Fédération Française du Lyceum Club International

Fédération Française du Lyceum Club International

Accueil > Clubs > CAEN-NORMANDIE > DESTINS de FEMMES
Version imprimable de cet article

DESTINS de FEMMES

Date : 22 mars 2018

Destins de Femmes au Pays de Jules Barbey d’Aurevilly par Julien Deshayes historien chercheur, animateur de l’architecture et du patrimoine au sein du Syndicat Intercommunal du Pays d’Art et d’ Histoire de Bricquebec, Saint- Sauveur-le- Vicomte et Valognes , dit « "le Clos du Cotentin"
Le conférencier nous propose un regard sur la présence et le rôle des femmes à travers l’histoire de Valognes entre les XVe et XVIIIe siècles, ville qui fut nommée "le Versailles Normand" en raison des nombreux hôtels particuliers de grande qualité, édifiés aux XVIIe et XVIIIe siècles, qui témoignent aujourd’hui encore de sa prospérité. Jules Barbey d’Aurevilly, par exemple, occupa le bel hôtel de Thieuville entre 1872 et 1882, et y rédigea Les Diaboliques.
Avant la révolution, sous l’Ancien Régime, un enfant sur trois est abandonné et bien sûr, pour ce faire, les petites filles sont plus nombreuses que les garçons ! Les bébés sont souvent placés chez une nourrice. Des recommandations sont même données pour le choix de cette dernière : une bonne nourrice doit, par exemple, avoir plutôt des cheveux châtain ou blond cendré que trop bruns, trop blonds ou roux, les cheveux de couleur prononcée "dégageant de mauvaises odeurs" !
Les salons précieux existent à Valognes et jouissent d’une grande réputation jusque dans les salons parisiens. Ils sont tenus par des femmes de la haute société qui reçoivent d’importants hommes de lettres et artistes. On y débat de sciences, de politique et de littérature. Avec pour but la recherche du bien-parler, du raffinement et de la politesse, ces femmes participent à la vie culturelle de leur temps.
Une loge maçonnique féminine créée à Valognes accomplit des œuvres de bienfaisance et s’intéresse aussi aux sciences occultes et au magnétisme, Mesmer est alors très à la mode dans l’entourage du Roi. Mais, à cette même époque, certaines femmes sont accusées de sorcellerie et jugées ; c’est le cas de Marie Bucaille. Née à Cherbourg en 1657, entrée au monastère des Clarisses d’Alençon, elle en est renvoyée pour cause de santé fragile mais continue de mener une vie pieuse. Parfois prise de convulsions et sujette à d’étranges moments d’extase, elle est montrée à un médecin qui affirme qu’elle est possédée par le démon. A Valognes, où elle vit, elle est dénoncée par une rivale, Catherine Bodel dite "la Rigollette", qui affirme qu’elle a le don d’ubiquité. Accusée de sorcellerie en 1699 par le tribunal de Valognes, elle est condamnée à être pendue mais, suite à son appel, le tribunal de Rouen la condamne à n’avoir "que" la langue percée au fer rouge et à être flagellée jusqu’à effusion de sang. Bannie à vie de la région, elle s’exile à Jersey mais revient à Caen, où elle meurt en 1704.
La précarité de la vie des femmes à cette époque est grande ; les jeunes filles-mères sont abandonnées par leurs familles et trouvent refuge dans les institutions religieuses où, par exemple, elles travaillent dans des ateliers de fabrication de dentelle. Les femmes mariées sont totalement placées sous l’autorité de leur époux, qui a un droit de punition et de correction sur elles. Elles ne peuvent hériter de leur mari lorsqu’il y a un fils, alors que dès le jour du mariage l’époux devient propriétaire de tous les biens de sa femme. Les écarts d’âge entre mari et femme sont souvent très importants, une jeune fille de 13 ou 14 ans peut être contrainte d’épouser un homme de 70 ans ou plus !
De plus, les femmes doivent affronter l’épreuve de l’accouchement ; 10 % des mères n’y survivent pas, 25 % des bébés meurent à la naissance. Le "Traité complet sur les accouchements naturels, non naturels et contre nature" de Guillaume Mauquest de La Motte (né à Valognes en 1655 et mort en 1737), qui a pratiqué la chirurgie et l’obstétrique pendant 50 ans, est une source fiable de renseignements sur la situation à cette époque. Mettre au monde étant source d’épouvante et d’anxiété, beaucoup de femmes adressent leurs prières à la Vierge Marie. Dans la région de Valognes on peut voir des sanctuaires de ND de la Délivrance ; des ex-voto en forme d’enfants, en or et en argent, lui étaient souvent offerts, (en demande de protection au moment de la délivrance, ou comme témoignage de gratitude). Suspendus près de la statue de la Vierge, ils ont disparu à la Révolution, volés et souvent fondus.
Comme échappatoire au mariage, on peut alors entrer au couvent. Au XVIIe siècle la ville de Valognes voit s’édifier une abbaye de Dames bénédictines et un hôpital ; la communauté, initialement fondée à Cherbourg, s’établit là en 1626 pour fuir la peste qui sévit dans cette ville portuaire. Les bénédictines sont vouées à l’éducation des jeunes filles et à l’accueil des orphelins. Certaines femmes osent demander le divorce, souvent à cause de sévices subits de la part de leur mari ou à cause de l’impuissance de ce dernier (cette impuissance doit alors être prouvée et attestée devant plusieurs témoins ! ). Ce fut le cas de Marguerite de Ravalet. Son amour platonique pour son frère Julien avait contraint leurs parents à les séparer. Mariée à 14 ans à un homme de 45 ans qui la rudoie, elle finit par fuir son château après avoir mis au monde une petite fille, et se cache avec son frère à Paris. Là, accusés tous les deux d’inceste et d’adultère, ils sont décapités en place de Grève en 1603. Marguerite n’a que 17 ans !
Les veuves sont très actives dans la société valognaise, elles sont couturières, blanchisseuses, tiennent des commerces, épiceries ou magasins de mode, exercent des métiers qualifiés comme maîtresses d’école, huissiers, tisserands, sculpteurs et peintres. On est surpris par l’activité de ces veuves libres de leurs actes jusqu’à la majorité du fils aîné qui, à 25 ans, devient alors le tuteur de sa mère. Ces veuves achètent des hôtels particuliers à Valognes et font des travaux d’importance.
Cette conférence fut une introduction à notre sortie, programmée le 31 mai dans la région de Valognes. MS