Fédération Française du Lyceum Club International

Fédération Française du Lyceum Club International

Accueil > Clubs > CAEN-NORMANDIE > LABORATOIRE de RESTAURATION du MUSEE
Version imprimable de cet article

LABORATOIRE de RESTAURATION du MUSEE

Date : 27 avril 2017

Nous sommes accueillies par la responsable du laboratoire, Mme Lucie VORACEK, restauratrice en archéologie, spécialisée dans le métal et la céramique.
Une trentaine de musées français seulement disposent d’un laboratoire de restauration archéologique. Celui de Caen a été crée en 1980, suite à la découverte régionale de nombreuses nécropoles mérovingiennes (ou autres) dans la région.
La profession de restaurateur en archéologie est récente. La formation (master de 5 ans) est délivrée dans 4 sites universitaires en France et permet l’arrivée sur le marché de 60 diplômés par an.
Les objets du Musée de Normandie proviennent principalement de la plaine de Caen mais aussi de Lisieux, de la Manche et parfois de la Seine Maritime. Ils sont collectés par les archéologues qui les rassemblent par type et les apportent au conservateur. Le restaurateur est parfois sollicité dès le prélèvement pour un conditionnement en sortie de terre.
La décision de restauration et d’entrée dans la collection est prise par le conservateur en collaboration avec l’archéologue en fonction de l’intérêt de l’objet à être exposé. Une fois dans la collection du musée, il devient "inaliénable", sauf radiation argumentée.
Le Musée de Normandie de Caen possède ainsi une collection de 60 000 objets dont seulement 2 000 sont exposés.
Le travail du restaurateur porte non seulement sur l’objet mais aussi sur la "régie des œuvres", c’est à dire leur "conservation préventive". Le restaurateur détermine un environnement visant à stopper la dégradation naturelle lors du stockage ou de l’exposition en vitrine. Il est également en charge de la préparation des expositions/ prêts, du conditionnement des œuvres lors des transports, et de la vérification de leur état au départ et au retour.
Techniques de restauration des céramiques/poteries
On distingue 3 phases
1 - le nettoyage
Il est effectué à l’eau et/ou à sec de façon mécanique avec des petits outils (pinceaux, scalpels, très fines limes ou râpes et fraises de dentiste)
2 - le collage
A partir des fragments/tessons il s’agit de reconstituer à la façon d’un puzzle, au moins partiellement, la forme de l’objet tout en respectant des principes de restauration :

JPEG - 754.5 ko
JPEG - 477.1 ko

-  ne pas “ré-inventer“ ni modifier l’objet
-  rester “réversible“
-  rester “visible“
La colle doit donc être soluble, ce qui exclut l’usage de cyanolit au profit de colles acryliques type Araldite à prise lente.
L’objet, souvent instable ou lourd, est immobilisé dans du sable ou dans des lentilles pour faciliter ce travail de collage.
3- la consolidation
Il s’agit de combler les lacunes restantes (photog 1), avec du plâtre. En principe, un objet dont les lacunes dépassent 50 % n’est pas retenu pour une restauration, sauf s’il est très rare. Dans un 1er temps on fait une “prise d’empreinte“. Une bande plâtrée humide est positionnée sur les parties déjà reconstituées, préalablement protégées par du latex, du talc ou de la vaseline. Elle durcit en séchant, donnant un moulage de la structure d’origine qui va servir de moule extérieur pouvant être positionné en regard des lacunes de même profil. Du plâtre peut alors être introduit à l’intérieur de la poterie contre ce moulage extérieur.
Une fois sec le plâtre, lissé à l’aide de scalpels/râpes de dentiste, est maintenu en léger retrait de la surface des fragments d’origine (décalage d’environ 1 mm) afin qu’ils soient mieux préservés lors du nettoyage.
La pièce restaurée est ensuite colorisée. Les colorisations "illusionistes", qui cherchaient à se rapprocher au plus près des fragments originaux, ont désormais laissé place à des colorisations “non illusionistes“ permettant de bien distinguer les parties restaurées des fragments d’origine. La couleur peut être appliquée de façon homogène au pinceau, ou de façon panachée à la brosse à dents en reprenant toutes les teintes de la céramique originale (colorisation dite au petit point : photog 2).
Techniques de restauration du verre
La restauration du verre obéit au même protocole mais la colle utilisée est une colle époxy araldite spécifique dont l’indice de réfraction est proche de celui du verre, et les lacunes sont comblées par de la résine transparente (en place du plâtre) pour conserver la transparence de l’objet.
Techniques de restauration du métal
La restauration s’avère plus complexe. En effet, les objets sont restés 1000 à 1500 ans en terre d’où une corrosion. Après un certain temps cette corrosion trouve un équilibre dans le sol, mais à la sortie de terre, elle redevient active en fonction du taux d’humidité et de la température. Elle peut atteindre plusieurs mm et intégrer des éléments de l’environnement proche (bois, cuir, textile, poils). La corrosion active est stoppée par des bains spécifiques plus ou moins longs.
Des radiographies permettent de découvrir d’éventuels décors qui aident à repérer les pièces d’intérêt.
Le nettoyage proprement dit est effectué dans une enceinte en plexiglas fermée (ressemblant à une couveuse), sous aspiration, avec des outils/pièces à main de prothésiste dentaire. Les fraises rotatives entament les différentes couches de corrosion. On parle de “fouille“. La difficulté est d’en trouver la limite de manière à perdre le moins de matière possible. En pratique la “fouille“ est arrêtée dès l’apparition d’un décor.
Nous avons pu voir

JPEG - 321.7 ko

-  une épée de 1300 ans avec une corrosion de 2 mm d’épaisseur ayant capté des éléments du fourreau : cuir, poils d’une partie en peau retournée, et bois.

JPEG - 205.9 ko

-  une plaque-boucle de ceinture mérovingienne striée, avec son ardillon, encore en cours de “fouille“

JPEG - 65.9 ko

-  une clavette de roue de char de l’époque romaine en fer et cuivre.
A l’occasion des chantiers de construction, des sondages sont effectués et c’est la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) qui décide de l’intérêt des sites à fouiller avant la poursuite de la construction. AT et MTB