Fédération Française du Lyceum Club International

Fédération Française du Lyceum Club International

Accueil > Clubs > CAEN-NORMANDIE > L’ITALIE à ROUEN
Version imprimable de cet article

L’ITALIE à ROUEN

Date : 4 juin 2015

Sous le soleil tout commence par la rotonde du Panorama XXL, nouveau lieu où s’exposent les toiles panoramiques géantes (h = 31m, d = 32m) de l’ autrichien d’origine iranienne Yadegar Asisi.
Grâce au dessin, à la peinture et à la photographie numérique, la Rome antique de Constantin (280-337) est sous nos yeux, spectaculaire, inspirée par les grands panoramas qui firent le bonheur de nos aïeux à la fin du XIXe siècle, même si le résultat ne peut être totalement fidèle à la réalité, reconstituant des monuments disparus ou existants et diminuant les distances, rotonde oblige ! Pour l’exactitude du plan de Rome au IVe siècle, nous irons revoir la maquette de Paul Bigot et sa restitution virtuelle par le CIREVE, à l’Université de Caen.
Déjeuner italien, bien sûr, avant de découvrir au Musée des Beaux l’exposition « Sienne aux origines de la Renaissance », ensemble rare de 70 œuvres peintes a tempera sur bois de peuplier pendant l’âge d’or de cette ville. Entre le milieu du XIIIe et le début du XVIe siècle Sienne, fondée par Auguste, est l’un des principaux foyers économiques et culturels d’Europe. Malgré une situation politique incertaine, (gibeline, elle est favorable à l’empereur Hohenstaufen du St-Empire romain germanique, issu de la noblesse, et s’oppose à la Florence guelfe, favorable à la papauté et à l’ancienne dynastie germanique des « Welfs »), elle brille par ses beaux esprits et ses « artisans-peintres » dont l’art spécifique joue un rôle majeur dans une époque de la visualité.
En 1228, la canonisation de St François d’Assise favorise la diffusion d’images par l’Église et la construction d’une basilique. Sur le chantier, les artistes siennois, Duccio, ses brillants élèves Simone Martini et les frères Lorenzetti, côtoient les grands florentins et ils s’influencent mutuellement. Sur un panneau, Margarito d’Arezzo peint le “Poverello” sans fond d’or et, fait exceptionnel alors, signe son œuvre. Le transfert de la Papauté en Avignon, de 1309 à 1378 puis lors du Grand Shisme d’Occident, de 1378 à 1417, permet l’interpénétration de grands foyers culturels toscans et d’Île-de-France.
Depuis la victoire de Montaperti contre Florence, en 1260, Sienne s’est placée sous la protection de la Vierge ; le thème de la Vierge à l’Enfant et les scènes de la vie mariale s’y développent. La Maesta, Vierge en majesté conçue sur le type des madones byzantines “Hodigitria” (assise sur un trône, elle soutient l’Enfant sur son bras gauche et le désigne de sa main droite) triomphe sur les autels et sur les panneaux de dévotion privée.
En 1262, Dietisalvi di Speme, un des 1ers maîtres siennois, peint une maesta encore très byzantine car la Vierge siège sur un trône autrefois incrusté de pierres précieuses, devant le fond d’or du monde spirituel peuplé d’anges. Très idéalisée, elle nous regarde et montre un Enfant, semblable à un petit adulte vêtu d’une toge romaine, tenant le rouleau de la Loi qui annonce sa venue, 2 doigts tendus révélant sa double nature divine et humaine. Mais les étoiles, symboles de virginité, ont disparu du manteau de Marie et la chrysographie (traits d’or) qui simule les plis des vêtements s’accompagne d’un mouvement naturel de drapés, déjà réaliste.
Les artistes siennois transmettent aux fidèles les messages de la religion en mariant le raffinement gothique aux lignes sinueuses, à des fonds d’or et au jeu subtil opposant les couleurs chaudes et froides faites d’orangés, rouges vifs et verts amandes, hérité de Byzance. Les polyptyques, au panneau central entouré de multiples panneaux latéraux, se dotent de prédelles à partir du XIVe siècle ; ils ont souvent été démembrés, dispersés ou ruinés comme, au XIXe siècle, le grand retable de Simone Martini, qui nous est connu par un dessin allemand croqué avant le démantèlement. Les volets ont été peints par ses collaborateurs Guido da Siena et un inconnu inspiré par la pensée française et la nature. Le Christ y est souffrant, humanisé par la pensée franciscaine qui triomphe alors.
