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DIS-MOI JEANNE (Le linge ancien)

Date : 12 mai 2016

Par Carole MAILLARD, passionnée de beau linge et de vêtements ancien
Nouveau-nés
Depuis des temps très anciens, (déjà dans la civilisation égyptienne), les nouveau-nés étaient emmaillotés jusqu’à l’âge de 6 mois. Ils étaient maintenus de façon rigide, voire entre 2 planches, par des bandages ou par des langes. Un anneau pris dans cette “armature” permettait de les suspendre à un arbre durant les travaux des champs, ou à un clou la nuit pour les mettre à l’abri des rongeurs. Les changes n’étant pas fréquents, les nouveau-nés pouvaient macérer durant des heures dans leurs excréments. A partir de 6 mois, ils étaient libérés progressivement de ce carcan, membre par membre. A 3 ans le bonnet, imposé pour que leur âme ne s’envole point, était enlevé. Les enfants étaient allaités jusqu’à 5 ans.
Habit et désinvestissement affectif
L’aîné des garçons, héritier du nom, des terres, du métier, des outils et de la charge de ses parents âgés, avait une position prédominante. Du fait de la mortalité infantile très élevée, il était prudent que l’investissement affectif envers ces enfants mâles ne soit cependant pas trop important durant leurs premières années de vie.
Le rouge, couleur du sang, de la guerre, du feu de la renaissance, symbolisait l’immortalité. Cette couleur revenait logiquement aux garçons. Le bleu, moins stable au lavage, était associé aux humeurs féminines et symbolisait la chasteté, la fidélité, la loyauté, la sagesse et la Foi. Couleur du ciel, elle revenait logiquement aux filles et habillait la Vierge Marie car elle symbolisait l’amour céleste.
Pourtant, lors du baptême, on apposait sur la robe blanche des filles un ruban rose (évoquant le rouge), et sur celle des garçons un ruban bleu…afin que le diable s’y trompe et que le garçon, enfant le plus “précieux”, soit préservé de ses maléfices.
Pour cette raison, jusqu’au XVIIIe siècle les garçons, de la naissance jusqu’à 6 ans, sont asexués et habillés en fille. Le frère de Louis XIV est aussi élevé en fille pour ne pas porter d’ombre à son aîné. Les garçons comme les filles ont des cheveux longs, bouclés, et portent des rubans. Le garçon ne devient un “mâle” qu’à l’âge de 7 ans ; il peut alors porter l’épée.
C’est l’arrivée de la confection industrielle qui, en spécialisant les vêtements, permettra plus tard de mieux identifier les garçons.
Habit et rang social
Les habits d’enfant étaient copiés sur ceux de leurs parents, indiquant ainsi très tôt la position sociale de la famille : sabots de bois chez les paysans versus dans l’aristocratie, chaussons en dentelles ou en crochet, puis chaussures à talons hauts, décolletés et fraise autour du cou. La fraise comme le chapeau cherchaient à donner à l’enfant le port altier qui convenait à son rang.
En fonction de la croissance de l’enfant, l’habit était élargi à la façon d’un patchwork, sans aucune finition soignée pour tout ce qui n’était pas visible car les tissus étaient très chers.
Longs métrages précieux, fourrures et dentelles, grands indicateurs de rang social, étaient tellement prisés qu’ils finirent par être réservés au roi et aux princes pour éviter débauche de luxe et ruines.
Habit - Economie et Société
Au XVIe siècle, les hauts de chausse des hommes ont tantôt raccourci tantôt rallongé lorsque le raccourcissement fut considéré comme trop indécent.
Sous l’Empire, les mères ont copié les robes de baptême.
Au XIXe siècle, sont arrivés les “panties”.
Au XXe siècle, après la 1ère guerre mondiale, des raisons économiques ont conduit à raccourcir les robes. En 1968, la mode Sheila (couettes, robes courtes, chaussettes, chaussures à barrette), pourrait avoir traduit un souhait des hommes de museler les femmes en les infantilisant. Ce phénomène aurait été observé lors des grands mouvements sociaux.
Robe de baptême et robe de mariée
La longueur de la robe de baptême représente la durée du chemin qui reste à l’enfant à parcourir avant de retrouver Dieu. Cette robe, qui représente la vie, peut se transmettre de génération en génération, contrairement à la robe de mariée qui se perd comme est perdue la virginité, et ne peut donc pas se transmettre.
Les robes de mariée ne sont blanches que depuis Joséphine de Beauharnais. Auparavant le blanc était la couleur du deuil.
Trousseaux
Le nombre de draps était calculé en fonction du nombre de lessives annuelles. Avec 2 lessives par an, il fallait 24 paires de draps pour couvrir les 52 semaines. M-Th B.