Fédération Française du Lyceum Club International

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LA NAISSANCE DE NEW YORK

Lieu CONFERENCE DU 12 DECEMBRE 2016

Date : 8 janvier 2017

« La naissance de New-York »
par Olivier Mignon.

Olivier Mignon, conférencier bien connu des lycéennes, est un grand voyageur, historien, habité par l’amour des vieilles pierres.
Après une formation initiale d’interprète, il s’oriente vers des études d’Histoire, et se spécialise en Histoire médiévale. Il devient ensuite guide conférencier du centre des monuments nationaux.
Il se perfectionne ensuite sur les bancs de l’école du Louvre et démarre une activité de guide conférencier dans le cadre de voyages culturels. Il consacre aussi beaucoup de son temps à l’écriture sur le patrimoine architectural.
Il vient aujourd’hui nous parler de l’histoire de cette mégalopole qu’est aujourd’hui New-York.

Son intervention est précédée d’un diaporama accompagné d’une musique et d’un chant irlandais.
Les photos qui défilent nous décrivent l’arrivée des migrants aux USA. En effet, entre 1820 et 1890, 10 millions d’européens migrent et débarquent à New-York.

Bien avant l’arrivée de ces migrants européens, l’emplacement de la ville de N-Y était peuplé par des amérindiens, installés sur cette terre depuis 11 000 ans, les Lenapes (appelés aussi Delawares).
Avant l’arrivée des premiers européens au XVI ème siècle, ils étaient entre 15 000 et 20 000 individus et vivaient de chasse, pêche, culture, notamment la culture du tabac, du maïs et la récolte du sirop d’érable qu’ils enseigneront aux « blancs ».
La tribu des Lenapes existe toujours et leurs descendants directs sont estimés aujourd’hui à 14 000.
Ils peuplaient notamment l’emplacement de l’actuel Manhattan qui tire son nom du dialecte de ces indiens.
« Manna Hata » l’endroit où aller chercher du bois.
« Manna Hatou » l’île aux nombreuses collines.

En 1492, Christophe Colomb débarque aux Amériques et découvre Guarahani.
S’en suit le partage du monde entre l’Espagne et le Portugal, les deux puissances maritimes d’alors.

En 1493, l’Orient revient aux portugais, l’Occident aux espagnols.
L’Angleterre, la France, la Hollande, l’italie cherchent aussi à conquérir de nouvelles terres et pour ce faire, de nouvelles routes maritimes.

En 1524, Giovanni da Verrazzano, explorateur envoyé par François Ier, arrive en Caroline du Nord et jette l’ancre dans la baie de New-York.
Il prend possession de l’endroit pour et au nom de la France et le baptise « La Nouvelle Angoulême. »

Henry Hudson, explorateur anglais part également sur les mers et entre au service de la Compagnie des Indes Orientales (compagnie hollandaise), la V.O.C.
En 1609, il arrive sur les berges du fleuve appelé « la grande rivière » par les Lenapes. Il lui laissera son nom.

Adriaen Block, hollandais, le rejoint. Son navire ayant eu une avarie, il passe l’hiver 1613/1614 à Manhattan avec les Lenapes. Il explore l’East-river et découvre, entre autres, la rivière du Connecticut. Il remonte jusqu’au cap Cod. De retour en Europe il trace une carte et baptise la région de « Nouvelle Néerlande » et parle le 1er de Long Island comme d’une île.
Les hollandais, coincés géographiquement entre les anglais et les français, s’installent à Manhattan et la baptise « Nouvelle Amsterdam ». Arrivent des pionniers, une trentaine de familles qui s’installent pour six ans. L’un d’entre eux achète aux indiens l’ensemble de ’île de Manhattan pour
24 $.
En 1626, une véritable petite colonie hollandaise s’y installe (avec un fort, des remparts, des moulins, des maisons…). On y compte environ 260 colons.
Mais ils s’ennuient et ils ont peur (sont pris en tenaille par les anglais et les français). Ils pratiquent la trappe, la culture du bois, du tabac.
Peter Stuyvesant devient gouverneur de la Nouvelle Amsterdam et pour éviter l’alcoolisme entreprend des grands travaux. Il fait bâtir des écoles, des fortifications… d’où aujourd’hui encore « la rue des remparts » : Wall Street.
La population augmente et atteint le nombre de 1500 personnes.

En 1664, cette colonie tombe entre les mains de l’Angleterre, la ville est alors rebaptisée New-York, en hommage au duc d’York.

