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DEUX HAMEAUX en PAYS d’AUGE

Date : 7 décembre 2017

Le bourg de Beaumont-en-Auge domine la vallée de la Touques, très peuplé au XVIIIe siècle, quand il était chef-lieu de canton centralisant les productions agricoles de la région. Son prieuré, fondé en 1060 par le vicomte Robert Bertran de Roncheville seigneur de Bricquebec et maréchal de France, dépendait de l’abbaye Saint Ouen de Rouen. Très bien doté par la famille des ducs de Normandie, il prospéra tout le Moyen Age, fut transformé en collège tenu par ses bénédictins en 1741 (pour 6 gentilshommes choisis par le duc d’Orléans), devint école militaire royale en 1776 avec plus de 200 élèves, mais ne survécut pas à la Révolution et ferma en 1794.
Parmi les personnages importants y furent formés, deux, natifs de Beaumont-en-Auge sont essentiels :
Pierre Simon de Laplace (1749-1827), mathématicien, astronome, physicien, homme politique né Laplace dans une famille de fermiers à relais de poste. Un oncle diacre, professeur de mathématiques décelant ses capacités exceptionnelles, fut son bienfaiteur. Après le collège royal, il étudia à l’université de Caen et dans deux collèges parisiens, rhétorique, philosophie, hydrographie et mathématiques. Dès 1767 répétiteur de mathématiques au collège de Beaumont, il partit en 1769 présenter à Jean d’Alembert son petit essai ”les forces d’inertie“ et obtint un poste de professeur de mathématiques à l’Ecole royale militaire. En 1773, à 24 ans, élu membre adjoint de l’Académie royale des sciences après un exposé sur les mouvements planétaires, il obtint une pension, fut élu associé à l’Académie en 1783, devint membre de la commission des poids et mesures en 1791 puis de la chaire de mathématiques du nouvel Institut des sciences et son président en 1812. En 1816 il fut élu à l’Académie française, premier président de la Société de géographie en 1821, membre des principales Académies scientifiques d’Europe.
Par ses travaux sur la stabilité du système du monde et la Mécanique céleste, la calorimétrie, les probabilités etc. il eut une influence considérable sur son temps mais fut peu apprécié pour son caractère prétentieux, son ingratitude et son opportunisme : adversaire de la dictature il abandonna ses principes sous le Consulat pour briguer le poste de ministre de l’Intérieur mais ”Géomètre de première catégorie, Laplace n’a pas tardé à se montrer un administrateur plus que médiocre (.) il portait l’infiniment petit jusque dans l’administration“ (Napoléon) et fut remplacé six semaines après par Lucien Bonaparte. Membre du Sénat lors de sa création, il proposa l’abandon du calendrier républicain ; grand officier de la Légion d’honneur et comte de l’Empire en 1808, il vota la déchéance de l’empereur en avril 1814, se rallia à Louis XVIII qui le fit marquis de Laplace, reprit sa place à la Chambre haute après les Cent-Jours pendant lesquels il se tint discret.
Sa sépulture, temple grec à colonnes doriques, se trouve à Saint-Julien-de-Mailloc, près de Livarot.
