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Conférence sur Marguerite Yourcenar

Date : 26 mai 2019

Tanguy Dohollau est maintenant bien connu de nôtre club, excellant tant dans ses conférences sur la littérature que sur l’histoire de l’art. Il a eu la gentillesse de me confier l’intégralité de sa conférence, afin de me faciliter la rédaction de ce compte rendu, ce dont je le remercie vivement.

Marguerite Yourcenar naît en 1903, à Bruxelles. Sa mère, belge, meurt 10 jours après sa naissance. Son père, Michel de Crayencour, est français, de petite noblesse. Marguerite est élevée par des bonnes. Elle ne va pas à l’école mais reçoit l’enseignement d’institutrices puis de précepteurs. Son père, fin lettré, lui inculque très jeune la passion des livres et des arts. Elle fréquente avec lui les théâtres, les musées. Il lui transmet aussi son goût très prononcé pour les voyages, la nouveauté. Elle réside à Londres, à Paris, et dans le midi de la France. Elle rédige des poèmes dès l’âge de 16 ans. Elle choisit le nom de Yourcenar, anagramme de Crayencour, qui deviendra son nom officiel en 1947.

En 1929 son père meurt, peu avant la parution du premier roman de sa fille : « Alexis ou le traité du vain combat ». Elle voyage alors à travers toute l’Europe, tout en menant un travail littéraire : Un roman, une pièce de théâtre, un recueil de nouvelles. Elle s’éprend d’un jeune critique et romancier, André Fraignea. Cet amour hélas non partagé lui inspirera l’émouvant recueil poétique « Feux ». Ses superbes « Nouvelles Orientales » rencontrent un franc succès. En 1937 Marguerite fait à Paris la rencontre absolument déterminante de l’universitaire américaine Grace Frick . A la déclaration de la seconde guerre mondiale, elle rejoint son amie aux USA. Elle pense demeurer 6 mois et y passera toute sa vie.

Les deux jeunes femmes acquièrent une maison, qu’elles baptisent « Petite Plaisance », dans l’île des Monts-Déserts dans le Maine, sur la côte nord-est des États-Unis. C’est dans cette maison, tapissée de plus de 7000 livres, que Marguerite rédigera tous ses chefs-d’œuvre. Mais ce n’est pas une entrée en solitude. La maison est ouverte à de nombreux amis. Marguerite et Grace fuient en hiver le climat subpolaire de l’île pour sillonner toute l’Europe. Mais Grâce décède en 1979 après de longues années de lutte contre un cancer.

En 1951, M. Yourcenar rentre véritablement dans la célébrité littéraire avec la parution du livre « Les Mémoires d’Hadrien », ouvrage longuement mûri. En 1968, « l’Oeuvre au Noir », considéré comme son chef-d’œuvre, obtient le prix Fémina ainsi que l’enthousiasme des critiques et du public. Sont publiées de nombreuses œuvres, des essais, notamment « Sous Bénéfice d’Inventaire », des traductions, des hommages rendus à la poésie des Noirs américains, aux poètes grecs du 7ème siècle avant J-C.

Le 21 janvier 1981 : Cérémonie d’investiture de M Yourcenar à l’Académie Française. Cette 1ère élection d’une femme à l’Académie s’est faite de haute lutte, acceptée mais non recherchée par Marguerite. Jean d’Ormesson en a été le principal instigateur. Il lui est reproché, entre autres, d’avoir la nationalité américaine, sa sexualité et...d’être une femme. « On ne change pas les plumes de la tribu », selon C. Levi Strauss. La cérémonie se déroule en grande pompe, retransmise à la TV, en présence de Valery Giscard d’Estaing. Le discours est brillant et rend hommage aux femmes du passé : « troupeau invisible de femmes qui auraient dû, peut-être, recevoir beaucoup plus tôt cet honneur, au point que je suis tentée de m’effacer pour laisser passer leurs ombres ». Marguerite ne fréquentera guère les bancs de la noble institution.
En 1982, publication de son dernier roman « l’Homme Obscur », belle œuvre testamentaire qui célèbre la flore, la faune, l’amour, gloire éphémère et, une fois encore, l’angoisse d’un homme près de mourir. La disparition, en 1986, d’un nouveau compagnon laisse un vide irréparable dans la vie de la romancière désormais lasse et seule.
En 1987, décès de Marguerite Yourcenar. Elle avait rédigé les deux premiers volets d’une trilogie familiale « le Labyrinthe du Monde » : « Souvenirs Pieux » et « Archives du Nord ». Elle n’a pas achevé le troisième, « Quoi ? l’Eternité », paru à titre posthume en 1988.
L’œuvre de M. Yourcenar dans la postérité
Certains critiques lui ont reproché un style trop classique de « version latine » faisant d’elle un auteur lointain, intimidant. Mais la pureté de ce style, l’intelligence et la finesse de sa pensée ont fait d’elle un écrivain mondialement reconnu, traduit dans de nombreuses langues. Les biographies la concernant, émissions télévisées et à la radio se sont multipliées. Bernard Pivot s’est dit extrêmement ému et impressionné de la recevoir. Ses œuvres sont parues de son vivant dans la Pléiade, privilège rare.

Cette conférence est argumentée de splendides extraits des œuvres de l’écrivain
(Je crois que Marguerite n’aurait pas aimé le terme « écrivaine » ). T. Dohollau évoque enfin les goûts artistiques de M. Yourcenar, en nous montrant des photographies de la décoration intérieure de Petite Plaisance. Il met tout particulièrement l’accent sur la passion de Marguerite pour la sculpture grecque et pour Piranèse, graveur et architecte italien du 18ème siècle.

Béatrice Delafargue