Fédération Française du Lyceum Club International

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HARAS du PIN

Date : 19 octobre 2017

Historique : Pour pallier la pénurie de chevaux, en particulier pour l’armée, Colbert créé sous Louis XIV des haras nationaux.
Le site du Buisson d’Exmes, près d’Argentan, est retenu, les premières écuries sont construites à partir de 1715 en briques locales, le château l’est en pierre à partir de 1730, sur des dessins de Robert de Cotte. Après la vente imposée des étalons et d’une grande partie des terres, la Révolution fait courir au haras un risque d’abandon mais il renaît en 1806 sous Napoléon et, à partir de 1840, accueille une école des haras.
L’objectif initial était de produire des chevaux performants pour le transport, le travail agricole, la cavalerie Militaire. Les plus beaux éléments étaient destinés à la reproduction et à l’activité de sélection de races. La race des pur-sang anglais est née au Haras.
Le domaine : Le haras, situé au cœur d’un domaine de 1 200 ha dont 400 ha dédiés à une ferme expérimentale de l’INRA, emploie environ 120 personnes pour l’entretien du domaine et de 200 chevaux. Il héberge l’école des haras nationaux pour l’enseignement des techniques de reproduction, de naissance, d’élevage, d’attelage, d’éducation du cheval, de sellerie et de maréchalerie.
Le portail de la grille d’entrée est décoré d’une tête de cheval dorée à la feuille d’or et d’une abeille, suite à la visite de Napoléon III qui passa une nuit au château en 1863.
La terrasse du château offre une vue superbe sur les aménagements des surfaces de compétition rénovées et agrandies pour les jeux équestres mondiaux de 2014 : carrière et piste de cross. De nombreuses compétitions internationales s’y déroulent régulièrement : saut d’obstacle, dressage, attelages, concours d’élevage.
La promenade au cœur des cours et bâtiments, fait découvrir :
la jumenterie (école pour la reproduction et les naissances), Nous approchons les animaux au plus près, impressionnés par leurs grands yeux à pupilles allongées ; positionnés latéralement ils leur permettent une vision à 340° (190° pour l’homme), mais attention au petit angle mort sous son nez quand il est de face, tête levée, ou lorsqu’on est proche à l’arrière. La couleur de robe d’un futur cheval est aléatoire ; seules certitudes : 2 alezans donnent toujours un alezan, un des parents gris donne toujours un cheval gris.
la sellerie d’honneur, ses selles de courses très légères, ou d’apparat marocaine brodée au fil d’or, ses colliers anglais faits sur mesure et les harnais français à grelots et poil de blaireau pour chasser les mouches, les mors anciens.
la remise aux véhicules hippomobiles du XIXe siècle pour 2 à 4 chevaux :
- Le Grand Break, construit à Paris par le carrossier Mühlbacher est une voiture découverte servant à la promenade
- Le Milord Fermé du carrossier parisien Jacques Rotchschild vers 1875 est très élancé mais peu pratique,
- Le Phaéton où le cocher propriétaire est installé à l’avant de la caisse car seul habilité à le mener, domestiques à l’arrière,
- Le Road Coach de la firme Holland et Holland à Londres, luxueux et à 2 étages permettant soit d’être à l’abri dans la caisse, soit de s’installer à la “terrasse supérieure” dans des sièges fixés sur le toit et sur les coffres, pour mieux voir les courses,
- Le coupé de voyage, robuste coupé de poste ou “dormeuse” des carrossiers parisiens Berlioz et Gouillon, qui comporte une caisse fermée à siège pour 2 personnes et de nombreux coffres ; le postillon est sur les chevaux.