On retrouve aujourd’hui encore, les symboles de ce N.Y des premiers temps, sur le blason de la ville sur lequel figurent des ailes de moulins, des sacs de farine et des castors, tous rappelant les 1ères activités de culture et trappe.

En 1700, on atteint les 5000 habitants. Beaucoup sont des puritains qui fuient l’Angleterre et les persécutions dont ils sont victimes. Ils seront parmi les premiers à pratiquer le commerce triangulaire et s’enrichir en pratiquant l’esclavagisme.

En 1765, l’Angleterre impose le« stamp act », droit de timbre qui vient taxer les colonies d’Amérique, alors que la Compagnie des Indes britanniques en est exemptée.
Cela est perçu comme une injustice, les américains ne sont pas représentés au Parlement à Londres, donc pas défendus, et sont surtaxés. La révolte gronde et beaucoup de colons refusent de s’acquitter de cet impôt.
Les premières associations de « fils de la Liberté »voient le jour.
En 1773, à Boston, à cause du « tea act » qui pénalise encore les colons américains des ballots de thé sont jetés à l’eau, comme préambule, à la révolte de 1776 contre la Couronne Britannique.
A la tête des insurgés, on retrouvera G.Washington.

Les anglais vont tenter de s’emparer des ports. Washington le comprend et anticipe, notamment à N.Y, où se dérouleront 5 grandes batailles, dont celle des « Hauts de Harlem » et celle de « Brooklyn ».

En 1783, avec L’aide de Louis XVI qui dépêche Lafayette à bord de ’Hermione, les colons américains gagnent et s’affranchissent : les anglais se retirent.

En 1785, New-York devient la capitale fédérale pour 5 ans.
En 1789, Washington y prête serment (son architecte, Pierre-Charles L’Enfant est un français)

En 1790, à la demande de Jefferson, la capitale se déplace à Philadelphie, puis enfin à Washington, ville fondée dans le but d’être la capitale.

N.Y se recentre donc sur l’activité économique.
En 1800 : 60 000 habitants
En 1820 : 123 000 habitants
En 1885 : N.Y devient la ville la plus importante en termes géographiques.

On nomme 3 commissaires au plan pour urbaniser afin d’accueillir les les migrants, et on trace l’ébauche du plan de N.Y.
Ce sera un plan à la façon d ’Hippodamos de Milet*, (*cité grecque dont les vestiges se situent dans la Turquie actuelle) c’est à dire orthogonal.
L’urbanisation se fera donc sur ce plan hippodamien de la ville, c’est-à-dire, en damier.
N.Y se résume en 16 avenues, coupées par 155 rues, divisées en blocs (ou îlots) avec des rues numérotées, ce qui donne un damier. Voilà là donc le tracé directeur.

Mais il faut mettre cette ville en relation avec l’arrière pays.
- 2 canaux seront construits vers 1820
N.Y entre ainsi en relation avec Detroit ( industries des voitures) et Chicago ( abattoirs)
- En 1869, le réseau ferré est efficace, les grands tracés de chemin de fer se rejoignent.
A partir de cette date, on peut aller, venir à N.Y en train, y livrer ou y prendre des marchandises, via le port.
N.Y devient la porte des échanges entre les USA et l’Europe.

Dans les années 1840, les vapeurs partent vers l’Europe chargés de marchandises : il faut donc organiser des quais.
N.Y est à cette époque une ville à taille humaine, une ville de pavillons.

Simultanément à l’organisation de son port, dès 1792, les 1ères transactions boursières ont lieu.
Les plus grandes dynasties de la finance apparaissent : la famille Astor, Van der Bild, Rock Feller…

1861/1865 seront les années où l’ Amérique se déchirera lors de la guerre de Sécession, qui oppose les Etats du Nord aux Etats du Sud.
Abraham Lincoln fait placarder des affiches pour l’enrôlement des troupes.
Mais cela va provoquer des émeutes, les new-yorkais ne veulent pas partir en guerre contre les États du sud qui sont leurs clients ! Ils font endosser la responsabilité de ces émeutes aux noirs, rendus responsables de cette guerre.

C’est à cette époque que démarre le grand chantier Brooklyn/Manhattan avec la construction du pont sur l’East River, caractéristique avec ses piles néogothiques et ses cables.
Il sera terminé en 1883.

