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" LES FAIENCES DE MARSEILLE au XVIIème et au XVIIIème SIECLES"

Date : 14 janvier 2019

Conférencière : Marina LAFON

L’industrie faïencière à Marseille a été d’une exceptionnelle qualité rayonnant au-delà des frontières mêmes de l’Europe, eu égard au contexte historique et économique de cette époque.
Une des conséquences des édits somptuaires de Louis XIV qui enverront à la fonte une grande partie de l’orfèvrerie française et les célèbres meubles en argent du château de Versailles, fut l’essor des manufactures reconnues comme manufactures royales pour créer des pièces raffinées pour les tables des « grands ». Saint Simon écrit : alors la mode voulut que tout ce qu’il y ait de grand et de considérable en France se mit à la faïence de Moustiers reconnue comme la plus belle du Royaume.
C’est une période de très grand développement économique pour la ville, grâce au commerce maritime en pleine expansion lié à la création d’un port franc par Colbert.
Dans le domaine artistique, la création de l’Académie de Peinture et de Sculpture de Marseille fondée en 1753 jouera un rôle considérable, encouragée par les échevins, fournissant nombre de peintres à nos faïenciers, notamment à partir du milieu du XVIII.
Les Faïences sont des céramiques réalisées à partir d’argile. Celles du bassin de l’Huveaune sont riches en sulfure de fer, ce qui leur confère leur couleur rouge et leur excellente qualité. Elles sont utilisées dès avant le XVIIème siècle pour faire des terres vernissées, puis par la manufacture de Saint Jean du Désert. Par la suite, d’autres gisements seront exploités près de Marseilleveyre.
Une fois moulées, les pièces sont mises à sécher, puis démoulées. Des éléments décoratifs parfois très élaborés, également moulés, ou modelés peuvent être collés avant cuisson comme des mascarons, les anses, les sculptures des prises et des fretels, composés souvent d’animaux sauvages ou domestiques, marins ou terrestres, de fleurs au naturel.
Ces pièces subissent alors une première cuisson à 1050°avant leur décoration. On les appelle alors « biscuit ». Leurs formes reprennent souvent celles de la platerie en métal précieux très rocaille sous Louis XV, puis se simplifient sous Louis XVI.
Quelques pièces sont tournées ou modelées comme les grands vases ou des sculptures.
Les techniques et les températures de cuisson conditionnent l’aspect des décors et leur gamme chromatique. Il s’agit du « grand feu » et du « petit feu ». Le petit feu n’étant découvert qu’au milieu du XVIIIème siècle.
Le grand feu : Le biscuit est trempé dans de l’émail liquide stannifère, qui en séchant devient pulvérulent et lui confèrera sa couleur blanche opaque. Cet émail peut parfois être teinté légèrement bleuté, ou en jaune. Le décor est appliqué par le peintre en faïence directement sur cet émail cru, ce qui ne permet aucun « repenti ». Les pigments utilisés sont des oxydes métalliques qui seuls supportent les très hautes températures et seront intégrés à l’émail lors de la cuisson : le bleu de cobalt, le violet de manganèse, le jaune d’antimoine, le vert de cuivre et le rouge de fer (très difficile à appliquer). La cuisson de l’émail se fait dans des fours à une température de 950.
Le petit feu : La technique est mise au point à Strasbourg au milieu du XVIIIème par Paul Hannong. Le biscuit est trempé dans l’émail stannifère et subit une première cuisson. Le décor est alors réalisé avec des pigments qui permettent une palette de couleur beaucoup plus étendue et colorée. Le pourpre de Cassius est utilisé pour les rouges et le rose. La température de cuisson est de l’ordre de 700°. Une troisième cuisson sera nécessaire en cas de rehauts d’or, l’or ne supportant pas les températures supérieures à 550°
LES GRANDES FABRIQUES DE GRAND FEU : Saint-Jean du Désert, Fauchier et Leroy
La fabrique de Saint-Jean du Désert est au XVIIème est dirigée par Joseph Clérissy, originaire de Moustiers en 1679. Il sera à l’origine d’une véritable dynastie de faïenciers qui œuvreront tant à Marseille que dans d’autres sites. Les pièces de faïence signées sont rares, mais marquent les grandes étapes de cette faïencerie et les grands types de décors. Elles servent de référence pour identifier les œuvres et les périodes.
