Fédération Française du Lyceum Club International

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ASNELLES

Date : 29 septembre 2016

Visites de la Biscuiterie des Sablés d’Asnelles et de l’atelier d’un ébéniste d’art
Ou "deux artisans passionnés et passionnants"

En fin de matinée, attirées par une bonne odeur chaude et sucrée, nous gagnons un minuscule endroit au 17 de la rue de Southampton, la Biscuiteries artisanale des Sablés d’Asnelles, créée en 1894 dans le haut du village, installée là en 1904.
Nous y sommes reçues par Marie-Laure et Antoine Cormier aux larges sourires, dont la famille a repris les lieux en 1983 et la recette de Charles Bansard, tenue secrète depuis plus de 100 ans.
En un minimum de temps le patron nous explique les étapes permettant d’aboutir à ces biscuits craquants qui font craquer.
1) La pâte et ses ingrédients sont tous du coin :
Les oeufs extra-frais de la ferme aux 800 poules de Mme Cédrat à Catillon, le bon beurre pur AOP de Tribehou, la farine de blé des moulins de Caen, le sucre de Cagny.
Nous goûtons la pâte sablée crue de la recette sucrée-salée… un vrai régal ! Elle repose sur le marbre, étalée à la main puis passée au laminoir et moins épaisse pour les Saléfins, au beurre demi-sel et en forme de coquille St Jacques mis au point en 1997.
2) Cuisson dans deux fours qui accueillent les plaques à 180°, pour 15 mn ou 14 mn chrono.
3) Refroidissement sur plaques puis dans des petits paniers d’osier ; "Servez-vous !" est dit aux affamées.
4) Emballage dans des boites en carton (en 1/4 de tine ou d’une seule rangée), en métal au décor ancien ou contemporain. Y sont imprimés ingrédients et leurs poids, dates de fabrication et de péremption (beurre et oeufs frais l’imposent car ces sablés sont garantis sans OGM ni conservateurs), dessin, nom et adresse de la maison, code barre.
Nous admirons la dextérité d’Antoine Cormier à monter les boites, y poser le papier sulfurisé puis les sablés, terminer par l’enveloppe de cellophane collée au fer à repasser …
On trouve ces sablés Normands du Pays du Bessin, dans les épiceries aux alentours et dans les grandes surfaces.
Deux employés aident les époux pâtissiers à produire 1500 à 2000 sablés par jour et 40 tonnes de pâte par an car 15 variantes s’ajoutent aux sablés traditionnels l’été : au cacao (le Chocofin), aux noisettes, amandes, pruneaux et fruits rouges, à la pomme, à l’abricot ou à la confiture, et s’ajoutent aussi les fameuse tartes et tartelettes aux framboises et aux fraises, préparées sur commande et….sur pâte sablée bien sûr. Humm ! Merci à A. et M.L.Cormier pour leur accueil et pour cette délicieuse visite à refaire en famille.

Nous courrons au bout de la rue à La Cale, où nous attend un bon déjeuner copieux puis vite à Sainte-Honorine des Pertes dans l’Atelier de la Flambardière, pour rencontrer Patrick Broggi ébéniste d’art, deuxième artisan du jour à travailler avec des "produits" locaux mais plus encombrants, le bois d’arbres de haies bocagères et vergers du Bessin et du centre Manche : pommiers, chênes, ormes, noyers , frênes, merisiers etc...
Très prolixe, il ne compte pas son temps ( 2h et +) pour nous dire son parcours d’étudiant ingénieur, pêcheur à pied de vers de pêche (pelouses) puis ébéniste "par" son beau-frère .
Il aime tout : la nature, les gens, la musique, la géobiologie (étude de l’ensemble des influences de l’environnement sur le vivant) ou la radiesthésie pour comprendre l’emplacement des menhirs, églises, calvaires sur des lieux qui tirent l’énergie du sol et de courants d’eau souterrains. Importance toujours actuelle du "coudrier" pour chercher sources, corps métalliques ou failles. Utilisation par certains du réseau Hartmann (nom de son "découvreur" en 1935, à Heidelberg) dont le treillis en maillage de points positifs et négatifs de "réseaux telluriques" serait une aide à la "géocalisation" de l’emplacement de lits dans les maisons et dans les hôpitaux, par exemple.
Inutile de vous dire le nombre de nos questions posées !
Nous revenons aux arbres par la projection de photos sur 4 thèmes :
1) arbre et habitat : parquets, murs, brise-vent, haies taillées, espaliers ...
2) arbre climat et accidents : anomalies comme les loupes ou excroissances, maladies dues aux intempéries (trop froid, trop chaud, trop sec, trop humide) ; on connait le temps sec ou pluvieux d’une période grâce à la dureté ou la tendreté des cernes du tronc). Maladies dues aux rejets atmosphériques. Face à la maladie des ormes, l’INRA a créé le très résistant orme Lutèce.
Dans notre région il y a tous ceux qui sont restés marqués et blessés par les balles et les obus.
"L’arbre vit par son écorce" nous répète Patrick Broggi.
3) arbre signal : il indique le statut social quand il est rare ou utilisé pour le décor.
4) arbre curiosité : ou "remarquable" comme le tilleul près de la cathédrale de Bayeux, le hêtre pleureur du jardin des Plantes de ce lieu, l’if de Russy du XIIes, les 4 chênes de la forêt de Val-Reno (Orne), le plus vieux chêne de la région à Teillières le Plessis.
Pour travailler les objets, M. Broggi utilise le bois qui l’entoure : cormier (couteaux), chêne (le + dense), pommier, prunier, buis, frêne (manche d’outils, joug de boeuf). Les "anciens" cherchaient l’endroit de plantation qui permettrait que le bois soit le + dur.
L’ébéniste nous confie que, pour lui, le beau bois d’ébénisterie est l’olivier et ceux de la forêt de l’Est.
Sur la vidéo l’élagueur coupe l’arbre et le scieur découpe une bille d’osier de 600 kg, verticalement et horizontalement, heureusement la machine est là ! Les planches sont ensuite "ressuyées" (trempées dans l’eau pour enlever le tannin) pendant une année puis mises au séchage et stockées.
Attention aux vers, des traitements sont souvent nécessaires, il faut surveiller les stocks !
Alors seulement l’ébéniste peut commencer à travailler le bois choisi et nous passons à l’atelier avec les machines, les outils (gouges, couteaux etc. chaque région ou même chaque village a un nom différent pour un même outil) et toutes les planches étiquetées, de différentes couleurs (tilleul blanc des Hauts Fourneaux de Caen, prunus récupéré à Bayeux, buis, fruitiers ...) De grands espaces sont réservés aux statues, aux objets à vernir en attente de finition.
Dans la boutique, grande pièce très claire, les boites à musique en bois massif sont déclinées dans tous les tons, et aussi les objets décorés de drakkars (thème très demandé par les Américains), horloges, miroirs, divers coffrets et quelques instruments de musique, autre passion de notre hôte qui joue de la flute à bec dans un groupe "baroque", ou du jazz ...il est encore intarissable sur les rencontres que cela occasionne.
Merci à notre ébéniste naturaliste, humaniste et philosophe qui nous a offert un beau bain de nature. ML G