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LES CAVALIERS D’ALLAH

Date : 30 décembre 2016

« Les cavaliers d’Allah » par Geneviève Chauvel.

Geneviève Chauvel, notre conférencière du jour, a grandi en Syrie, puis en Algérie.Elle a été photographe de guerre, puis grand reporter, et, à ce titre a réalisé des interviews des principaux chefs d’État du Moyen Orient.
C’est forte de sa connaissance du monde arabe et de sa culture, qu’elle vient aujourd’hui nous faire le récit de la conquête arabe de l’Afrique du Nord.

Au VII eme siècle les pays et provinces arabes n’étaient autres que de vastes étendues désertiques. C’est à Médine où il est réfugié que le prophète Mahomet (Muhammad) reçoit la révélation par la voix de l’ange Gabriel : La religion, l’Islam.
Celle-ci est révélée en arabe et ne peut être pratiquée qu’en arabe aujourd’hui encore (sa révélation s’adapte d’ailleurs un peu aux besoins du prophète qui est autorisé à avoir 12 femmes !).
Cette nouvelle religion prétend être la quintessence de toutes les autres religions, (donc la meilleure) c’est « …. la religion de la vérité... » et il faut « ..la faire prévaloir sur toute autre religion. »
Il faut respecter Allah dans une stricte et totale adhésion à sa Loi.

En 632, le prophète s’éteint laissant l’Arabie islamisée : une nouvelle société s’est organisée « l’Oumma » avec ses règles et même son armée.
Les compagnons de Mahomet, galvanisés partent à la conquête d’autres territoires, la Syrie, la Perse, l’Irak, Jérusalem, l’Inde, l’Égypte...Ils appliquent ce qu ’exige le Coran « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu….combattez également ceux parmi les gens du Livre qui ne professent pas la religion de la Vérité, à moins qu’ils ne versent la capitation directement et en toute humilité ». Les peuples conquis n’ont pas d’autre choix que la soumission.

Pendant 10 ans, sous le titre d’ « Emir des croyants » (que porteront ses successeurs), Omar élargit les limites de l’État arabe.Il se consacre au « djihad ».
Il s’arrête cependant à l’Égypte, craignant d’aller vers des contrées comme la Tripolitaine, l’Ifrikiya, et la mystérieuse Berbérie qui effraie.
A sa mort, (il meurt assassiné par un esclave chrétien) lui succède le calife Othman, plus audacieux et attiré par l’appât de butins importants qui enrichissent les califes.
La conquête apporte des butins importants, dont des esclaves, la vie devient luxueuse. Pour les califes, l’Afrique est une réserve d’ hommes mais ils n’osent pas aller vers la Libye, la Tunisie ( l’Ifrikiya) peuplées de berbères farouches et christianisés .
Othman lance ses armées pour aller à la conquête de cette Afrique du nord en 647.
Les arabes chevauchent vers « le lointain perfide » en appelant à la guerre sainte. Ils jettent donc leur dévolu sur l’Ifrikiya et y trouvent des berbères juifs et chrétiens (colonisés par les romains), sédentarisés.
Les cavaliers du calife arrivent au sud de la Tunisie, défont les tribus de Tunisie et emmènent la population en Arabie pour y vivre en esclaves.
Puis pendant 20 ans se déroule une guerre de succession en Arabie qui interdit toute conquête.
Dans ces territoires de l’Ifrikiya on oublie peu à peu le danger et les actes de barbarie des Arabes.

C’est à cette époque que naît dans une tribu berbère sédentarisée et judaïsée, une petite fille, Dihya, qui deviendra celle qui se dressera contre les arabes et à qui on donnera le nom de la Kahena.

En 656, le calife Othman est assassiné, et en 661 Mu’awiya, depuis Damas se proclame calife.
Le centre du pouvoir devient donc la Syrie et la dynastie des Omeyyades voit le jour.
Mu’awiya devient calife et sultan à la fois et décide, dès 665, de reprendre à son compte le grand projet d’Othman de conquête et soumission de l’Ifrikiya. Pour les habitants de ces contrées, s’en est fini de la période de paix, le répit touche à sa fin, les arabes reviennent.

