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ESTAMPES MONUMENTALES CONTEMPORAINES

Date : 4 juin 2019

Musée des Beaux-Arts de CAEN
Le musée des Beaux-Arts de Caen possède la plus grande collection d’estampes de France. L’estampe n’est plus depuis longtemps un instrument de diffusion de l’image mais bien un champ d’expérimentation. L’exposition actuelle à Caen est la plus grande exposition d’estampes jamais réalisée. Elle présente 42 œuvres de 36 artistes.
Qu’est-ce qu’une estampe ?
Par définition, l’estampe est à la fois l’ensemble des procédés qui permettent d’imprimer une image à partir d’une matrice et l’objet obtenu par ces procédés. Une estampe demeure une œuvre d’art, qu’elle soit pièce unique ou produite à plusieurs exemplaires. Par cette exposition Caroline Joubert, conservatrice en chef du musée des Beaux-arts de Caen et commissaire de cette exposition veut nous montrer combien l’estampe monumentale est depuis quelques décennies un champ d’expérimentation. Dépasser les règles de l’édition commune conduit à s’emparer de toutes les techniques sans a priori, des plus traditionnelles (gravure sur métal et sur bois, lithographie, sérigraphie...) aux plus novatrices (photogravure, tirage numérique, papier mural...), à jouer avec les limites de l’estampe (gigantisme, support autre que le papier, sérialité, collage...), à interroger enfin les modes de représentation comme les systèmes de fabrication des images. Notre conférencière nous fait découvrir les estampes monumentales contemporaines au travers de quelques œuvres choisies au sein de l’exposition.
Pierre ALECHINSKI vient du monde de l’imprimerie avant de faire Art Déco. Après la deuxième guerre mondiale et avant 1950 il appartient au mouvement COBRA en provenance de Copenhague, Bruxelles et Amsterdam. Il utilise la technique de la taille douce qui permet de graver avec une pointe sèche ou au burin. Ensuite il applique l’encre et passe sous presse. En 1951, il découvre les pratiques traditionnelles chinoises. Pour cette estampe intitulée A l’aveuglette, il utilise la technique de l’eau forte (ou aqua forte) Il peint directement avec un pinceau imbibé d’essence de lavande sur 3 plaques de cuivre recouverte de vernis. Il est aveuglé par la lumière réfléchie sur le cuivre d’où le nom de l’œuvre. Il travaille au sol, réalise une image centrale et dessine une marie-louise constituée d’éléments très graphiques qui s’enroulent tout autour du sujet central.
Antony TAPIES Artiste espagnol qui a vécu sous le régime de Franco et s’inspire des murs d’expression. L’œuvre exposée le Gran triptic est constituée de trois panneaux. Sa technique est un mélange d’eau-forte, d’aquatinte et de sérigraphie associé à un vernis mou très fragile. Il pose une feuille dessus et travaille sur la plaque. La technique de l’aquatinte lui permet de rendre un aspect d’aquarelle. L’aquatinte est une technique mettant en œuvre une poudre de résine créant une matière sur la plaque qui donne des zones colorées nuancées. Il va modifier chacune des épreuves pour obtenir différentes estampes. Chacune sera unique.
Georges BASELITZ est un artiste allemand plus jeune, qui aime le monumental à travers la gravure. Sa technique met en œuvre le corps. Pour sortir de ses habitudes graphiques, il travaille son image à l’envers ce qui implique des gestes différents. La technique est la taille d’épargne, opposée à la taille douce. Il s’agit d’un ensemble de techniques dont la xylogravure (sur bois) et la linogravure. L’œuvre exposée est une linogravure. L’artiste a retiré les éléments et tout le reste a été encré. Il s’agit d’un massif montagneux vu au travers d’une anfractuosité et présenté à l’envers.
Alain JACQUET s’inspire du fameux "Déjeuner sur l’herbe" de Manet déjà lui-même inspiré d’une œuvre de la Renaissance. L’artiste appartient au mouvement du nouveau réalisme en France avec César et ses compressions - Armand - Yves Klein/le bleu Klein. L’abstraction se développe après-guerre par le rejet de la figure humaine, période de Andy Warol aux États-Unis.
