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Et si les FEMMES FIXAIENT la POPULATION du MONDE

Date : 7 janvier 2016

En 1804 la terre comptait 1 milliard d’habitants.
Il a fallu 123 ans pour atteindre en 1927 les 2 milliards,
32 ans pour atteindre en 1959 les 3 milliards
15 ans pour atteindre en 1974 les 4 milliards,
13 ans pour atteindre en 1987 les 5 milliards,
12 ans pour atteindre en 1999 les 6 milliards.
Le 31/10/2011, les 7 milliards ont été atteints.
Sur le net, l’horloge de la population mondiale est impressionnante ! Chaque seconde il y a 5 naissances et 2 décès, soit un solde positif de + 3 personnes par seconde.
Les craintes qu’une telle croissance exponentielle suscite concernant les diverses ressources mondiales (eau, pétrole, matières premières, terres agricoles), sont-elles fondées ?
Données démographiques mondiales et courbes d’évolution des taux de fécondité 1960-2013
Les données démographiques collectées auprès de plus de 200 pays permettent d’analyser l’évolution des populations depuis plus de 50 ans et de construire des courbes en fonction du temps.
Ces données reposent sur 2 chiffres :
- l’indice conjoncturel de fécondité, communément et à tort appelé taux de fécondité, ou nombre moyen d’enfants que les femmes mettent au monde entre 15 et 45 ans … c’est la variable essentielle,
- l’espérance de vie, impactée par la mortalité maternelle et infantile, témoin de l’état de santé global d’un pays …c’est un facteur modulant davantage la répartition que la quantité de population.
En 1965, le taux mondial moyen de fécondité était de 5 enfants par femme.
En 2013, il n’est plus que de 2,46, soit 1 enfant en moins par femme tous les 20 ans.
Les taux de fécondité les plus faibles sont observés dans les pays où les taux d’alphabétisation des femmes sont les plus élevés et vice versa. Les 20 pays ayant les taux de fécondité les plus bas (1,08 à 1,45) représentent 560 millions de personnes ; ce sont principalement la Corée du Sud, le Portugal, la Grèce, la Pologne, l’Espagne, l’Allemagne, la Thaïlande, l’Italie, le Japon, l’Autriche.
Le seuil de renouvellement d’une population nécessite plus de 2 enfants par couple et varie d’un pays à l’autre car il dépend de la mortalité infantile, de l’espérance de vie, mais également de la répartition hommes/femmes et du nombre de filles à la naissance ; le seuil d’usage est de 2,1 en Europe mais il est au dessus de 3,0 au Niger et au Nigéria où l’espérance de vie n’est que de 52 ans ; il est à 2,2 en Chine du fait des avortements provoqués de fœtus féminins, ce qui entraîne un excèdent de garçons à la naissance (118 pour 100 filles)
Les taux de fécondité par tranche d’âge, extraits des dernières observations disponibles par pays et appliqués aux filles âgées de 15 ans à 45 ans en 2013, permettent de calculer le nombre d’enfants qui naîtront une génération plus tard (soit environ 25 à 30 ans plus tard) ; ils sont à la base des calculs prospectifs de population dans l’hypothèse d’une relative stabilité des derniers taux connus.
Afin de présenter une vision plus claire de l’évolution démographique de plus de 220 pays durant les années 1960-2013, ceux ayant des courbes évolutives sensiblement parallèles de leur taux de fécondité, ont été regroupés. Cette classification a permis de dégager 7 vagues/tendances évolutives, en regard de la ligne de base qu’est le seuil usuel de renouvellement de population, fixé à 2,1 enfants par femme.
1- L’Occident : regroupant Europe et Amérique du Nord
Ce sont les pays qui, partant de taux de fécondité de 2,2 à 3,8 en 1960, ont rapidement cessé de renouveler leur population ; dès 1970 pour l’Allemagne, le Canada, les Etats Unis, le Royaume Uni et l’Autriche, 1975 pour la France et l’Italie, 1982 pour la Grèce, l’Espagne et le Portugal. Leurs taux de fécondité sont très bas, entre 1,2 et 2 mais semblent stabilisés depuis 2008-2010.