En 1883, les migrants sont accueillis à « Chateau Clinton »où l’on fait le tri notamment sanitaire.
Dès 1890, il est jugé trop petit : il y a trop de migrants qui affluent.
On créé donc en 1892, le Centre d’Accueil des Migrants à Ellis Island, à l’embouchure de l’Hudson, là où débarquent les migrants.
Y arrivent tous ceux qui sont désireux de vivre aux USA, des italiens, des polonais, des irlandais, des allemands...la plupart chassés par la famine, comme les irlandais qui déploreront 1 million de morts de faim, à cause de la maladie de la pomme de terre, 1 autre million d’entre eux émigrera vers l’Amérique.
Les juifs arrivent aussi, fuyant les pogroms.
On note aussi une migration interne de noirs fuyant les États du sud.

A leur arrivée, on s’assure de la santé de chacun pour éviter la transmission de maladies contagieuses. Les candidats à l’immigration en bonne santé sont tout simplement marqués à la craie sur l’épaule, puis on leur permet d’entrer dans N.Y.

En 1907, 1 million d’ Européens arrivent à N.Y.

IL y a très rapidement un phénomène de surpopulation, et des taudis apparaissent (relatés actuellement dans un musée au sud de Manhattan).
Malgré cela, N.Y devient le 1er port du monde et la plus grande ville des USA.
Se forme le grand N.Y autour de Manhattan et la ville se transforme d’un point de vue urbanistque.
En effet, on commence à construire en hauteur.
Les tous premiers gratte-ciels apparaissent à Chicago, mais sont rapidement imités à N.Y

Les N.Yorkais construisent une ossature métallique qui, ensuite supporte les murs et les planchers.

Mr. Elisha Otis invente l’ascenseur et l’installe à N.Y dès 1857. On peut désormais construire de plus en plus haut.
Un des premiers buildings est le « Flat Iron Building » le fer à repasser, haut de 20 étages, qu’on peut toujours voir au croisement de Broadway et de la 5 ème avenue.

A la fin des années vingt, on compte plus de 180 immeubles de plus de vingt étages.

Pendant « la Prohibition », les français de Saint-Pierre et Miquelon inondent le marché américain d’alcool français, la pègre progresse.

En octobre 1929, jeudi noir, crack boursier, Wall-street est dévastée et des bidons-ville apparaissent, y compris à Central Park, au coeur de Manhattan.
Pour sortir de ce marasme, certaines personnalités lancent de grands travaux pour donner du travail aux N.Yorkais. Rock Feller fait construire un nouveau quartier de buildings pour la réalisation duquel il emploie plus de 4000 ouvriers.
Malgré tout, N.Y demeure la ville de la fête, avec le quartier de Broadway où se succèdent les concerts, comédies musicales, spectacles...(à la même époque Paris ne se relève pas de la 1ère guerre mondiale).

C’est aussi à N.Y qu’apparaissent de grands Instituts.
New-York est choisie pour être le siège de l’ONU ( revanche sur Waschington)
De nouveaux artistes s’y installent comme Andy Warhol.

Mais il y a aussi une grande insécurité à N.Y.
Les rixes entre la communauté afro-américaine et les blancs sont très fréquentes.
Il y a des marches pacifiques, notamment à Selma mais aussi à Harlem pour dénoncer la situation de la communauté noire et son extrême pauvreté.
Malgré cela, les quartiers noirs restent pauvres, et le Bronx dans les années 70 est digne d’un décor de ville en guerre.
Encore dans les années 80, N.Y est synonyme de prostitution, de trafic de drogue, d’émeutes raciales, New- York est une ville mal famée. Il ne serait venu à l’idée de personne d’y faire du tourisme, on y passait, pour affaires, le plus vite possible, si on ne pouvait faire autrement.
La ville est d’ailleurs sur le point de faire faillite, l’État Fédéral sous la présidence de Ford, ne veut pas financer N.Y et l’abandonne à ses problèmes.
Il faudra attendre les années 90 et Rudolph Giuliani comme maire pour entreprendre une vraie lutte contre la criminalité et la mener à bien.
Il assainit la ville et la rend plus sûre, et gère admirablement et avec courage le drame du 11 septembre.

S’en suit une promenade photographique à travers des clichés choisis par notre conférencier qui nous offre ainsi une balade dans N.Y et un aperçu des bâtiments emblématiques.
La population actuelle de N.Y est de 8millions 400 000 habitants répartis en 5 quartiers, le melting pot est donc relatif !