La technique de la sérigraphie de Alain Jaquet : il réalise une photo mettant en scène des personnes comme dans le tableau de Manet. La jeune femme reprend la posture de celle du tableau de Manet, elle est dénudée tandis que les hommes à ses côtés sont habillés. La photo choisie est ensuite agrandie et présentée sur un écran donc très pixellisée. Cette image agrandie est insolée puis recouverte d’encre qui diffuse dans les zones insolées. Le travail de sérigraphie est ensuite réalisé. L’artiste réalise alors 30 tirages sur toile et 30 tirages sur papier mais tout en s’assurant que les épreuves soient toutes différentes. Chaque exemplaire est alors unique avec sa propre singularité.
Luciano FABRO, artiste italien, part d’un portfolio de la Renaissance et agence les structures et les proportions à sa façon. Par exemple, il retire les statues d’origine et les place ailleurs ou les remplace par d’autres statues d’autres époques. Il propose quatre points de vue de ses grandes estampes qu’il reproduit en sérigraphie.
José Maria SICILIA, artiste espagnol, vit entre les Baléares et Paris. Il aime les tapis, les vitraux, les mosquées, essaie de capter l’immatériel dans la matière, et compare la peinture à la sieste, un état intermédiaire entre la veille et le sommeil. Il utilise la technique de la lithographie, travail sur la pierre.
Œuvre 6 : À partir d’un tapis persan Kuba du Caucase datant du XVIIIe s., il réalise une œuvre, commandée par le Louvre, de la même taille en carreaux de plâtre. Les deux œuvres exposées au Louvre doivent rentrer en écho. Il reprend les motifs du tapis qu’il remplace par des alvéoles de ruche. Ces motifs sont imprimés sur des feuilles de papier chinois posées sur le plâtre alors que l’encre est encore humide. L’artiste a réalisé autant de lithographie que de plaques. Il retravaille des images à la cire.
Sont aussi présentées 3 estampes murales de 1954 du même artiste. L’artiste est très zen. Il cherche à matérialiser le spirituel.
Franz GERTSCH est peintre à l’origine mais la plus grande estampe de l’exposition est sa gravure sur bois. Pour cette estampe, il utilise la technique de la xylogravure, gravure sur bois mais il remplace le geste de gravure par un geste de piqueté qu’il réalise avec une lame en biseau. Il a pris une photo d’un cours d’eau, l’a posée sur le bois et a piqué de petits points tous les éléments de la surface pour rendre apparent sur le bois les reflets, miroitements, mouvements et remous de l’eau.
Christiane BAUMGARTNER, comme mode de réalisation, a fait une vidéo (dans ce cas-ci elle filme depuis sa voiture) et extrait deux photos de cette vidéo, les projette sur des plaques en bois et traite le bois sous forme de ligne qu’elle creuse pour réaliser les images.
Agathe MAY est une grande artiste française primée pour son travail de gravure. Le premier tableau est une gravure sur bois qui représente une forêt. Le deuxième tableau est réalisé sur la même matrice que le premier tableau. Elle pose des matrices plus petites mettant en scène des objets du quotidien jetés dans la nature et éparpillés dans la forêt. C’est ainsi qu’elle nous montre une décharge sauvage en pleine nature.
Claude CLOSKY Paris 1963, avec Le supermarché en papier peint elle dénonce le monde de l’ultra consommation au travers de ce mur de papier peint réalisé en agençant les images des prospectus publicitaires diffusés par la grande distribution.
Cristina IGLESIAS, artiste basque espagnol, réalise de grandes sérigraphies imprimées sur des supports comme la soie, l’inox ou le cuivre. Pour ce triptyque elle a photographié la maquette d’une installation construite avec des cartons d’emballage. La photo agrandie a été imprimée sur trois plaques de cuivre créant une image lumineuse à l’aspect précieux. A.L’H