Depuis le XXe siècle, les recherches s’orientent vers les essais de restitution d’ensembles disparus ; c’est le cas de la Maesta de Duccio, polyptyque de plus de 4 m de large peint pour le maître autel de la cathédrale de Sienne, véritable art narratif aux détails naturalistes empruntés à la vie quotidienne des contemporains. Le sculpteur florentin Giovanni Pisano, venu à Sienne, y « lance » le goût des drapés naturels. L’influence d’œuvres placées dans les cathédrales de France a son importance aussi.
Peu à peu les Vierges à l’Enfant deviennent plus touchantes. Le chardonneret à tête rouge ou l’œillet, annonciateurs de la Passion, sont tenus par un bel enfant aux attitudes naturelles, un galon aux dessins géométriques du goût local caractérise ces représentations. La technique du verdaccio siennois, préparation verte définissant le modelé des visages et des mains, est très développée par Simone Martini et par son beau-frère Lippo Memmi. Les commandes de tableaux de dévotion privée se multiplient.
En 1348, grande rupture : Ambroggio Lorenzetti, auteur de la fresque du Bon et du Mauvais Gouvernement meurt de la peste noire, comme la moitié de la population siennoise. Les chantiers sont arrêtés, la cathédrale inachevée. Puis Sano di Pietro ou Sassetta, reprennent le flambeau et Sienne, sur la route du pèlerinage de Rome, produit de nombreux petits retables portatifs. Le thème de la Vierge d’humilité assise sur le sol est très demandé, Ste Catherine de Sienne (1347/1380) aux textes dictés lors d’extases, est très influente.
En 1555, la ville tombe définitivement sous la coupe de sa rivale Florence et toute son école de peinture, si originale, s’endort. Son art, longtemps occulté, voire méprisé, sombre dans l’oubli après le triomphe des arts libéraux de la Renaissance s’opposant aux arts mécaniques précédents. Ces « Primitifs » sont redécouverts depuis la 2ème moitié du XIXe siècle grâce au travail de grands érudits comme le comte Saracini.
En sortant du musée, petite promenade dans les rues anciennes aux noms de corporations, sous la houlette d’Evelyne Poirel, Présidente des Amis des Musées de Seine Maritime. Le palais de justice, ancien échiquier puis parlement de Normandie, est une des seules réalisations d’architecture gothique civile de la fin du Moyen-Âge en France, construit de la fin du XVe au début du XVIe siècle. Restauré depuis la 2ème Guerre Mondiale, il présente une façade en dentelle de pierre et abrite la Maison Sublime, très rare école rabbinique du début du XIIe siècle. Il existe quelques beaux témoignages de la Renaissance à Rouen ; près de la porte nord de la cathédrale, au trumeau de laquelle St Romain, archevêque de la ville du VIIe siècle, tient en laisse le dragon dit « gargouille » qui “dévouroit et détruisoit les genz et bestes du païs “, bel exemple de façade à l’italienne. La très pittoresque rue St Romain, qui a inspiré bien des peintres et où Ferdinand Marrou avait son atelier dans une des plus vieilles maisons à pans de bois et encorbellements de Rouen, nous mène à l’église St Maclou, joyau du gothique flamboyant au porche à 5 baies en arc de cercle très original, abside à 4 pans, vitraux du XVe, escalier de tribune Renaissance et belle poutre de gloire du XVIIIe. Tout près, l’aître Saint-Maclou, très romantique, est un lieu de repos éternel créé quand la peste noire de 1348 nécessita l’aménagement de 4 galeries-ossuaires en pans de bois, aux poutres décorées de motifs macabres achevées au XVIe siècle. Fermé aux sépultures en 1781 il a subi les aléas de l’histoire. L’Ecole des Beaux Arts a quitté le lieu en 2014 et ce témoignage unique mériterait une belle restauration….

Retour dans la joie et la bonne humeur, le soleil et l’art de cette belle journée nous ayant donné l’illusion d’un petit voyage en Italie ! B. F.

info portfolio