Dans la première période 1778-1785 les décors sont issus du registre des porcelaines de la Chine, importées à l’époque, avec le plus souvent un motif central, bouquet floral orientalisant, paysages chinois, personnages entourés de cartels et frises reprenant des motifs emblématiques tels objets sacrés, les rouleaux du lettré, liens, plumes. Ils sont souvent agrémentés de rubans de ferronnerie et de rinceaux fleuris. Les couleurs utilisées sont le bleu cobalt et le manganèse exceptionnellement le vert et le jaune.
Les formes sont diverses, les plats et nombreuses « pièces de forme », vases, buires, pots de pharmacie, porte-perruques etc… Il n’y a pas de « services de table », mais des pièces uniques réalisées parfois pour célébrer un évènement dont certaines sont armoriées.
Une deuxième période (1686 -1697) : prise en main de la fabrique par François II Viry après le décès de J. Clerissy. Décors bibliques, mythologiques, de chasse et scènes pastorales
(Photo 1)
Une dernière période verra la reprise de la fabrique par Antoine Clerissy, fils de Joseph et le déclin de cette fabrique vers 1720.
Les fabriques de Fauchier et Leroy ont couvert près d’un siècle de fonctionnement (1700 ? 1795). Les pièces signées sont extrêmement rares. On leur attribue une production exclusive de grand feu, sans pouvoir affirmer qu’elles n’ont pas produit de petit feu. Leur production est parfois très proche et donc les attributions sont délicates, Louis Leroy ayant été formé par sa mère et par Joseph Fauchier premier et semblant avoir particulièrement bien maitrisé l’utilisation du rouge de fer en hachures.
(Photo 2 et 3)
La fabrique de Fauchier est célèbre pour ses décors floraux et l’excellence de la maitrise de l’utilisation de toutes les nuances du manganèse, du mauve au noir, et notamment ses roses violettes, tant dans les pièces de formes que dans la platerie.
LES FAIENCES DE PETIT FEU
La technique de production est introduite en France en 1745 par Paul Hannong et adoptée à Marseille dès 1750. Dans cette période on réalisera beaucoup de pièces utilitaires et de services de table.
La Veuve Perrin et Savy, Robert, Bonnefoy sont les principales fabriques, mais il en existait une vingtaine environ.
Nombre de peintres en faïence sont formés à l’Académie de Peinture et de Sculpture dont Savy et Bonnefoy sont membres (ainsi que Fauchier II) et à laquelle Robert est associé.
C’est l’explosion de la couleur avec une palette infinie, souvent d’une grande délicatesse. La fantaisie et le raffinement des prises ou fretels qui constituent de véritables sculptures.
Les décors sont très variés, floraux, à paysages, chinois et orientalisant, ou encore animaliers et à poissons
(Photo 4)
Les décors Floraux : Chacune des fabriques a fait des décors floraux, le plus souvent des bouquets de fleurs cultivées mélangées à des fleurs des champs, naturalistes, excentrés en polychromie, mais également parfois en camaïeu de vert. Ils ont fait la renommée de cette production marseillaise et peuvent atteindre une très grande subtilité tant chromatique, que dans le trait. Il existe un certain nombre de services de différentes qualité, formes, dont certains à bordure dorée.
(Photo 5)
Les décors de Paysage sont inspirés de peintures dont les reproductions circulaient dans toute l’Europe. David Téniers, les ruines d’Hubert Robert ou de Piranèse, Pillement, Joseph Vernet ou Lacroix de Marseille ont été autant de sources d’inspiration pour les peintres en faïences formés à l’Académie. Les personnages du recueil The Ladies Amusement ont été très souvent utilisés par la Veuve Perrin et Savy dans le service Mante et les pièces qui s’en inspirent. Ces recherches ont été documentées par Alain Rathery (Académie de Moustiers). Toutes les fabriques ont réalisé ces types de décors dans des services aux bordures très différentes, le plus souvent en polychromie, parfois en camaïeu de vert ou plus rarement de rose ou même en grisaille, le décor pouvant s’étendre sur la quasi-totalité de la pièce, ou figurer en médaillon dans un cartouche.
(Photo 6)
Les décors inspirés par la Chine : Ce type de décor est très à la mode sous Louis XV en matière d’arts décoratifs et en peinture. La Veuve Perrin s’est inspiré des gravures de l’ornemaniste Jean Pillement pour différents services et pièces de forme.
(Photo 7)
Les décors aux poissons : plusieurs fabriques ont réalisé ce type de décor. Le service le plus connu et le plus fréquent est celui de Savy, mais la Veuve Perrin, Robert et Bonnefoy ont également faits d’autres versions.
(Photo 8)
La statuaire est très souvent présente sur les pièces d’apparat, quelle que soit la fabrique, réalisée par des modeleurs de qualité formés par l’Académie de Peinture et de Sculpture de Marseille.
(Photo 9)

Compte-rendu : Marina LAFON