En 669, une armée arabe, puissamment équipée est en marche, avec à sa tête un grand général, Oqba, surnommé « le féroce ». Il a décidé de ravager la Tunisie qu’il veut mettre à genoux.
Grand mystique, il justifie tous les pillages par « la révélation » . Il extermine de nombreuses tribus de chrétiens et de juifs. Les populations sont massacrées ou réduites en esclavage. Il est d’une cruauté sans limites. Il rase, tue, viole, pille, saccage, avance...les villages suivants, terrifiés, se rendent.
Il y propose deux statuts : - se convertir ( on garde donc ses biens) ou – être Dhimmi ( la Dhimmitude : paiement d’un impôt en échange de la conservation de sa vie et de ses biens.)
Oqba avance (un cinquième du butin est remis au calife à Damas).
Il décide de fonder une ville pour servir de camp à l’islamisme, il bâtit donc Kairouan pour faire rayonner la culture arabe et islamique. En 675 la construction de Kairouan touche à sa fin. La ville est magnifique, il y entrepose ses butins, y stationne son armée, et recrute des Berbères (beaucoup se sont convertis) comme soldats.
Il décide alors d’achever la conquête de l’Ifrikiya et part vers la Mauritanie et arrive jusqu’à l’océan, dans le sud marocain, mais les Byzantins et les Berbères y montent une embuscade. L’armée d’Oqba est défaite et Oqba humilié.

Pendant 5 ans règne une sorte d’état de grâce. Les Berbères sont boostés par cette victoire sur les Arabes. Nomades, sédentaires, juifs, chrétiens, tous s’unissent contre les musulmans. Ils ont à leur tête, un chef, le roi Koceila.

Mais en 680, le calife Mu’awiya meurt, le système héréditaire est mis en place et c’est son fils Yezid qui monte sur le trône. Le général Oqba retrouve les faveurs du pouvoir et repart en Ifrikiya où il soumet Koceila, le roi des Berbères qui est exhibé comme un trophée.

La résistance des Berbères et des Bysantins unis dure 60 ans, Koceila, libéré, en prend la tête.
Oqba meurt et Kairouan est prise, l’Ifrikiya va connaître un nouveau répit.
Les Arabes maintiennent cependant leur désir de conquérir l’Afrique du Nord et abattre Bysance, mais sont à nouveau aux prises avec des querelles de succession.

Une nouvelle figure de la résistance chez les berbères se fait jour, elle est belle et a un pouvoir de prophétesse, c’est la Kahena.

Un nouveau général arabe, Zoheir, arrive en 688 à la tête d’une nombreuse armée et ayant soif de vengeance. il reprend Kairouan, le roi Koceila est tué.

Lui succède un autre général, Hassan Ibn Noman.
Il décide de détruire Bysance car les grecs sont les soutiens militaires des Berbères.
Il doit s’y prendre à deux fois, mais avec l’aide d’une flotte militaire venue de Damas, en 697, il rase Carthage de la carte en se jurant qu’il n’y aurait plus jamais de ville chrétienne à cet endroit.
« Il a chassé Bysance, l’Ifrikiya n’a plus de capitale chrétienne, il a abattu la Croix ». Il ne lui reste plus qu’à vaincre les Berbères.
Dans un second temps il attaque donc la Kahena.
Elle attend dans les Aurès à la tête d’une ramée de 100 000 hommes. S’en suit une grande bataille. L’armée berbère avec une femme à sa tête écrase les arabes et les repousse.
La Kahena fait tomber les cavaliers d’Allah.
Hassan accepte sa défaite mais refuse de s’avouer vaincu et réclame des renforts, qu’il n’aura pas. Il reçoit l’ordre de rester là où il est, c’est à dire près de Barka, où il restera cantonné 5 ans.