Petit arrêt sur Manhattan qui se divise en trois : uptown, midtown, downtown, et qui mesure 21,6 kms de long sur 3,7 de large.

Au sud, se trouve Battery Park (il y avait historiquement une batterie pour défendre N.Y contre les agresseurs éventuels).
C’est là que se trouvent les plus anciens bâtiments.
- La maison d’Elizabeth Seton, fondatrice des Sœurs de la charité de Saint Joseph, 1ère sainte catholique américaine. Il s’agit de la seule maison de style classique géorgien restant à N.Y
- Le bâtiment des douanes ( aujourd’hui musée des indiens)
- L’église de La Trinité ( fin XIXème)
- Federal Hall ( Washington y a prêté serment) qui reprend la forme d’un temple dorique à 8 colonnes, pour faire référence à la démocratie athénienne.
- Wall-street qui est dans le style corinthien (plus opulent)
- Le mémorial des tours jumelles qui mesuraient 415 et 417 m de haut, construites dans les années 70. Aujourd’hui des bassins les figurent avec le nom de chacune des 3000 victimes…
- Tout près se trouve une nouvelle tour, la tour de la liberté qui mesure 540 m de haut.
- A côté se niche la plus vieille église de N.Y, l’église Saint-Paul, dans laquelle se trouve encore le très émouvant autel des disparus du 11 septembre.
- Tout près, le bâtiment « Woolworth building » dans le goût du parlement de Londres, 40 étages, 240m de haut, néogothique.
- A côté, l’Hôtel de Vile de N.Y, très joli hôtel particulier néoclassique.

Puis ce sont les « villages » ;

- Chinatown
- Little Italy
- le quartier de Soho, aujourd’hui réhabilité, et constitué de bâtiments en fonte moulée ( pour éviter les incendies)
- Greenwich qui ne répond pas à l’architecture en damier.
- Washington Square : le plus beau parc.

Dans Midtown

- Empire State building qui mesure 440 m de haut, qui a été construit au rythme de 4 étages et demi par semaine et terminé en 400 jours !
- Chrysler building, dans le style art-déco
- General electric building ( dans Rockefeller Center)
- Saint Patrick, cathédrale de N.Y et quartier général des irlandais !
Puis tout près se trouve Timesquare pour les spectacles
et enfin, Cental Park, le poumon vert de N.Y

Au nord de Manhattan

- Harlem.
Dernier quartier bâti, mais les promoteurs ont vu trop grand, il y a trop d’immeubles, les prix sont donc revus à la baisse, d’où l’arrivée des populations noires.
Aujourd’hui, le quartier est réhabilité, notamment de jolies rues aux « maisons marrons ».
- C’est aussi dans Harlem que se trouve la dernière ferme de N.Y, c’est une bâtisse en bois qui date de 1785.
- C’est là aussi qu’on trouve le quartier des cloîtres (Cloîtres achetés en France et remontés au bord de l’Hudson)

Un mot sur la statue de la Liberté, du sculpteur Bartoldi, réalisée par G.Eiffel.
Elle nécessitera 21 ans de travaux ; a été construite et exposée à Paris entre 1884 et 1885 ; une souscription avait été organisée pour lever les fonds nécessaires.
Elle partira en 214 caisses, pèse 2225 tonnes et sera inaugurée en 1886.
Elle veille depuis sur tous les migrants et visiteurs qui veulent fouler le sol newyorkais…

Après cet envoûtant voyage dans une ville aux multiples facettes, notre conférencier ne résiste pas au plaisir de conclure par la lecture du poème d’Emma Lazarus

« Le Nouveau Colosse »

« Pas comme ce géant d’airain de la renommée grecque
Dont le talon conquérant enjambait les mers
Ici, aux portes du soleil couchant, battues par les flots se tiendra
Une femme puissante avec une torche, dont la flamme
Est l’éclair emprisonné, et son nom est
Mère des Exilés. Son flambeau
Rougeoie la bienvenue au monde entier ; son doux regard couvre
Le port relié par des ponts suspendus qui encadre les cités jumelles.
"Garde, Vieux Monde, tes fastes d’un autre âge !" proclame-t-elle
De ses lèvres closes. "Donne-moi tes pauvres, tes exténués,
Tes masses innombrables aspirant à vivre libres,
Le rebus de tes rivages surpeuplés,
Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête me les rapporte
Je dresse ma lumière au-dessus de la porte d’or !" »