Fédération Française du Lyceum Club International

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EMBARQUEMENT IMMEDIAT POUR LA GUYANE

Date : 27 février 2018

Chez Danielle et Alain Bourgeat, c’est à un voyage immobile en Guyane que nous convie MaO , afin d’y découvrir ce département qu’elle arpente depuis 20 ans maintenant, pour y retrouver sa fille et aussi pour son plaisir.
Cette terre d’immigration, voulue ou forcée, est connotée très négativement en métropole : la pluie, la pauvreté, les vestiges de l’esclavage ou du bagne ne sont pas vraiment compensés par la découverte de l’or ou le lancement de la fusée Ariane à Kourou.
MaO ne manque pas de nous mettre en condition favorable en nous montrant de très belles photos de toucans colorés, de fleurs de fromager, de « reine de la nuit », sublime et éphémère, de marchés pittoresques, de visages expressifs de créoles burinées ou d’habitations étonnantes aux tags pleins d’humour et de poésie.
Bien sûr quand on arrive en Guyane on est « sur une autre planète » ! Les couleurs, les senteurs, les bruissements incitent au rêve et mettent tous les sens en éveil…
Sa Ka maché la Gwian ? Autrement dit : comment ça va, la Guyane ?
Si on retrace l’histoire de cette terre, on s’aperçoit qu’elle est faite d’échecs successifs.

Depuis le XVIème siècle des colons, en mal de survie ou de liberté, ont tenté de s’y installer dans des « habitations » nécessitant une main d’œuvre d’esclaves. Les noirs issus des « fonds de cale » des navires négriers passant par les Antilles, y cultivent l’indigo, le manioc, la canne à sucre… Maltraités et exploités sans vergogne, ils sont considérés comme des « meubles » par le code noir. Les stigmates resteront indélébiles.
Avec les colons arrivent aussi les Jésuites qui tentent d’évangéliser les Amérindiens. Les missionnaires fondent de petites colonies (les Arawaks, les Wayanis, les Palikurs) mais ils seront bientôt rappelés en Europe, trop tôt pour avoir ancré durablement leur enseignement.

La publicité mensongère, présentant la Guyane comme l’Eldorado, incitera de nombreux sujets de Louis XV à s’embarquer, mais ces voyages mal préparés tourneront au désastre humanitaire. Sur 18 000 candidats au voyage, 12 000 périront !
Pendant La Révolution française les prêtres réfractaires seront envoyés en Guyane et y périront en martyrs de leur foi .
*En 1848, l’affranchissement des esclaves constituera un véritable désastre pour ce pays, en manque cruel de bras non rémunérés pour cultiver les plantations.
*1853 : date de la découverte d’une énorme pépite d’or qui va cristalliser tous les rêves et amener sur cette terre quantité de brigands sans foi ni loi. D’énormes tueries ensanglanteront le pays et déboucheront sur une contrebande effrénée qui n’a pas cessé aujourd’hui. Plus de 40% de la production aurifère part encore aux clandestins !
*De 1855 à 1939 on installera un bagne à Cayenne où seront déportées 80 000 personnes dont Dreyfus et Seyznek ! Ceux qui purgent une peine supérieure à 8 ans seront assignés à vie à rester sur place, après leur libération. Les autres, libérés sans un sou vaillant, n’auront d’autre solution que d’accepter les tâches les plus serviles et les plus misérables.
Le travail est ici symbole de servitude, blanche ou noire, tout est un ! On n’est pas éloigné du « trepalium » latin, instrument de torture dans l’antiquité.
En 1946 la Guyane devient département français, mais les Guyanais restent écartelés entre leur nationalité (française) et leur identité (guyanaise).
La fusée Ariane et le pas de tirs de Kourou, s’ils font la fierté des autochtones, ne masquent pas les difficultés profondes de toutes les communautés : Amérindiens, Créoles, Chinois, Hmong, Blancs cayennais, missionnaires et métros qui se côtoient en ces lieux.
Pour votre édification : sur 250 000 habitants, on compte 50 000 sans-papiers !
Les Guyanais sont champions toutes catégories des tristes records, liés à la pauvreté et à la corruption. Pourtant, curieusement c’est le département où l’on note la plus forte consommation de champagne !
Et même si parfois « La Guyane, ça vous bagne » lorsque vous évoquez, parmi les animaux les plus inquiétants : les serpents, les mygales velues, ou les crapauds repoussants, pensez en contrepoint à la picolette, ce petit oiseau enchanteur dont le propriétaire ne se sépare jamais.
Ce pays au lourd passé, qui se sent un peu délaissé parfois, mais qui vibre au chant de la pluie ou d’un oiseau, ne peut être que fascinant et mérite d’être mieux connu !
C’est ce à quoi s’est employée MaO, alternant informations historiques et brèves poétiques.

Pour clore cette soirée passionnante, un verre de ti punch à la main, nous aurions pu chanter comme les Créoles :
« Ba moin en ti bo, deux ti bo, trois ti bo, Doudou…
Pou soulagé coeu moin ! »
D.VDB 27.02.2018