Fédération Française du Lyceum Club International

Fédération Française du Lyceum Club International

Accueil > Clubs > CAEN-NORMANDIE > François GUIZOT, un GRAND HOMME MECONNU
Version imprimable de cet article

François GUIZOT, un GRAND HOMME MECONNU

Date : 9 mai 2019

Par Jean Bergeret, Président de l’association Le Pays d’Auge.
François Guizot est né en 1787, sous l’Ancien Régime, dans une famille protestante de Nîmes. Il est le fils de Sophie Bonicel et d’André Guizot, avocat. En 1789 éclate la Révolution ; André Guizot, Girondin, est condamné à mort sous la Terreur en 1794. Ses deux fils, François et Jean-Jacques, âgés de sept et cinq ans, sont conduits à la prison de Nîmes pour faire leurs adieux à leur père. La jeune veuve de 29 ans déménage à Genève en 1799, pour assurer une bonne éducation à ses deux enfants. D’une nature passionnée et autoritaire, très religieuse, elle a une influence profonde sur son fils aîné. En 1805, à dix-huit ans, François Guizot s’installe seul à Paris pour faire ses études de droit ; il fréquente des intellectuels libéraux, très anglophiles. En 1807 il rencontre Pauline de Meulan, de 14 ans son aînée, aristocrate libérale de l’Ancien Régime rédactrice au "Publiciste", et l’épouse en 1812. Grâce à sa réputation croissante, il est nommé professeur titulaire de la chaire d’histoire moderne à la Faculté de Lettres de Paris. Dès le début de leur mariage François Guizot et son épouse lancent les Annales de l’Education ; ainsi commencent une relation amoureuse heureuse et une association intellectuelle qui dureront jusqu’à la mort de Pauline en 1827. De leur union naît un fils unique, François, qui meurt d’une pleurésie en 1837 à 22 ans. Avec le retour des Bourbons, Guizot exerce son influence politique officieusement, comme conseiller de plusieurs ministres. Au cours de cette période, 1814-1820, se forme le "groupe des Doctrinaires" : face à l’aristocratie ultraroyaliste qui rêve d’un retour à l’Ancien Régime ces libéraux, comme Royer Collard, Charles de Rémusat ou Prosper de Barante, cherchent une nouvelle forme de gouvernement adaptée à la nouvelle société issue de la Révolution. Guizot s’affirme comme animateur du mouvement, il veut instaurer un gouvernement représentatif, composé de personnes élues au suffrage censitaire ayant la faculté d’agir selon la raison, car il s’oppose à la souveraineté du peuple. Pour lui, les décisions du gouvernement doivent être contrôlées par les Chambres. L’assassinat du Duc de Berry, en 1820, ramène au pouvoir le parti ultraroyaliste ; Guizot prend la tête de l’opposition libérale et se voit révoqué de toutes ses fonctions en 1822 ; il quitte son poste de professeur à la Sorbonne. Commence alors une période de création intellectuelle. Il publie des ouvrages politiques dont l’Histoire de la Révolution d’Angleterre. À partir de 1828 Guizot peut reprendre ses fonctions de professeur. Ayant atteint l’âge légal de 40 ans, il se présente en janvier 1830 aux élections de l’arrondissement de Lisieux dont il va être le député pendant 18 ans. Avant de mourir Pauline aurait conseillé à son mari d’épouser sa nièce Eliza Dillon, beaucoup plus jeune que lui ; elle meurt à son tour en 1833 à 29 ans, laissant trois jeunes enfants Henriette (1829-1908), Pauline (1831-1874) et Guillaume (1833-1892). En 1832, Guizot devient ministre de l’Instruction Publique et occupe ce poste jusqu’en 1837 ; par sa loi du 28 juin 1833 il crée l’école communale : chaque commune doit financer une école de garçons et entretenir un instituteur ; Guizot a aussi pensé aux filles mais sa proposition n’a pas été retenue par les députés. Il prévoit une École Normale par département, pour former les enseignants, et met en place le corps des inspecteurs. Guizot instaure également une Inspection Générale des Monuments Historiques pour répertorier et préserver les lieux de mémoire de la France. Malgré ses lourdes charges gouvernementales il reste un père attentionné ; c’est sa mère qui assure l’éducation quotidienne de ses quatre enfants. En 1836 il est élu membre de l’Académie Française, il est nommé ambassadeur de France à Londres puis ministre des Affaires Etrangères. A ce poste jusqu’en 1847 il privilégie la paix et les bons rapports avec l’Angleterre, malgré les nombreux sujets de mésentente entre les deux pays, il élabore des solutions diplomatiques aux conflits avec son homologue anglais George Aberdeen et réalise la première Entente Cordiale avec l’Angleterre. Lorsqu’éclate la révolution de 1848 Guizot, alors Président du Conseil, doit fuir avec sa famille en Angleterre où il séjourne seize mois. De retour en France, après un échec électoral en 1849, Guizot ne fera plus de tentative pour revenir au pouvoir. Dépourvu de fortune personnelle il publie sans arrêt car il a des problèmes d’argent : la propriété du Val Richer, ancien monastère cistercien acheté en 1836, est hypothéquée deux fois ; il doit aussi rembourser les dettes de jeu de son fils Guillaume, un intellectuel nommé au Collège de France en 1874. À 80 ans il rédige son Histoire de France racontée à mes petits-enfants, grand succès de librairie de l’époque que sa fille Henriette, qui écrit aussi, termine après sa mort. Mariée à Conrad de Witt, c’est elle qui prend sous son aile, au Val Richer, les sept enfants de sa sœur Pauline après la mort de celle-ci en 1874. Guizot passe la fin de sa vie dans sa propriété, entouré de sa famille, consacrant son temps à l’écriture historique ; il multiplie les publications sur l’histoire de l’Eglise et de l’Angleterre, s’appuyant sur sa bibliothèque personnelle qui renferme 20 000 ouvrages. En 1874 il meurt au Val Richer à 86 ans, après avoir été pendant un demi-siècle l’une des personnalités les plus en vue de France et d’Europe. Il est reconnu comme le plus grand historien de son temps ; philosophe, il est à la source du libéralisme politique ; homme d’état, il s’est distingué comme parlementaire, véritable ténor de la Chambre des Députés, et comme ministre à différents postes. Il reste le fondateur de l’enseignement primaire, l’inspirateur d’une politique du patrimoine et le défenseur de l’entente avec l’Angleterre.
Le Val Richer est toujours la propriété de ses descendants. Après la mort de Guizot la vie familiale continue avec Henriette et Conrad de Witt puis avec sa première petite-fille, Marguerite, épouse de Paul Schlumberger, un industriel alsacien. De cette union naissent six enfants (dont Jean, l’ainé, qui crée avec André Gide la Nouvelle Revue Française). Ils fondent en 1926 la Société Civile du Val Richer et, aujourd’hui encore, les nombreux descendants de Marguerite et Paul Schlumberger se retrouvent dans la propriété familiale. M.S