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Femmes et pouvoir en Egypte antique

Date : 12 février 2019

Merci à Karine Madrigal pour son exposé riche et documenté. Son support écrit m’a bien aidée pour vous restituer cette période de l’histoire d’une des plus anciennes civilisations du monde.
Tout au long de l’histoire égyptienne, on constate que les femmes issues de la famille royale ont eu un rôle important à jouer qu’elles soient mère, épouse ou fille de roi. Ce rôle politique et/ou religieux avait pour seul but de légitimer le pouvoir du roi en place, assurer sa stabilité par une régence ou par des alliances et faire que les successions se passent sans heurts ni crise royale.
Durant la période pharaonique, les femmes ont des droits et des statuts que l’on ne retrouve que dans bien peu de sociétés à l’époque. C’est ainsi qu’elles peuvent gérer leur propre patrimoine ou même se trouver à la tête d’une entreprise. Elles peuvent divorcer, intenter un procès pour récupérer les biens du ménage et gagner ce procès.
Représentation des femmes royales dans l’art égyptien
Très tôt dans l’histoire égyptienne, la femme royale est représentée aux côtés du pharaon. La première représentation de l’épouse royale à côté de son époux date de la IVème dynastie. L’épouse est alors représentée en toute petite taille enlaçant la jambe du roi.
Deux règnes plus tard, au cours du règne de Mykérinos, l’épouse peut avoir la même taille que le roi. Elle est alors représentée enlaçant le roi de son bras.
Jusqu’au nouvel empire, la reine représentée avec le roi sera son épouse.
Sous Thoutmosis IV, survient un changement. Le roi est représenté avec la Grande Epouse Royale, sa mère et non son épouse.
Autres représentations, toute la famille est mise en scène et l’épouse du roi ainsi que ses filles sont représentées sur de nombreux décors participant à diverses activités.
Une des dernières grandes reines à être mise en avant est certainement Néfertari épouse de Ramsès II. C’est la reine dont on a conservé le plus de figurations dans les reliefs des monuments ou dans la statuaire.
Comme toutes les reines du nouvel empire, elle est représentée coiffée de la perruque ample de son époque ornée de la dépouille du vautour. Elle porte le plus souvent une couronne qui associe les deux hautes plumes et l’astre solaire à de longues cornes lyriformes. Elle est vêtue, selon la mode de l’époque, de robes drapées ou plissées maintenues autour du corps par une longue ceinture souple.
Elle fut ensevelie dans la plus belle tombe de la vallée des reines. Il est à noter que la mention du souverain n’y figure nulle part. Le nom de Néfertari placé dans un cartouche, ce qui est un privilège royal, est régulièrement suivi de l’épithète Méretenmout, "celle que Mout aime" ou "l’aimée de Mout".
La couleur rose de sa peau, alors que dans les tombes égyptiennes les femmes ont la peau jaune, pourrait s’expliquer en considérant les positions de plus en plus éminentes prises par les femmes de la cour dans les affaires politiques et religieuses du royaume. C’est une façon de montrer leur essence royale ainsi que leur rôle dans la transmission héréditaire de la monarchie et donc leur appartenance au monde sacré.
Rôle des mères royales et des épouses royales
Pendant la jeunesse de l’enfant roi, la mère peut avoir une influence considérable sur le futur pharaon. Elle peut même assumer la régence. Toutes les décisions sont cependant actées par le jeune roi.
Ainsi l’exemple de la reine d’Ankhnespepy II et son fils Pépy II, trop jeune au décès de Pépy 1er.
Durant la fin de l’Ancien Empire, à la faveur de crises successorales et la montée de jeunes souverains sur le trône, on constate que le pouvoir des épouses royales s’accroît. Les mères royales assurent la stabilité et la transition du pouvoir.
Le complexe funéraire d’Inenek-Inti (une épouse de Pépy Ier) montre quelques inscriptions l’identifiant en tant que Vizir !!! C’est la première femme à avoir porté ce titre.
Deux d’entre elles, Ahmès Néfertari et Ahhotep assurèrent une longue régence pendant la minorité de leurs fils.
Ahmès Néfertari était la fille de Sequenenrê-Taa. Elle épousa son frère Ahmosis et donna naissance à Amenhotep Ier. Elle était donc fille de roi, sœur et épouse de roi, mère de roi, assurant ainsi la continuité de la lignée !
Sous le règne d’Aménophis lll, cette grande reine fut divinisée avec son fils Aménophis ler.
Certaines mères royales vont être mises en scène dans le but de légitimer l’accession au pouvoir du roi. Ces scènes appelées théogamies, sont présentes dans les temples, pour montrer la naissance divine du roi.
La future mère du roi y reçoit la visite du dieu Amon qui apparait sous la forme de l’époux royal. L’accouplement très prude est signifié par le geste des jambes enlacées et le toucher du coude. Le successeur du roi peut ainsi dire qu’il est le fils d’Amon.
Les filles royales

