Fédération Française du Lyceum Club International

Fédération Française du Lyceum Club International

Accueil > Clubs > ORLEANS > Conférence du mardi 9 janvier 2018 : « Degas, le peintre des danseuses » par (...)
Version imprimable de cet article

Conférence du mardi 9 janvier 2018 : « Degas, le peintre des danseuses » par Danièle Kriser

Date : 24 janvier 2018

Danièle Kriser, avec l’enthousiasme que nous lui connaissons, est venue nous parler du peintre Edgar Degas, souvent appelé « peintre des danseuses ».
Nous avons découvert au fil de sa conférence un personnage complet et complexe qui voulait être à la fois illustre et inconnu, un touche à tout de génie, à la fois sculpteur, photographe, écrivain de qualité mais avant tout dessinateur d’une exceptionnelle qualité. Un homme avec ses zones d’ombre aussi (rapports difficiles avec les femmes, prise de position antisémite…).
Il aura fallu attendre, bien après sa mort, la vente de son fonds d’atelier et les témoignages écrits de Paul Valéry qui l’a beaucoup fréquenté pour connaître mieux Edgar Degas.
Héritier d’une famille ayant des attaches à Orléans mais expatriée à Naples sous la révolution, où son grand-père fait fortune dans la banque, Edgar de Gas (1834-1919) est l’un des cinq enfants d’Auguste De Gas, revenu s’installer à Paris pour y ouvrir une filiale de la banque paternelle. Il reprendra par la suite le nom de son grand-père tel qu’à l’origine, Degas.
Il reçoit une bonne éducation mais abandonne très vite la faculté de droit, où il s’est inscrit pour satisfaire son père, pour donner libre cours à son goût pour le dessin. Il fréquente assidument le Louvre pour y faire des copies. Il commencera à suivre les cours de l’école des Beaux-Arts mais n’en supportera pas longtemps l’enseignement imposé qu’il juge trop strict. Une des contradictions qui caractérisent Degas : attaché aux cadres traditionnels mais très réticent dès qu’il ressent le poids d’un formalisme qu’il juge trop pesant.
Grâce à son ami Paul Valpinçon, dont la famille est mécène d’art et collectionneuse d’œuvres, il rencontrera Ingres qui lui donnera pour conseil « de faire des lignes et des lignes… », ce qu’il va faire, se décrivant toujours d’ailleurs plus comme un dessinateur que comme un peintre. Ses différents travaux préparatoires sont extraordinaires de précision.
C’est ainsi qu’il part faire un grand tour en Italie. Ce séjour durera trois ans pendant lesquels il copie, fait des portraits...et fait ainsi sa propre formation. Il apprendra à dessiner comme Ingres mais affranchi de l’enseignement du maître.
Il fera également de très nombreuses sculptures pour « travailler la troisième dimension ». De très nombreuses statuettes seront retrouvées après sa mort.
Degas travaille « furieusement », encouragé par son père à se faire mieux connaître. Il bénéficiera également de la proximité amicale de nombreux peintres, et notamment d’Edouard Manet et de toute la famille, Berthe Morisot, Monet…
Degas fera ses vrais débuts parisiens avec la peinture des champs de course qu’il va représenter dans de nombreux tableaux. Il sera contraint par la suite de renoncer à ces peintures extérieures à cause de problèmes héréditaires de vue qui le rendront quasiment aveugle à la fin de sa vie.
Il peindra également ce qu’on a appelé « des tableaux psychologiques » sujets à interprétation (« Bouderie », « Le viol », des scènes familiales avec un cadrage surprenant qui rappelle la photographie qui l’intéresse tout particulièrement). Ses tableaux seront aussi le reflet d’une réalité sociale (« Repasseuse », « Dans un café, l’absinthe »…). Zola reconnaîtra d’ailleurs la dette qu’il a envers Degas dans cette même façon de montrer certaines misères.
En 1870, il s’engage dans la garde nationale. Ses sentiments patriotiques sont très marqués et lui vaudront des ruptures amicales définitives. Ce fut le cas avec Tissot avec lequel il partageait par ailleurs un goût pour l’exotisme, le Japon et les loisirs modernes mais qui n’avait pas les mêmes points de vue nationalistes.
A son retour, il revient à son sujet de prédilection, l’Opéra. Va alors commencer la série de ce qu’il a lui-même appelé « ses produits ». Durand-Ruel, le collectionneur et marchand d’art sera pour lui d’une remarquable fidélité. C’est à cette époque véritablement qu’il devient « le peintre des danseuses », attentif et sans concession. Sa production sera abondante. Il aura quelques modèles de prédilection comme Eugénie Fiocre, danseuse à l’opéra.
Degas innovera avec les pastels sur monotype qui donneront à certains de ses tableaux une ambiance presque nocturne et un aspect plus moderne. Ses derniers pastels seront des orgies de couleur alliant à la fois les racines évidentes dans le 18e siècle et un réel modernisme.
Par sa technique, Degas n’est pas un impressionniste. Il est trop attaché au passé. Mais il a par ailleurs eu un rôle fédérateur au sein de ses amis pour faire changer les choses, notamment dans les conditions de vente et d’accrochage des œuvres. Un pied dans le passé, un autre dans le futur auprès de ses amis impressionnistes.
Degas sera un homme de paradoxes tout au long de sa vie. Il aura connu à la fois des ennuis d’argent lorsque l’affaire familiale sera ruinée et une aisance certaine qui lui permettra de devenir à son tour un collectionneur compulsif et avisé dans ses choix.
Il s’éteindra en 1919, atteint de surdité et de cécité, laissant une œuvre puissante et encore souvent mal connue. A son image. A l’occasion du centenaire de sa naissance, en 1984, a été organisée une très belle exposition.

I.Bertrand

Livre conseillé par D. Kriser : « Degas, danse et dessin » de Paul Valéry