Fédération Française du Lyceum Club International

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INVENTAIRE d’EGLISE

Date : 8 décembre 2016

Un Inventaire d’église, à quoi ça sert ?
Conférence de Monsieur Jean Bergeret, Président de l’Association Patrimoine Cultuel et d’Art Sacré

Le patrimoine culturel est une des grandes richesses de nos régions. Dans le Calvados, il est représenté par près de 800 églises, héritage cultuel, et constitue une richesse pour chaque commune concernée.
Les Maires sont les représentants de l’Etat, propriétaire des lieux depuis la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905. Cette loi, volonté de neutralité religieuse de l’Etat dénonçant le concordat de 1801, s’appliquait aux quatre confessions alors représentées en France : catholicisme, luthérianisme, calvinisme et judaïsme, en proclamant liberté de conscience et libre exercice des cultes. Les ministres des cultes (évêques, prêtres, pasteurs, rabbins...) n’étaient plus rémunérés par l’État, les biens détenus précédemment par les Églises devenaient la propriété de l’État, qui se réservait le droit de les confier gratuitement aux représentants des Églises en vue de l’exercice du culte ; les ministres du culte gagnaient en indépendance en n’étant plus tenus de rendre des comptes à l’administration, les Églises n’avaient plus à leur charge l’entretien coûteux des édifices préexistant à la loi de 1905 ; elles ne devaient plus assurer que leur entretien courant... Ceux qu’elles furent amenées à construire après la loi de 1905 sont, par contre, leur propriété pleine et entière.
De nos jours, la parcimonie d’utilisation (parfois une seule ouverture par an) a souvent été source de détérioration par manque d’entretien du mobilier, humidité, présence de rongeurs dans les chapiers et les placards... L’association Patrimoine Cultuel et Art Sacré, créée en juillet 2002 sous l’égide du Conseil Général et du Diocèse de Bayeux et Lisieux, est née du constat de la richesse et des valeurs historique et artistique du mobilier d’églises souvent fermées à cause de la refonte des paroisses, surtout en zone rurale. Elle s’est chargée de faire leur inventaire. Son objet est de promouvoir la connaissance, la mise en valeur et la conservation du patrimoine cultuel parfois laissé dans l’ignorance, l’abandon et l’oubli. Communes, "propriétaires" et communautés paroissiales, "affectataires", sont invitées à ces inventaires, qui ne peuvent être faits qu’avec l’accord des collectivités territoriales et du clergé local, dans le respect des droits de chacun.
Avec une équipe d’environ trente membres bénévoles et passionnés, l’association se charge d’abord de mettre à jour les archives des églises éparpillées dans le département. Pour les objets la session, commencée généralement début avril, se termine fin octobre quand la température baisse davantage dans ces lieux déjà souvent froids et humides. La journée commence à 9 h 30, interrompue par un déjeuner convivial dans les locaux des mairies.
La variété est une des caractéristiques du travail en inventaire, exécuté sous l’égide des évêchés de Lisieux et Sées. L’inventaire initial est fait par des fonctionnaires qui demandent que tous les objets, quels qu’ils soient, soient sortis et nettoyés (les sacristies sont souvent salies par des oiseaux ou des rongeurs). Les bénévoles interviennent ensuite, disposant de fiches sur lesquelles ils notent les mesures, les matières, l’état de conservation et l’époque de l’objet ; ils ajoutent des photos. Les questions portées sur la fiche sont précises :
1) Aspect religieux
Le tabernacle est-il vide ? Dans quel état sont les autels et leur garniture, le tableau de l’autel majeur et les autres, les statuts ; le coffre à trois clefs contient-il des papiers, des contrats, de l’argent ? La sage-femme du village est-elle compétente, est-elle âgée ? (l’exemple de l’église du Breuil est donné) ; où les enfants vont-ils à l’école ? (pour le Breuil c’est à Mézidon). Si le château a sa chapelle domestique, celle-ci doit être située loin des activités de la maison (sur exemple donné, elle est dans une tour d’angle).
2) Aspect Révolutionnaire
En vertu d’un décret du 2 novembre 1789 les églises sont devenues des biens nationaux, confisqués par la Révolution et parfois vendus pour résoudre la crise financière de l’époque. Elles ont pu devenir usines textiles, salpêtrières, carrières de pierre etc. ou être laissées à l’abandon. La négociation du Concordat de 1801, par Bonaparte, provoqua la restitution des églises subsistantes, souvent vidées de leurs biens et meubles. La mairie avait fait l’inventaire à la suite du décret : à Canon, par exemple, l’argent et l’or furent fondus par le chef lieu de Lisieux ; le métal partit ensuite à Rouen pour la fabrique d’armes. Les vêtements liturgiques furent souvent vendus.
3) Conséquence de la Loi de 1905 actant la Séparation de l’Etat et l’Eglise Etablissement d’un nouvel inventaire ; à Hotot-en-Auge, on a noté la disparition de chandeliers et de bougies.
4) Aspect scientifique L’historien d’art André Chastel et le ministre de la Culture André Malraux créent l’Inventaire général du patrimoine culturel de la France en mars 1964, dans le but de : "recenser, étudier, faire connaître les éléments du patrimoine qui présentent un intérêt culturel, historique ou scientifique". Mais les biens inventoriés à cet Inventaire ne sont pas pour autant des "monuments historiques". Depuis 2010, l’Inventaire général est rattaché au service du patrimoine de la direction générale des Patrimoines.
Le Conseil Général a restauré un bâtiment proche de la cathédrale pour, après accord avec la commune et le clergé affectataire, servir de dépôt départemental aux éléments de patrimoine cultuel qui ne pourraient être conservés localement dans de bonnes conditions (ornements liturgiques par exemple), ou risqueraient d’être volés. Les fiches établies sont très utiles, en cas de larcin ou de destruction d’objets, car leur contenu, mis sur DVD, est ensuite envoyé à l’évêché et au département qui le conservent.
Dans le Calvados, plus de 350 églises ont été déjà choisies, il reste encore 450 merveilles à étudier.
La belle association Patrimoine Cultuel et Art Sacré cherche des volontaires pour élargir ce travail d’inventaire. Aucune compétence n’est demandée mais les personnes ayant des connaissances dans les domaines du bois, des métaux, des papiers et des tissus, par exemple, pourront les faire partager aux autres "petites fourmis laborieuses", tellement attachées à nos traditions et à notre histoire.. C.D et B.F
Ouvrage de référence : "Images du Patrimoine", Service du Patrimoine Départemental, rue Fred Scamaroni, Caen.
Contact : Secrétariat de l’Association Patrimoine cultuel :
Madame Françoise BERSOULT - 07.71.28.94.07