La Kahena a fait des prisonniers, 80 captifs, chefs de haut rang qui selon la tradition berbère doivent être exécutés. Mais contre l’avis de ses proches, la Kahena les gracie, elle veut faire preuve de mansuétude pour montrer aux Arabes que les Berbères ne sont pas des sauvages, elle veut leur donner une leçon d’humanité.
Elle a surtout remarqué parmi eux, un jeune homme qui lui rappelle ses fils et l’attendrit. Il se nomme Khaled Ibn Yezid et est le neveu de Hassan. Elle libère tous les captifs sauf Khaled, et au mépris de l’indignation générale que son geste suscite, elle va l’adopter.
Ce fils adoptif sèmera la division au sein des Berbères.
Le règne de la Kahena va durer encore 5 années.
Plus tard, lorsqu’elle apprendra que les Arabes vont revenir, qu’une immense armée est arrivée de Syrie, elle fait appliquer la politique de la terre brûlée, elle fait « abattre les arbres, briser et brûler les édifices », « détruire les villes et les fermes…. » transformant « le bocage...en champ de ruines », pour que les Arabes ne trouvent aucun butin et « ne songent plus à revenir. » Cette décision radicale est discutée et ne plaît pas à tous. Khaled va utiliser ce moment pour forger une opposition, activer une haine contre la Kahena. Il envenime la colère et distille les ferments de la révolte, et en avertit le général Hassan à qui il envoie des messages .
Au moment de la bataille, beaucoup de tribus font défection et ne se pressent pas auprès d’elle.
Elle réunit alors ses fils. Elle sait qu’elle va mourir. Elle leur demande de se soumettre pour rester vivants et ultérieurement soutenir ainsi les Berbères.Ils se rendent et sont accueillis par Hassan.
La bataille a lieu, elle est terrible et la Kahena a la tête coupée.
Ainsi périt, à 55 ans, cette femme hors du commun qui fut pendant 16 ans reine des Djeraouas, pendant 5 ans reine de l’Ifrikiya et de tout le Maghreb, défenseur de l’indépendance berbère face au conquérant arabe.

Hassan se montre clément et offre une amnistie aux combattants. Séduits, beaucoup se convertissent et partiront à leur tour combattre les Berbères insoumis.

Hassan est rappelé. Un nouveau gouverneur arabe arrive à Kairouan. Il vient conquérir l’Algérie, le Maroc, Tanger…
Dès l’année 709, la Berbérie est devenue terre d’Islam, mais elle demeure une terre de butins pour les Arabes, et ses habitants, des citoyens de seconde zone, qu’ils soient musulmans ou non.
En 715 la paix règne sur le nord de l’Afrique qui sert de base arrière pour la conquête de l’Espagne.

Les Arabes et les Berbères prennent rapidement l’Espagne, où le roi des Goths d’Espagne, Witiza vient de mourir. Un Patrice (patriarche bysantin) laisse passer les Arabes, à Gibraltar, en 710, pour une sombre histoire d’usurpation de pouvoir.
En Espagne, les Visigoths fuient, les Berbères sont accueillis par une communauté espagnole juive.
Le général arabe, Tarek progresse jusqu’à Tolède.
Tarek disparaît des écrits suite à un incident lié à la table de Salomon, trésor inestimable qui attise la jalousie du Sultan.
L’Espagne est conquise, puis les Arabes franchissent les Pyrénées et entrent en Gaule, et 100 ans plus tard, ils sont à Poitiers en 732, ville qu’ils brûleront avant de marcher sur Tours.

Les Arabes restent 8 siècles en Espagne, où les monuments qu’ils font construire sont bâtis par des Perses, des Italiens, des Juifs, des Espagnols…
L’administration reste longtemps aux mains des Dhimmis.

Dans leur conquête, les Arabes se sont arrêtés uniquement là où il y avait de vieilles cultures, en Syrie, en Perse, en Espagne, en Ifrikiya. Ils ne s’arrêtent ni en Algérie, ni au Maroc, où il n’y a rien à prendre.

Cent ans après Poitiers, les Berbères se révoltent, ils repoussent les Arabes de l’Afrique du nord pour retrouver leurs coutumes, mais ils gardent l’Arabe comme langue puisque c’est la langue de l’Islam .

Notre conférencière, conteuse hors-pair, qui a tenu son auditoire en haleine, termine en soulignant l’importance de la langue arabe.
En effet, il est important de rappeler qu’islamisation et arabisation vont de pair, aujourd’hui encore.
L’arabe étant la langue de Dieu, il faut la parler, donc l’enseigner, car le Coran, la loi de Dieu est écrit en arabe, et cette loi est supérieure à toute autre.
Le coran est un livre spirituel et séculier qui ne peut reconnaître les lois de la république. L’islam modéré
n ’existe pas .

C’est sur ces paroles que se termine l’intervention de Geneviève Chauvel qui répond ensuite volontiers aux questions des lycéennes.