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L’affaire Vincendon et Henry

Date : 28 novembre 2018

Jean Vincendon et François Henry sont morts de froid en direct à la Une de l’actualité des années 50.
On pourrait résumer ce drame en un titre : chronique d’un naufrage au mont Blanc. Car, du 25 décembre 1956 au 4 janvier 1957, c’est bien d’un naufrage dont il est question avec le secours raté des deux jeunes gens de moins de 25 ans partis réveillonner sur le mont Blanc en passant par l’éperon de la Brenva. Ils n’en ressortiront pas vivants, victimes de la météo et pourtant les secours étaient là, tout près. Des hommes les ont même touchés, réconfortés et leur ont promis de revenir. En vain.
Avec des mots d’aujourd’hui et d’émouvantes photos de l’époque, Olivier Boulet a retracé, avec un véritable talent de narrateur, ce célèbre fait divers devant un auditoire visiblement passionné par son récit.
Il faut dire qu’Olivier est le fils de Jean Boulet, un des pilotes des deux « Alouette » qui ont réussi à sauver « en une heure cinquante et cinq rotations » l’équipe (2 guides, 2 militaires, 6 moniteurs, 2 pilotes) partie au secours des deux jeunes alpinistes, victimes elle aussi d’une mauvaise météo. Ce qui donnait à son témoignage une charge émotionnelle et un recul appréciés de tous.
Reprendre jour après jour le calvaire vécu par Vincendon et Henry éclaire le récit. En mettant sous les projecteurs plusieurs facteurs. La faute à « pas de chance ». La faute aussi à la « guéguerre » entre guides et militaires, la faute également à la technique et la faute enfin à des malentendus.
Et voici chronologiquement comment un fait divers tourne au drame. En pleine ascension vers l’éperon de la Brenva, Vincendon et Henry rencontrent un dieu vivant de l’alpinisme : l’Italien Walter Bonatti. Ils veulent rebrousser chemin, la météo leur paraît mauvaise. Bonatti les rassure et ils persistent. L’italien continue vers la « Poire » et les Franco-belges vers « l’éperon ». Le lendemain, le temps redevient glacial. Bonatti abandonne son projet et les rejoint en les incitant à le suivre. Se sentant fatigués, les deux jeunes préfèrent s’arrêter pour rejoindre Chamonix, plus tard.
Une erreur fatale. Ils ne se reverront jamais.
Quand des moniteurs-guides de l’EHM, école militaire de Haute Montagne, arriveront auprès de leur cordée, cela fera cinq jours qu’ils errent dans la tourmente.
La veille, une éclaircie a permis de leur larguer des vivres et du matériel mais, avec les mains gelées, ils n’ont jamais pu ouvrir les paquets.
Début janvier un hélicoptère, le Sikorsky,mal adapté au vol en très haute montagne, a tenté de les rapatrier en vain. Il a capoté et s’est écrasé à côté d’eux. L’affaire se complique.
Il faut dire aussi qu’ils étaient bien peu à vouloir se lancer dans l’opération de sauvetage, les guides de Chamonix rechignant à secourir ces jeunes alpinistes, un français et un belge, dont le comportement leur a semblé téméraire.
Donc c’est l’armée qui a géré l’ensemble des opérations. Sans l’appui massif des guides.
Excepté Lionel Terray, immense alpiniste de l’après-guerre, qui décide de partir à la tête d’une caravane terrestre car les hélicos sont bloqués au sol par le mauvais temps. Il sera obligé d’abandonner. Mais à son retour, il pousse un grand coup de gueule (« J’ACCUSE ») contre les décisions prises par les militaires.
Le 3 janvier l’équipe de l’hélico qui s’était scratché est sauvée par deux « Alouette » venues les évacuer.
Priorité a été donnée au sauvetage des pilotes et des guides. On fera une nouvelle rotation pour venir chercher Vincendon et Henry. Mais le mauvais temps s’abat de nouveau et l’ordre est donné au bout de trois jours d’abandonner la mission.

"Avec Honoré Bonnet et les pilotes , dernière image des malheureux jeunes gens.
Les corps des alpinistes seront descendus le 21 mars et rendus alors à leur famille.
« Ils sont décédés probablement le 3 ou le 4 janvier mais ne seront pas morts pour rien. Le retentissement et l’émotion qu’a suscités l’affaire ont été un facteur déclenchant qui a accéléré le cours de l’histoire et la professionnalisation du secours en montagne », conclut Olivier Boulet.
28.11.2018 - V.S.