Jean-Charles Langlois, dit ”le colonel“ (1789- 1870) est un soldat et peintre français né dans une famille de modestes aubergistes de campagne. Les leçons reçues d’anciens professeurs du collège militaire et son intelligence lui permirent d’intégrer, après le Lycée de Caen, l’Ecole Polytechnique. Il aimait l’art de la guerre et en 1806, avec 6 camarades, demanda à partir en campagne militaire. D’abord désigné pour la construction de routes et ouvrages défensifs, il participa avec bravoure à huit campagnes jusqu’en 1815, grièvement blessé, nommé colonel de la garde Impériale à 26 ans. Mis en demi-solde sous les Bourbons, il accourut auprès de Napoléon à son retour et participa à la bataille de Waterloo. Licencié par Louis XVIII et mis sous surveillance à Bourges il y apprit le dessin, devint l’ami de Girodet, d’Horace Vernet, et du baron Gros après son retour à Paris en 1817, commença une carrière de peintre, posa pour Géricault. Devenu aide de camp de Gouvion Saint Cyr, il participa à la campagne d’Espagne où il accumula dessins et esquisses, puis à l’expédition d’Alger ; il avait en tête d’utiliser le panorama pour perpétuer la grandeur militaire de la France ; brevet anglais de 1788 racheté par Napoléon 1er c’est un cylindre vu de l’intérieur avec toute la surface interne peinte de faits d’armes et éclairage central à lumière indirecte. En 1837, pour cette propagande, il fit construire par l’architecte Hittorff - au carré Marigny (Champs Elysées) - une rotonde de 40 m de diamètre ; il s’y réserva un appartement. Les batailles de la Restauration (ex : Alger), du 1er Empire (ex : la Moscowa), du 2nd Empire (ex : Solférino) s’y succédèrent, toutes accompagnées d’une notice explicative. Ce bonapartiste retournait sur les champs de batailles dessiner lieux et bâtiments détruits, prendre des photos, faire parler les vétérans pour respecter la vérité historique (Catalogne, Russie, Algérie, Egypte ..). En 1837 il est inhumé dans son prieuré de Saint-Ymer, près de Beaumont dans une tombe en forme de petit temple romain.
Les panoramas ont disparu mais des dessins et divers tableaux traitant du même sujet sont conservés dans les galeries de Versailles, au musée de l’armée, à Caen et à Beaumont-en-Auge, par exemple.
Du collège militaire subsistent le cloître transformé en square, deux cours, quelques bâtiments très modifiés et l’église priorale qui, achetée lors de la vente des bâtiments en 1794, fut offerte à la commune qui en fit son église paroissiale sous l’invocation de Saint Sauveur. Sa tour est couverte d’une pyramide en ardoise.
En 1689 un incendie détruisit une grande partie du bourg, les maisons à pan de bois ne sont pas antérieures à la fin du XVIIe siècle ; à porte centrale et grande entrée latérale vers la cour, ou à porte latérale elles ont un décor en croix de Saint André palmées, et peuvent comporter des pans en décor de fougère. Au XXe siècle on a parfois recouvert de brique leur ossature de bois pour cacher ce qui ”faisait paysan“ ; cela les a préservées et fait de ce village un des plus beaux de la région.
Le village de Saint-Pierre-Azif (”aux ifs“)
Un petit abri est incorrectement appelé marché aux fleurs car c’est la louée, lieu où, à période fixe (la saint Jean pour les travaux d’été, la saint Michel pour ceux d’automne, la saint Martin pour ceux d’hiver), les gens se louaient pour la journée ou la semaine. Quand les propriétaires parisiens des deux châteaux venaient y séjourner, par exemple, ils employaient 40 domestiques que leur intendant recrutait là. Les bergers qui se louaient portaient un flocon de laine au revers, les commis meuniers un sac sur l’épaule, les cochers un fouet.
A côté, de la petite église pousse un if. Dans la mythologie grecque et romaine, l’if est dédié à Hécate, gardienne des Enfers, conductrice des âmes emportées par la tempête et déesse de l’ombre et des morts, aux pouvoirs redoutables à la lumière de la Lune à laquelle elle s’identifie et qui est considérée comme le séjour des morts. Elle relierait les enfers, la terre et le ciel. Arbre sacré des Druides, l’if est symbole du lien entre le ciel et la terre pour les chrétiens, abondamment planté aux abords des églises et dans les cimetières en raison de sa longévité et de sa toxicité qui en interdit l’accès au bétail. Cette église, des XVe et XVIe siècles, conserve une tour romane édifiée vers 1136 lors de la succession au duché de Normandie, quand Geoffroy V d’Anjou dit Plantagenêt avait encore la Normandie pendant que son épouse Mathilde l’Emperesse tentait de reprendre l’Angleterre à son cousin Etienne de Blois. La sacristie est plus tardive. Nombreux graffitis au Sud : cadrans solaires, rosace, jeu du pendu, 2 poulets. Dans le porche, deux statues : celle de la Vierge porte des traces de polychromie ; volée elle a été reconnue par l’antiquaire qui l’avait en vente et l’a redonnée à la commune. L’autre statue pourrait être celle de St Riquier.
