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Lambert SUSTRIS, un ARTISTE de la RENAISSANCE

Date : 15 février 2018

Visite de l’exposition du Musée des Beaux-Arts de Caen.
Peintre néerlandais né à Amsterdam vers 1510/1515, il signe Lambertus d’Amsterdam ; on pense qu’il serait mort vers 1584, peut-être en Vénétie. Après 1524, formé sans doute dans l’atelier de Jan van Scorel à Utrecht, il rejoint deux amis d’atelier à Rome dans les années 1530 ; Leurs trois noms sont inscrits sur la voûte d’une salle de la Domus Aurea de Néron. Vers 1540 il accompagne Francesco Salviati à Bologne puis Venise, entre dans l’atelier du Titien, inspirateur de ses figures sur un paysage resté septentrional, réalise un grand ensemble de fresques dans une villa de campagne au Sud-ouest de Padoue, et accompagne le vénitien à la Diète d’Augsburg en 1550. Il y noue des contacts et y retourne travailler en 1552, pour un cardinal et les banquiers Függer En 1553 l’évêque d’Augsburg lui commande Le Baptême du Christ, grand tableau conservé au Musée de Caen ; vers 1554 il s’installe à Padoue et, sous l’influence de Nicolo dell’Abate, éclaircit sa palette.
Emmanuelle Delapierre, directrice du Musée des Beaux-Arts de Caen, a choisi d’organiser cette exposition car le musée, conservant Le Baptême du Christ l’un des chefs-d’œuvre de Sustris, le Conservateur du Patrimoine au Musée Cognacq-Jay Benjamin Couilleaux, qui prépare une thèse dédiée à cet artiste, lui en a soufflé l’idée.
L’exposition présente 13 œuvres qui mettent en lumière un artiste de la Renaissance aussi original que méconnu. Moïse frappant le rocher, se rattache sans doute à la jeunesse du peintre : Dans un paysage idéalisé, où dominent en arrière-plan des arbres tortueux, il a traité un sujet biblique avec une multitude de petits personnages qui l’animent. Dans La prédication de Saint Jean-Baptiste, un groupe de personnages, formant une masse compacte animée par des couleurs vives aux multiples nuances, se rassemble aux pieds de la gracieuse figure du Saint, déjà maniériste. Le tableau Diane et Actéon illustre un des mythes dramatiques grecs : ce fils d’un dieu mineur, élevé par le centaure Chiron, devint habile chasseur et, involontairement, surprit Artémis (Diane) et ses suivantes se baignant dans la fontaine de Gargaphie. La très chaste déesse, courroucée, le transforma en cerf ; croyant voir une nouvelle proie et excités par l’offensée à la sentence sans pitié, ses propres chiens le déchirèrent. Sustris enrichit de notes anecdotiques ce thème traité par les plus grands, tels des cavaliers et promeneurs à l’arrière-plan, ou de jeunes musiciennes près de la déesse. Dans Le repos pendant la fuite en Egypte, un panier présenté aux pieds de la Vierge vêtue de bleu et rouge profonds et portant l’Enfant, à valeur symbolique : la souillure du Péché Originel (les pommes) sera lavée par le sang versé de Jésus (le raisin) qui sera enveloppé d’un linceul et mis au tombeau (linge blanc). A l’arrière-plan Joseph fait boire l’âne dans un ruisseau (eau du baptême). Le Cercle de la Fortune s’inspire d’un texte de l’Antiquité tardive sur la destinée de l’homme ; avant d’atteindre le bonheur véritable elle est semée d’embûches, matérialisées par des cercles concentriques peuplés de vices. Le tableau représente des hommes qui, après avoir pris un breuvage induisant leurs sens en erreur, s’en remettent aux mains de la Fortune assise sur un globe bien instable, les yeux bandés.
On remarque une palette qui s’éclaircit, une lumière qui se fait plus douce. Les origines de son Bain de Vénus, thème inspiré par Le Titien, se trouvent dans les années romaines de l’artiste : un Panthéon éventré abrite une assemblée de femmes autour d’un bassin. A l’arrière, près d’un obélisque imaginaire, trois colonnes évoquent les ruines du temple de Vespasien sur le Forum Romain. Le Baptême du Christ, tableau fameux du musée depuis 1802, est l’un des rares signés par Sustris et dont on connaisse le commanditaire. Histoire amusante, le deuxième Duc de Richelieu (petit-neveu du Cardinal et héritier de son titre), joueur invétéré, dut céder ce tableau à Louis XIV après avoir perdu contre lui au jeu de paume. Le Saint, finement auréolé d’or, verse un filet d’eau claire sur la tête de Jésus debout dans le Jourdain sous le halo lumineux de la colombe de l’Esprit Saint. Allongée sur un rocher, telle une sirène, une jeune femme nue (la Vérité, le retour à la pureté ?) lève les yeux vers Dieu qui apparaît dans les nuages. Deux anges et gracieuses demoiselles observent la scène à gauche, au second plan des arbres, une ville baignant dans l’eau, des montagnes bleutées. “Ce tableau est d’une poésie limpide, réunissant dans la finesse de sa touche la fraîcheur du coloris et la clarté de la lumière diffuse, quasi lunaire, le sentiment d’une fusion idéale”. (E. Delapierre). Dans l’angle inférieur droit un pélican se perce le flanc pour nourrir ses petits, symbole chrétien représentant le sacrifice du Christ mais aussi animal héraldique désignant le commanditaire du tableau : Otto von Truchsess von Waldburg, évêque d’Augsburg en 1543.
Sur le tableau de Lille, Noli me tangere, autre chef d’œuvre, silhouette de profil d’un Christ jardinier qui, avec une calme autorité, enjoint à la Marie-Madeleine aux longs cheveux blonds, prosternée devant lui dans des atours de belle patricienne Vénitienne, de ne pas le toucher. A l’univers italien contemporain appartient aussi le jardin aux parterres géométriques, la fontaine et l’allée couverte d’une tonnelle. Le blason de l’angle inférieur gauche est celui de la grande famille augsbourgeoise des Függer. Le comte Anton Függer, à la tête de la banque locale, en est probablement le commanditaire. Judith et Holopherne et Judith révèlent une approche très différente de l’histoire tirée de l’Ancien Testament. L’héroïne gagne en grâce féminine, figure plus sensuelle à la carnation nacrée et aux courbes généreusement dévoilées. Sur la palette les teintes claires de rosé, d’orangé et de vert sont privilégiée, Sustris fait preuve d’une grande finesse d’exécution dans les drapés et l’orfèvrerie mais aussi dans les détails moins séduisants que sont la tête tranchée du général et le visage de la servante âgée. Le contraste avec le grand tableau de Véronèse, du même sujet, est saisissant ! M. S.