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Frits THAULOW, paysagiste par nature

Date : 30 mai 2016

Musée des Beaux-Arts de Caen, par Madame Le Bigre
Né en 1847 à Christiania (actuelle Oslo) d’un pharmacien qui souhaite le voir lui succéder et de Louise Munch, tante du peintre Edvard Munch, Johan Frederik Thaulow est un des importants paysagistes européens des périodes impressionniste et post-impressionniste. D’abord attiré par des études de peintre de marine à Copenhague, près du danois Sorensen, il élargit le champ de ses études à Karlsruhe et épouse Ingeborg Gad, sœur de Mette Gauguin, dont il aura deux enfants. Il en divorcera en 1886 pour épouser Alexandra Lasson (1862-1955) qui lui donnera trois enfants.
A Paris et au Havre en 1874, découvrant la révolution impressionniste qui a une importance décisive sur son art, il choisit une voie naturaliste différente, apprécie les peintres de l’Ecole de Barbizon et adore Boudin. Il rompt avec le Romantisme et le Nationalisme antérieurs, avec l’Académisme car il refuse d’être narratif, avec le Réalisme social de l’époque. Il parle cinq langues et, entre deux séjours en Norvège, visite Abbeville, la Bretagne, s’installe sur la Côte d’Opale puis à Dieppe, voyage à travers l’Europe et aux Etats Unis (il visitera plus de 10 pays en 35 ans) pour découvrir de nouvelles contrées sous d’autres lumières. Partout il plante son chevalet, à toutes les heures et quelque soit le temps, il observe, expérimente et peint sans relâche les paysages qui l’entourent et avec lesquels il se sent fusionnel, très intéressé par le mouvement, les vapeurs (les gares de Monet). Grâce à toutes ces influences, qu’il absorbe comme une éponge, dont celle du Japonisme, il se forge un style très personnel qui ne fera jamais de lui un artiste d’avant-garde mais lui vaut très tôt une renommée internationale.
Dans les années 1880, avec la découverte d’une nature plus sauvage à Krager et Modum et grâce à ses brillantes qualités de coloriste, son sens de la lumière et son regard passionné sur la nature, il devient peintre du “pleinairisme”, version scandinave de l’impressionnisme, à la touche différente. C’est un remarquable peintre de l’eau, calme, courante, en cascade ou en vagues déferlantes ; pendant un séjour de 4 ans à Dieppe, il sillonne le Pays de Caux à pieds et à vélo, ne manque aucun cours d’eau car le thème de la rivière devient un de ses préférés avec sa vitesse et sa transparence. Il y privilégie les tons chauds d’été et d’automne. En Norvège l’hiver est sa saison reine. Peintre du scintillement des glaces et de la neige, il est le premier à représenter des skieurs (avec un seul bâton) car il excelle dans cette pratique. Il va jusqu’à inventer ce manteau blanc dans ses tableaux, créant même, pour lui, des formats panoramiques. Peu à peu Frits Thaulow s’éloigne de la lumière vive, pour une lumière rasante et peint aussi la nuit, à la lumière de la lune. A l’affut de nouveauté il achète une automobile dont le phare à acétylène lui permet de brosser des nocturnes très particuliers et mystérieux, symbolistes aussi.
Il figure dans les grands Salons internationaux, grave et excelle dans les pastels. Dès 1893 le marchand d’art Georges Petit le diffuse, puis Samuel Bing et Isidore Montaignac car, très admiré de son vivant, il est très acheté.
Son influence, majeure, sur son jeune cousin Edvard Munch ((1863-1900) à la différence duquel il a un goût exacerbé pour le bonheur, s’exerce aussi sur des artistes comme Henri Le Sidaner et Henri Duhem, ses amis de toute une vie, Claude Monet ou Jean-Charles Cazin, Max Liebermann et Armand Guillaumin ; mais il se fâche avec son beau-frère le peintre Christian Krohg car il ne supporte pas la “Bohème” qui règne à cette époque à Christiania. Un autre ami, Rodin, qui lui ressemble, l’appelle “mon grand géant blond”.
“J’ai juré, il y a quelques années, qu’un paysagiste ne devait jamais posséder d’atelier, qu’il n’y pourrait produire que des mensonges, et que tout tableau qui n’était pas fait devant la nature n’existait pas.” Mais il retravaille parfois son tableau en atelier car “Il n’y a que le mensonge qui soit vrai en peinture (..) mais je tâcherai toujours de rendre l’illusion de ce que j’ai observé dans la nature.”
Après sa mort à Edam-Volendam (Pays-Bas) en 1906, la galerie Georges Petit vend avec succès les108 peintures et les œuvres dessinées et gravées de son atelier. Peu sont conservées aujourd’hui dans les musées français.
L’exposition se termine par une vidéo d’un jeune diplômé de l’Ecole Supérieure d’Art et Médias de Caen-Cherbourg, Thibault Jéhanne : Eclipse, 2014 qui représente le bref instant du passage de l’ombre à la lumière, lorsque l’eau avance sur le sol. B. F.