2- L’Asie 1 : regroupant Chine, Japon, Thaïlande, Singapour et Corée du Sud
Ce sont les pays qui, partant de 5,5 à 6 enfants par femme en 1960 (excepté le Japon qui était déjà sous la barre des 2,1) ont présenté une chute brutale de leur taux de fécondité dans les années 70 /80 et ont également cessé de renouveler leur population ; pour Singapour en 1975, pour la Corée du Sud en 1983, la Thaïlande en1990 et la Chine en 1992, laissant présager une baisse de la population chinoise vers 2022. La politique chinoise de l’enfant unique en 1979 a été inutilement “cruelle” car la Chine avait déjà spontanément et drastiquement réduit sont taux de fécondité 10 ans auparavant. Le taux de fécondité à Shangaï, actuellement, est de seulement 0,7 enfant par femme !
3- Ex URSS : Russie, Ukraine, Rep. Tchèque, Hongrie et Pologne
Ce sont les pays dont les taux de fécondité déjà bas (entre 2 et 3) en 1960, ont tous connu une nouvelle baisse importante après la chute du mur de Berlin en 1989, jusqu’à atteindre seulement 1,1 à 1,4 dans les années 2000. Une légère remontée est observée depuis 2004 autour de 1,5, bien en deçà encore du seuil de renouvellement de population.
4- L’Amérique latine : Pérou, Venezuela, Colombie, Mexique, Argentine, Chili et Brésil
Ce sont les pays dont les taux de fécondité ont baissé tranquillement depuis 1960 partant de 3 (Argentine) à près de 7 (Mexique, Pérou, Colombie) jusqu’à passer sous le seuil de renouvellement de 2,1 en 2000 au Chili, 2002 au Brésil, et l’affleurer tout récemment en 2013 pour tous les autres.
5- L’Afrique 1 - Moyen Orient : regroupant Syrie, Algérie, Egypte, Maroc, Arabie Saoudite, Afrique du Sud et Tunisie
Ce sont les pays dont les taux de fécondité très élevés (6 à 7,5) en 1962, se sont effondrés dans les années 80/90 avec une pente désormais plus faible mais qui pourrait descendre sous le seuil de renouvellement dans 10/20 ans. Une légère remontée est observée au Maroc et en Tunisie (seul pays qui était descendu sous la barre de 2,1 entre 1999 et 2009).
6- L’Asie 2 : Pakistan, Philippines, Inde, Indonésie, Bangladesh, Turquie, Malaisie, Myanmar, Iran et Viet Nam.
Ce sont les pays dont les taux de fécondité très élevés (5,5 et 7) en 1960, ont été les champions de la décroissance : moins un enfant par femme tous les 10 ans. Ils sont passés au dessous du seuil de renouvellement de 2,1 pour le Viet Nam en 1998 et pour l’Iran en 2000. L’Iran est le pays où le pourcentage de femmes diplômées est le plus élevé du monde et son taux de fécondité est actuellement de seulement 1,8. Turquie, Malaisie, Myanmar sont passés sous la barre des 2,1 en 2005. Les 3 premiers pays musulmans, Pakistan, Bangladesh, Indonésie, n’ont pas échappé à la baisse du taux de fécondité, jusqu’à respectivement 3,34, 2,2 et 2,09 en 2012. En Inde il est actuellement de 2,59 pour un seuil de renouvellement à 2,35.
7- L’Afrique 2 - Moyen-Orient : regroupant Nigeria, Ouganda, Tanzanie, Mozambique, Congo, Afghanistan, Ethiopie, Soudan, Kenya, Irak, Ghana
En 1960, leurs taux de fécondité étaient compris entre 6 et 8 ; en 2012 ils ont tous baissé mais sont encore entre 4 (Ghana, Irak) et 6 (Nigéria) ; ils pourraient descendre jusqu’au seuil de renouvellement entre 2040 et 2050 avec une baisse de la population prévisible à partir de 2070-2080.
Prévisions de population mondiale
Ces prévisions sont rendues possibles grâce à des calculs tenant compte du nombre d’enfants par femme et de l’espérance de vie par pays. Ces calculs prévisionnels pourraient être un outil de maîtrise de la population mondiale !
