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DE L’OMBRE à LA LUMIERE : ARCHITECTURE ROMANE

Date : 16 mai 2019

Par M. Jean-Louis le Saux
Probablement basé sur des résultats empiriques, le principe semble admis au Moyen Âge : pour rester stable, il faut être carré. L’implantation au sol des édifices suit cette logique depuis l’Antiquité. On parle de construction ad quadratum, d’après le carré. D’autre part, l’autre forme géométrique fondamentale en architecture est le triangle. Il est mécaniquement indéformable. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, on triangule les structures verticales, comme les charpentes ou les échafaudages. C’est la construction ad trigonum, d’après le triangle. Le cercle intervient quant à lui dans le tracé des élévations des arcs et des voûtes et dans le plan des tours. En conjuguant ces principes, la géométrie devient la clé de la science des bâtisseurs. Il en découle naturellement un langage propre, chargé de sens symbolique. Le carré est le symbole de la matière brute de l’univers dont l’homme est issu. Le triangle représente la divinité. Le cercle est le domaine de l’esprit, le symbole de la Connaissance.
Les édifices sont tracés à même le sol à l’aide du cordeau et du piquet, et des outils théoriques hérités de Pythagore et Thalès. Les bâtisseurs commencent par établir l’axe général Ouest/Est de la construction, finement établi grâce à la science de l’orientation solaire bien connue de l’Antiquité et dont François Léonard parlera lors de la conférence suivante, sur le site même de l’église. À partir de cet axe, le plan de l’édifice est tracé, sur la base d’un carré, qui sera développé dans une forme plus complexe, mais géométriquement cohérente. Les chiffres de cette géométrie sont toujours des chiffres symboliques, faisant référence aux mystères de la religion chrétienne. S’ajoute à cela la référence aux proportions du temple de Salomon, décrites dans l’Ancien Testament. Ces procédés ne sont pas systématiquement avérés de nos jours, mais leur pertinence pratique s’impose dans la plupart des édifices religieux du Moyen Age. Jean-Louis le Saux s’attache à nous montrer cette savante géométrie symbolique à l’œuvre dans la chapelle Sainte-Marie-aux-Anglais située au cœur du Pays d’auge dans un paysage verdoyant. Le grand intérêt de cette petite église est d’être préservée et de n’avoir subi aucune transformation notable depuis le début du XIIIe siècle, époque de sa construction.
L’église étant le point de rencontre entre le sacré et le profane, les bâtisseurs ont intégré dans le tracé des fondements de l’édifice les figures géométriques symbolisant le cheminement du profane au sacré, de l’ignorance à la connaissance. L’église est conçue à l’échelle de l’homme et pour l’homme, l’objectif étant de réaliser un outil à son service pour l’aider spirituellement et physiquement.
Le but de la conférence est atteint si l’on a perçu, à travers l’exemple de Sainte-Marie-aux-Anglais ce témoignage de la science des bâtisseurs du moyen âge, tout imprégnée d’une mentalité symbolique dont notre époque a perdu les clefs. MM