Fédération Française du Lyceum Club International

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L’ABBAYE d’ARDENNE

Date : 22 novembre 2018

L’église romane du petit prieuré fondé vraisemblablement en 1121par le bourgeois Youf du marché, a été construite sur un ancien lieu de culte païen. Ses chanoines furent vite confiés aux prémontrés de l’abbaye de la Lucerne fondée en 1144 et, en 1206, l’abbé d’Ardenne devint abbé général de l’Ordre de Prémontré, à la tête d’une abbaye puissante au considérable patrimoine rural concentré autour de Caen. L’exploitation agricole s’ordonnait autour d’une vaste cour, la vie religieuse l’était autour d’un cloître. Rien ne demeure des premiers temps, les bâtiments subsistants sont de différentes époques car ils subirent bien des avatars, mais l’unité de l’ensemble est sauvegardée grâce à l’utilisation de la belle Pierre de Caen : Le chœur s’effondra au XIIIe siècle, elle fut attaquée par les anglais lors du siège de 1417 et souffrit de terribles pillages lors des guerres de Religion, en 1562. La prise de fonction de Jean de la Croix en 1596, pour cinquante-huit années, permit son redressement. Il fit appliquer une nouvelle règle de vie et se fit bâtisseur. Parmi ses travaux, le gros œuvre fut remis en état, un nouveau mobilier fut acquit, un grand dortoir fut construit ainsi qu’une bibliothèque, richement dotée. En 1686 les voûtes ruinées furent remplacées par des croisées d’ogives en bois qui ne risquaient pas d’écarter les murs comme un couvrement de pierre. Les ponctions opérées par les abbés commendataires retardaient les travaux, non terminés en 1789 quand les moines furent chassés sans violence. Devenue Bien National, l’abbaye fut vendue à un parisien en mai 1791. En 1795 le mobilier et les œuvres d’art furent dispersés. Un des propriétaires suivants de l’abbaye fut le consul général des États-Unis à Paris, prête-nom pour l’anglais William Russel, qui y fit célébrer le culte protestant. Après lui (1814), tout fut morcelé ; l’un vendit les pierres du cloître sous la Restauration vers 1840, d’autres transformèrent en carrières de pierre les bâtiments du chapitre et du fruitier, une grande partie du dortoir. Le reste, préservé par ses propriétaires, fut divisé en deux activités agricoles et une conserverie. En 1918, à l’initiative de la Société des antiquaires de Normandie, les principaux bâtiments de l’abbaye (église, grange aux dîmes, pavillon central de la porterie Saint-Norbert et porte de Bayeux) furent l’objet d’un classement au titre des Monuments historiques.
Le soir du 6 juin 1944 le jeune résistant Jacques Vico, fils de l’agriculteur-maire de Saint Germain-la-blanche-herbe et résistant Roland Vico, a vingt et un ans. Il voit approcher la 12e division allemande SS-Panzer Hitlerjugend, venue du front de l’Est. Le 7, avec des prisonniers canadiens elle pénètre dans l’abbaye. Les tours octogonales de l’abbatiale, seuls points hauts subsistant dans la plaine, permettent de surveiller les mouvements des troupes alliées et de tirer sur l’ennemi. Après un mois de combats acharnés et de tirs d’artillerie l’abbaye est reprise le 8 juillet par les soldats canadiens du Regina Rifle Regiment mais, avant leur reddition, les allemands ont torturé et exécuté 18 des canadiens prisonniers, au mépris de la Convention de Genève. L’automne suivant, lorsque les cyclamens de Madame Vico repoussent dans tous les sens, on comprend qu’ils ont été enterrés dans le massif de fleurs situé devant la ferme … Ils sont inhumés aujourd’hui dans un petit jardin latéral où, tous les 7 juin, une cérémonie commémorative se déroule en présence de représentants du Canada.
En 1945 l’abbatiale est encore debout, gravement endommagée. Une procédure de classement permet aux propriétaires de toucher des dommages de guerre pour restaurer les bâtiments non classés en 1918. En 1947 la façade ouest, fragilisée par les bombardements s’écroule. La rose est détruite comme le chevet, les porteries et les bâtiments agricoles sont endommagés, la charpente de la grange à dîme a brûlé, entraînant dans sa chute des colonnes de soutien.
Une multitude de projets voit le jour pour que cette abbaye des champs, ne disparaisse pas (le groupe Auchan présente un projet de centre commercial avec hôtel de luxe, par exemple). Pour en faire le lieu d’un grand projet culturel, la Région rachète petit à petit les bâtiments, des terrains sont inscrits à l’Inventaire pour ne pas être inclus dans l’expansion de l’agglomération caennaise ; un projet d’université franco-américaine, le Normandy Scholars Program, tourne court alors que la Région possède enfin l’ensemble de l’abbaye et commence une première tranche de travaux. En 1995 le nouveau locataire est trouvé : ce sera l’IMEC, l’Institut Mémoire de l’Edition Contemporaine. B.F.