les écuries des jeunes percherons du centre de valorisation de la race percheronne  ; ils sont en cours de débourrage (acceptation du cavalier sur leur dos), montés ou sellés tous les jours en vue d’utilisation pour le tourisme ou des ramassages ; les boxes offrent une auge distribuant l’eau à volonté. Leur “robe”, noire à la naissance, devient progressivement blanche. Adultes dès 6 ans, ils pèsent entre 800 kg et 1 tonne et sont nourris 3 fois/jour avec des rations conséquentes : 6 kg matin et soir et 2 litres de granulés matin, midi et soir. Ils vivent 15 à 20 ans. Gorge, menton, chanfrein, toupet, nuque, encolure, garrot, jambes, jarret, grasset, côtes, épaule, bras, coude, avant-bras, genou, canon, boules et paturon n’ont plus de secret pour nous.
Le château  : C’était initialement la demeure du directeur ; le salon de réception, traversant et très clair, offre une vue exceptionnelle sur le paysage environnant. La salle à manger contient une armoire normande vitrée où sont exposés les trophées d’orfèvrerie gagnés par les chevaux du haras. Dans le salon des grisailles, au décor de peintures “à la Boucher” avec petits amours, angelots, et enfants- saisons, le bureau en bois noir du dernier directeur porte des livres de gestion du domaine. Dans le salon des tapisseries, sont accrochées 4 de 12 pièces de laine et soie du XVIIe siècle ayant appartenu à la famille de Choisy (armoiries et initiales D.C.), au château de Balleroy ; exécutées aux Gobelins dans l’atelier de Raphaël de la Planche d’après des peintures de Simon Vouet à l’Hôtel Bullion, elles ont été cachées au haras lors de la Révolution. Elles content l’histoire de Renaud et Armide, tirée de La Jérusalem délivrée, poème épique du Tasse (1581) : Renaud endormi porté par Armide et une de ses suivantes dans un char attelé à deux coursiers, Charles et Ubald à la Fontaine du rire, Renaud envoûté dans les bras de la magicienne Armide, Renaud sauvé de la paresse par ses amis quand il voit son image dans le bouclier de diamant. La première pièce de la série (Armide sur le point de poignarder Renaud endormi est arrêtée par l’Amour) est manquante.
Les artistes en résidence : Le haras héberge chaque année des artistes et leurs chevaux pour présenter le métier de cheval de spectacle aux visiteurs.
Le cheval passe beaucoup de temps à manger mais peu à travailler car, comme l’enfant, il ne peut pas se concentrer plus d’une heure. Il est d’un naturel peureux et doit apprendre à ne pas être effrayé par la lumière des projecteurs, les spectateurs sur les gradins, les applaudissements. Le dresseur utilise 2 outils, le stick (cravache) et la chambrière (fouet) qui ne sont ni intrusifs, ni dangereux et, “prolongement de la main”, servent d’intermédiaires entre le dresseur, resté à distance, et le cheval.
Deux compagnies sont actuellement en résidence au haras :
- Toma de la compagnie Atao, dresseur de chevaux ; il travaille avec des chevaux de race ibérique.
- Pieric, voltigeur, qui travaille avec des chevaux miniatures (ils toisent moins de 80 cm au garrot) de race Falabella originaire d’Argentine et résultat de croisements entre de très petits pur sang anglais et des shetlands. Tous sont des mâles entiers (les castrés sont plus faciles pour la discipline mais moins volontaires et moins vifs)
Pieric nous présente sa petite troupe de Falabella dans le manège, et explique les secrets du dressage ; il s’agit de développer et de faire apprendre des codes pour contrecarrer l’instinct de fuite naturel du cheval en développant sa confiance, et d’autres codes pour “amuser la galerie” en l’incitant à se rapprocher, à venir se mettre à l’abri à partir de gestes naturels, en lui apprenant à se coucher ou se cabrer par exemple.
A 17 ans, bientôt l’âge de la retraite (mais les petits bénéficient d’une plus grande longévité que les grands), Debby, Dario, Grock, Yoyo, Rom et Pipo, dociles et aux robes baies-brun presque noires sauf une, semblent jouer devant nous ; le blanc Pipo a même l’air d’avoir le sens de l’humour… MThB