la poitrine. Il est donc inspiré du Directoire avec la taille haute (l’une de ses robes de 1907 s’appelle d’ailleurs « Joséphine »).Une autre de la même année est entièrement recouverte de perles et de tubes en verre. Il s’inspire de l’exotisme de l’Est. Il est aussi l’un des premiers couturiers à faire des modèles pour enfants dans ses collections. Il aime aussi l’exotisme du Japon. Naturellement, chacun de ses modèles est unique.
Dans les années 1990, YSL s’inspirera lui aussi de l’Asie.
C’est aussi un maître de la couleur .Il affectionne particulièrement le violet. Les dessins de ses robes sont souvent de Paul Iribe dont il apprécie le talent.
Paul Poiret ne crée pas seulement des robes mais tout un univers : des parfums, de la décoration, de la publicité, des meubles…
Il a été inspiré par les Ballets russes qui ont un grand succès à Paris à cette époque, la mode est à l’orientalisme. Il aime les couleurs très osées et les tissus sophistiqués, avec une débauche de tissus variés.
Il a une collaboration intéressante avec Raoul Dufy (peintre) qu’il rencontre chez Marie Laurencin. Il commence par le tester en lui demandant de dessiner des en-têtes pour son papier-à-lettres (avec un dessin différent pour chaque jour de la semaine ! Une version été et une version hiver…)
En 1911, Poiret loue un local minuscule pour sa « petite usine »… Au début, ils sont trois à y travailler. Le garçon à tout faire est un ancien groom du Ritz, hôtel que connait bien Poiret.
Dufy crée des planches de bois gravées sur lesquelles on peut ensuite imprimer le tissu. Il crée aussi des tentures peintes à la main et imprimées à la planche. Il dessine par exemple une magnifique « Arabesque florale » en 1911.
Un manteau très connu de Poiret est le manteau « La Perse » (en 1911) : il est de couleur chair, les arabesques noires et la doublure intérieure vert amande. Il le crée en deux exemplaires : l’un pour son épouse et l’autre pour Eve Lavallière, actrice de théâtre.
Cette aventure ne dure qu’un an et demie car elle lui coûte trop cher et ne rapporte pas grand-chose.
Poiret continue à faire appel à Dufy qui crée le dessin « Tulipes stylisées »en 1911, et Poiret en fait une robe en 1920.On peut aussi citer le manteau de jour « Les Arums » en 1919.Ces dessins lui servent aussi en décoration
La petite usine doit fermer en 1912.Dufy a d’autres propositions (de Bianchini, une société lyonnaise) mais ils vont rester très proches.
Dufy dessine pour Bianchini le dessin « Bagatelle » en 1920 et Poiret en fait la robe de chambre « Longchamp » en 1923.Elle est parfois ressortie pour des expositions mais on ne peut la présenter qu’à plat sinon elle serait très vite déformée.
La Maison Martin Margiela a fait sa collection Printemps-Eté 2014 avec ces dessins de Dufy-Bianchini.
En 1911, c’est Paul Poiret qui crée les premiers parfums de Maison de couture en lançant « Les parfums de Rosine » (du prénom de sa première fille) qu’il fabrique dans son usine de Courbevoie.Pour cela, il quitte sa première boutique et il est le premier à s’installer rue du Faubourg St Honoré. Le premier parfum commercialisé s’appelle « Avenue du Bois » en 1912.
En pleine guerre (1916), il crée l’Almanach des Lettres et des Arts afin d’y faire sa propre publicité notamment.
On peut citer aussi « La rose de Rosine » dont le flacon est inspiré de la robe de l’infante d’Espagne dans « Les Ménines » de Velasquez.
En 1915, Dufy crée le flacon et l’emballage de « Fruit défendu ».Poiret crée une trentaine de parfums en 20 ans environ.
« Nuit de Chine » était un parfum très onéreux, inspiré de l’Orient, comme « opium » de Saint Laurent plus tard.
Il est aussi le premier à créer des cosmétiques (rouge-à-lèvres, etc…)
Cette même année, en 1911, il crée « Les Ateliers de Martine ,du prénom de sa deuxième fille. C’est aussi une école sous la direction de Madeleine Sérusier, l’épouse du peintre Paul Sérusier.
Ces jeunes filles dessinent des motifs qui sont ensuite repris sur des tapis par exemple, des paravents…
Son mobilier est clair et peint de motifs de couleurs vives (créé par André Mare).Poiret va aussi décorer sa maison avec Les Ateliers de Martine. On y retrouve ses motifs floraux et de végétaux dans un style assez oriental.
« Martine » marche bien et Poiret commence à ouvrir des rayons « Martine »dans des grands magasins assez luxueux, notamment aux Etats-Unis.
Le 24 juin 1912, il organise une grande soirée mondaine dont l’invitation est dessinée par Dufy. Cette soirée est très mise en scène et il invente en quelque sorte le marketing car le lendemain tout le monde parle de sa soirée et de lui ! Paul Poiret trônait à la table centrale en tête-à-tête avec Isadora Duncan qui improvisa un ballet sur les tables, et on compta une consommation de 900 bouteilles de champagne pour 300 invités !!Quant à la tenue de sa femme Denise, elle mit à la mode le turban…
En 1908, Poiret avait fait dessiner par Paul Iribe un catalogue de ses robes. Poiret invente aussi le principe du Défilé de mode, en ouvrant sa boutique aux clientes qui peuvent assister à des défilés l’après - midi.
Il fait aussi quelques tournées avec ses mannequins, comme celle de Copenhague en 1925.
Il est le premier à ouvrir des succursales, par exemple à Deauville et à Biarritz.
C’était vraiment un précurseur dans tous les domaines de la Mode.
Il croisera Chanel sur la plage à Deauville mais ils ne s’apprécieront guère…
En 1924, sa Maison déménage sur le Rond- Point des Champs-Elysées et sa Maison est rachetée, il n’est plus que le créateur.
Dès les années 20, on sent qu’il commence à simplifier un peu ses vêtements, notamment dans la coupe, mais ses matières demeurent précieuses.
Il continue à faire des spectacles mémorables. En 1925, à l’exposition des Arts décoratifs, il crée une dernière folie : trois péniches amarrées, Amours, Délices et Orgues (probablement en hommage au tableau de son ami Matisse « Luxe, calme et volupté ») chacune décorée magnifiquement.
On entre dans chacune comme dans une maison-témoin où tout peut être commandé. IL paye cette folie de ses propres deniers !
En 1927, il est obligé de vendre ses succursales à l’étranger. Peu à peu, il perd beaucoup de clientes et il vend une bonne partie de sa collection d’œuvres d’art.
Il se met à la peinture mais vit surtout aidé par ses amis (Colette…)
A la fin de sa vie, il écrit un livre de cuisine ! Et dans les soirées mondaines, il lit avec beaucoup de decorum « Les Fables de La Fontaine ».
Son style est démodé et il est complètement supplanté par Chanel. En 1929, la Maison Paul Poiret ferme.
En 1934 il écrit ses Mémoires : »En habillant l’époque » (excellent livre encore édité).
Il meurt en 1944 et il faut attendre 2005 pour que l’on reparle de lui, lorsque ses petits-enfants vendent le vestiaire de Denise…
Le MET achète de nombreuses pièces.
En France, la dernière trace de Poiret est une plaque commémorative rue du Faubourg Saint Honoré.
Poiret a inventé une nouvelle façon de concevoir l’art .Si Karl Lagerfeld a décoré une partie du Ritz récemment, c’est grâce à Poiret…
Ch.Jourdain