Il y a beaucoup à voir à l’intérieur car Jean-Pierre Le Chanteur, né là en 1760 et commissaire de la Marine à Anvers de 1803 à 1814, fit expédier à l’église sept tableaux flamands en hommage à sa commune (Rubens, Jordaens, Lucas de Leyde, Van Helmont, Van Clef, Van Dyck), 7 autres à Honfleur et à Rosel
En 1695 un Edit fixa les frais d’entretien d’une église : ceux de la nef relevaient des villageois utilisateurs ; ceux du chœur de celui qui nomme le prêtre. Si le clocher est sur la nef c’est pour les habitants, s’il est sur le chœur c’est pour le décimateur (celui à qui revient la dîme). S’il est sur les deux, les frais sont partagés.
Les sources miraculeuses ne manquent pas dans la région, avec leurs rituels comme la Fontaine Saint-Erme située en contrebas de l’église ND de Vieux Bourg dont les eaux sous ce vocable auraient la vertu de soigner les maux d’yeux : Le malade trempe un linge dans la source, s’en badigeonne les yeux, l’accroche à la haie et va dans l’église mettre un cierge à la statue de Saint-Erme. Malgré les eaux croupies, le nombre de mouchoirs pendus atteste que cette croyance perdure. Un ruban coupé en deux aussi (un pour chaque œil).
D’autres saints ont des pouvoirs guérisseurs à cause de leur nom : St Cloud est imploré contre les furoncles, St Clair les yeux, Jean-Baptiste les maux de tête ; à cause de leur souffrance : Ste Apolline contre les maux de dents, St Laurent les brûlures, Job les maladies de peau ; à cause de leur profession : St Joseph est protecteur de la corporation des charpentiers, St Hubert de celle des forestiers, St Mathieu celle des banquiers… D’innombrables dictons les citent et dictent les travaux des mois et des jours : ”S’il gèle à la Saint-Raymond l’hiver est encore long“, ”Beau temps à la Saint-Guillaume donne plus de blé que de chaume“, ”Soleil au jour de Saint-Hilaire, rentre du bois pour ton hiver“, ”Sécheresse de janvier, richesse de fermier“, ”S’il pleut à Saint-Médard, il pleuvra quarante jours plus tard”.
Pourtant les médecins ne manquent pas en Normandie :
Jacques de Béthencourt écrit un traité sur le ”mal de Naples” (futur ”mal français“) en 1527 à Rouen.
Guy de la Brosse développe l’étude des plantes médicinales début XVIIe. Le roi lui donnera le terrain du futur Jardin des Plantes. Jean-Baptiste Callard de la Ducquerie professeur de médecine à Caen y achète un terrain pour montrer les plantes rares à ses étudiants, et écrit un catalogue sur 559 espèces et leurs vertus. Il est à l’origine de notre Jardin des Plantes. Le chirurgien des batailles Pierre-Martin de la Martinière observe, les populations de Laponie et du Groenland, premier à en rapporter des informations comme celles des magiciens qui vendent aux navires des vents favorables. Au XVIIIe siècle Marie-Louis Caillebot de la Salle demande à son curé de lire en chaire des médications qu’il conseille. Au XIXe siècle Nicolas Houssard écrit à Avranches un mémoire d’hygiène sur les décès ; pour ”s‘assurer qu’ils sont bien morts“ il veut l’édification d’une chapelle dans les cimetières pour que les défunts y reposent 4 jours, il milite pour l’autopsie mais il est contre le microscope car ”la connaissance la plus intime de la cellule n’apprendra pas au médecin à établir un pronostique“…
Ravies de cet exposé et persuadées d’en revenir en pleine santé, nous projetons d’aller visiter ces lieux l’an prochain en compagnie de Catherine MENNESSON notre guide érudite. B.F.