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JO de 68 à Grenoble

Date : 29 mai 2018

On assimile très (trop) souvent les JO de 68 de Grenoble aux trois titres olympiques de Killy… Cela reste sportivement un must, une légende mais Grenoble, il y a 50 ans, ne se résumait pas à ce seul événement.

Si Jean-Pierre Souchon, ancien rédacteur en chef du Dauphiné Libéré, n’avait que 16 ans à l’époque et vivait à Rabat au Maroc…il n’en a pas moins connu les principaux acteurs de cette période de ferveur populaire unique. Il a recueilli, au fil de ces 41 années au Dauphiné Libéré, leurs témoignages. Il rapportait l’autre soir à La Table Ronde, devant une trentaine de Lycéennes et leurs conjoints, les temps forts et anecdotes de cette quinzaine olympique. Avant d’aborder l’héritage des Jeux avec ses points forts et ses inévitables ratés.

On peut retenir notamment de ces propos que « les Jeux n’ont tenu qu’à un fil(m ) », celui de Jack Lesage, cinéaste grenoblois qui avait, à la demande du Docteur Albert Michallon, alors maire de Grenoble, réalisé un film de 7’42, et seul candidat à présenter un film. Il a conquis le CIO en présentant toutes les stations et lieux emblématiques de Villard-de-Lans à Chamrousse, de l’Alpe d’Huez, d’Autrans à St Nizier. De Grenoble, il n’avait filmé que la Tour Perret du Parc de la Houille Blanche, seule chose présentable… et l’emblème des Trois Roses… Tout cela masquant le manque cruel d’infrastructures.
Et assez curieusement, cette victoire à Innsbruck pour l’obtention des Jeux a suscité peu d’engouement chez les Grenoblois. Ils n’étaient même pas 100 à la vieille gare de Grenoble pour accueillir la délégation victorieuse.

Pour Jean-Pierre Souchon, les Jeux, ce sont d’abord des images.
C’est la première fois que la télévision retransmet en couleur.

Autre image, c’est Schuss : toute première fois qu’il y a une mascotte pour des Jeux olympiques.
Image inoubliable, celle de la montée des 96 marches par le Docteur Alain Calmat au son de ses battements de coeur pour allumer la flamme olympique devant le général de Gaulle et 100 000 spectateurs.

L’image, bien sûr, de l’Américaine Peggy Fleming virevoltant en patinage artistique dans le stade de Glace, actuel Palais des Sports, avec une tunique opportunément vert chartreuse.

On garde aussi en mémoire cet affrontement historique dès le début des Jeux en hockey entre les Soviétiques et les Tchécoslovaques. On était à quelques encablures du Printemps de Prague et de l’écrasement de la révolte tchèque par les chars soviétiques.

Une image aussi, celle de Sylvie Vartan qui a habillé les hôtesses des Jeux.
L’image aussi de toutes les vedettes et célébrités de l’époque. Un music-hall sous chapiteau avait été installé à la place de la Caserne militaire Vinoy qui se situait à l’emplacement actuel du Musée de Grenoble. Tous les soirs, les Aznavour, Johnny, Sylvie, Bécaud, le Grenoblois Michel Fugain, Michèle Torr, Dalida, Ela Fitzgerald, Tino Rossi, Jimmy Cliff, Adamo, Manitas de Plata enflammaient les nuits grenobloises.

Il poursuit : « Une autre image incroyable de nos jours. Des paquets de cigarettes logotés Grenoble pour les cigarettes blondes à 2,30 Frs (35 centimes d’euros) et logotés Isère pour les cigarettes brunes à 1,80 Frs (27 centimes d’euros). Et 230 millions de boîtes d’allumettes siglées Grenoble. Mais la cerise sur le gâteau, c’était quand même le ministre des Sports de l’époque François Missoffe qui avait déclaré : « Le tabac ne gêne pas le sport »…
Evidemment pour en finir avec les images, c’est l’image de l’image : Claude Lelouch qui a filmé les Jeux à la demande encore du Général qui avait adoré un Homme et une Femme.

Inutile de citer tous les équipements dont Grenoble a bénéficié pour ces Jeux. Pour mémoire quand même, la mairie, la MC2, la gare où il fallait payer 1 franc plus cher son billet depuis la gare de Grenoble, pour financer les travaux…, l’hôpital Sud, l’hôtel de police, les Trois Tours… et tous les équipements olympiques.
Mais l’effort le plus important restera celui qui dopa les infrastructures de communication dans la région (aéroport, U2, début d’A48 et d’A41).
Coût de l’ensemble : 1,12 milliard de francs de l’époque, quand même…

Les Jeux, ce sont aussi quelques ratés.
L’exemple le plus frappant est ce tremplin de St-Nizier dont on ne sait comment s’en débarrasser.
Que dire de cette piste de bobsleigh à l’Alpe d’Huez qui a été finalement détruite. Il faut dire pour l’anecdote qu’elle avait été construite plein Sud ! Les épreuves n’avaient du coup lieu qu’à 5 heures du matin !
Que dire aussi de l’anneau de vitesse qui a été transformé en piste de rollers quand il y en a… un peu abandonné après avoir coûté un maximum pour stopper la réfrigération.
Seul le palais des sports actuel a bien été réutilisé mais il aurait besoin d’un bon coup de neuf…

Ces Jeux n’auront pas non plus attiré les foules espérées. On attendait 1 million de personnes. Il n’y en eut que 500 000. Les étrangers ont fait largement défaut.

Au final, les grands gagnants de ces Jeux resteront les stations qui auront eu pendant 13 jours les caméras du monde entier braquées sur elles. Un sacré coup de projecteur !. Pour elles, le miracle olympique aura eu lieu.

29.05.2018-V.S