Au cours de la VIème dynastie, l’accession au pouvoir dans un contexte troublé va contraindre les souverains à mener une intense politique matrimoniale afin de construire une véritable famille royale et à en assurer la cohésion.
On constate ainsi des mariages diplomatiques entre filles de la famille royale et personnages influents de l’état. Par contre, les princesses égyptiennes n’épousent jamais un étranger.
Téti, le fondateur de la lignée unira ses propres filles à des vizirs, hommes les plus influents après le pharaon.
On pratique également les mariages entre frères et sœurs, oncles, pères et filles ....
La femme pharaon
Les différentes listes royales montrent que certaines femmes ont gouverné en tant que pharaon. La plus célèbre étant Hatchepsout.
Fille de Thoutmosis 1er, elle devient reine en épousant son demi frère Thoutmosis II. Thoutmosis III monte sur le trône après le décès de Thoutmosis II. Trop jeune au moment de son intronisation, la régence sera assurée par sa tante et belle mère Hatchepsout. Après quelques années, Hatchepsout décide de se faire pharaon au détriment de Thoutmosis III. Elle se fait alors représenter avec les attributs royaux. On constate au cours du règne que sa statuaire va évoluer. Les caractéristiques féminines s’effaçant et laissant place aux images masculines.
Pour faire apparaitre son règne comme légitime, elle se présente comme l’héritière directe de son père en gommant l’existence de Thoutmosis II et celle de Thoutmosis III. Il lui faut cependant la bénédiction des Dieux. C’est chose faite dans sa théogamie. Amon, sous les traits de son père fécondera la mère d’Hatchepsout et l’enfant sera allaité par la vache divine Hathor.
La dernière femme pharaon connue est Cléopâtre. Nous n’avons aucune source directe de sa vie, tout ce que l’on sait est véhiculé par un mythe.
Les divines adoratrices d’Amon
Au début du nouvel empire, une trentaine de femmes de la famille royale portent le titre de "Divine Adoratrice". Elles sont rattachées au dieu Amon. C’est Ahmès Néfertari qui fut la première reine détentrice de ce titre. Ce sont des épouses terrestres et épouses célestes du dieu Amon. A partir d’Isis, les Divines Adoratrices sont en théorie vouées au célibat. Elles n’ont plus d’époux terrestres.
A partir de la XXIème dynastie le statut de ces femmes évolue. Elles sont désormais dotées de deux noms inscrits dans un cartouche.
Quels sont leurs rôles : protection du Dieu, rôle de maternité et de perpétrer la vie, rôle d’apaisement du dieu et également de le réjouir.
Les rituels pour réjouir les dieux vont se dérouler notamment durant deux fêtes populaires en Egypte : la fête d’Opet et la Belle fête de la Vallée.
Au cours de ces cérémonies les Divines Adoratrices pratiquent des rites sonores pour apaiser les Dieux consistant à secouer des sistres et colliers ménat devant la divinité.
Il ne faut pas oublier que ces prêtresses ont aussi un rôle politique : elles sont l’œil de Moscou dans le temple d’Amon.
Envie d’en savoir plus .... rendez-vous sur internet ou mieux, un petit voyage dans la Vallée des Reines....et au delà !!!

F.L. 12 – 02 - 2019