Actuellement 52% de la population mondiale a un taux de fécondité stabilisé au-dessous du seuil de renouvellement de 2,1, versus 48 % encore au-dessus de ce seuil mais sur une pente nettement décroissante. Si on prolonge la courbe actuelle de la baisse du taux moyen de fécondité mondiale, elle passera sous le seuil de renouvellement de 2,1 en 2023.
Cependant un plancher pourrait être atteint autour de 1,75 enfants/femme vers 2050. Il est lié à l’immuable désir d’enfant des femmes. L’amour maternel demeure une force majeure de l’humanité.
Si l’espérance de vie, moyenne mondiale, restait à 75 ans (70,9 ans en 2013), le pic maximum qu’atteindrait alors la population mondiale en 2045, serait de 8,1 milliards. Si l’espérance de vie atteignait 80 ans, ce pic maximal resterait cependant en deçà des 10 milliards.
L’espérance de vie pourrait prochainement stagner en France du fait de nombreux freins : restrictions des budgets de santé, principe de précaution empêchant l’émergence de nouveaux médicaments lorsqu’ils ont des effets collatéraux/indésirables, émergence de bactéries multi-résistantes, méfiance des populations et campagnes anti-vaccins, pollution, mauvaise hygiène de vie.
Revue de presse
Curieusement cette projection à la baisse de la démographie mondiale, évènement majeur du siècle pour les habitants de la terre, est très peu abordée par les média et la presse. Le nombre d’articles consacrés au réchauffement climatique est 15 fois plus important.
Les prospectives sont contradictoires.
D’un côté, ceux qui font le “buzz” sur l’explosion démographique :
-  P Ehrlich, professeur de biologie à Stanford, publie en 1968 : “The population bomb” annonçant des famines.
-  le Point titre en 2010 : “La bombe humaine”… “avant de décliner, la population va exploser”
-  Le Monde.fr en 2013 : “11 milliards de terriens en 2100 dont 3 milliards > 60 ans”
-  Science en 2014 : “l’explosion démographique ne s’arrêtera pas au cours de ce siècle”
De l’autre, ceux plus discrets, qui commencent à parler du déclin de la population :
- Le point évoque en 2009 : le tabou démographique “un évitement général l’oblitère”
- Hervé Le Bras, économiste, dans une interview en 2012 : “la fécondité baisse … le point d’équilibre va être trouvé entre 2040 et 2050 et la population pourrait commencer à diminuer”
- Hervé le Bras à “C dans l’air” en 2013 : “beaucoup pensent qu‘autour de 2050 , la population mondiale se stabilisera”
- Books en 2013 : “quand la Terre manquera d’hommes … 1 milliard de moins en 2100”
- un livre d’Ann Buchanan et Anna Rotkirch : “Fertility rates and population decline”
- Les Echos en avril 2015 parlent du grand renversement démographique mondial et de la crainte de la dépopulation à propos du livre de SP KRAMER : “The other population crisis. What governemts can do about falling birth rates ? ”
- Le Point de septembre 2015 : “Migrations démographiques Vérités et mensonges. Le choc démographique aura t-il lieu ?”
Entre les 2 : les projections publiées par les Nations Unies, annonçant pour 2100 une médiane à 11 milliards de terriens avec un intervalle de confiance à 95% entre 8,5 et plus de 13 milliards.
Le taux de fécondité et le calcul du seuil de renouvellement des populations, sous réserve d’être obtenus quasiment en temps réel et non plus avec 2 ans de retard, pourraient devenir un outil de prise de conscience de la population mondiale. Il gagnerait à être remplacé par un indice net conjoncturel de fécondité tendant à mieux standardiser les taux entre pays et à simplifier les messages. Les médias pourraient informer comme ils savent le faire avec le taux de chômage. Les pays pourraient se mobiliser pour décider d’un effectif de population. Les femmes seraient alors les acteurs capables de fixer de manière durable le taux de fécondité au seuil de renouvellement de la population.
C’est le rêve de notre orateur … une utopie ?? M-Th B.