Fédération Française du Lyceum Club International

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Les CENT-JOURS

Date : 21 septembre 2015

1815 "de l’île d’Elbe à Waterloo”.
Laurent Nagy, Docteur en Histoire, chercheur spécialiste du XIXe siècle, nous a présenté cet épisode en le replaçant au sein de son contexte historique pour nous permettre d’en mieux comprendre les causes et évènements favorisants. Il a divisé le sujet en 4 parties.
La première Restauration, avril 1814
A l’issue des catastrophes des campagnes de Russie et d’Espagne, Napoléon est contraint d’abdiquer sous la pression de l’opinion : en effet, les Français en ont assez des guerres successives, des conscriptions, et des impôts trop lourds. Les coalisés vainqueurs (Britanniques, Russes, Autrichiens, Prussiens) s’accordent sur le choix d’un successeur, même si le retour des Bourbons risque de ne pas plaire à tous ; ce sera le podagre, intelligent et érudit Louis XVIII, frère de Louis XVI. Veuf et sans descendance, il rentre d’exil avec son frère le Comte d’Artois (futur Charles X) et ses neveux : le duc d’Angoulême marié à Madame Royale, le duc de Berry marié à Caroline de Naples. Le roi souhaite “Le pardon et l’oubli”, donner une impulsion constitutionnelle (ce qui n’est pas du goût de tous) et restaurer la paix très rapidement avec le Traité de Paris signé dès le 30 Juin 2015, mais la Belgique est perdue. Ses actions, mal interprétées ou maladroites (suffrage censitaire, allégeance aux Anglais et fin du blocus continental, ordre du Lys, drapeau blanc, problème des soldats à la demi-solde, recréation de la Maison Militaire du Roi etc.), mécontentent les citoyens. Chansons et gravures anti monarchistes et pro bonapartistes circulent sous le manteau et dans les arrière-salles des cabarets.
De l’île d’Elbe aux Tuileries
En abdiquant, en avril 1814, Napoléon a reçu l’île d’Elbe en toute souveraineté, avec l’octroi d’une rente annuelle de 2 millions de francs à verser par la monarchie française. Arrivé dans l’île le 3 mai 1814, il s’y comporte en souverain autoritaire, recréant une cour composée de ceux qui l’ont suivi et des bourgeois de l’île, faisant défiler ses soldats en parade, et les envoyant quérir auprès des Elbois, par la force, l’impôt nécessité par ses projets locaux : construction de routes carrossables, modernisation du port de Portoferraio, élevage de vers à soie et diffusion de la "parmentière" (pommes de terre). Fin 1814, il est averti du mécontentement qui grandit contre le pouvoir en France. Ne recevant pas la rente prévue et prévoyant d’être, de ce fait, privé de soldats, il décide de rallier la France, de nuit, avec un millier d’hommes, et débarque le 1er mars 1815 à Golf Juan. Napoléon remonte la vallée de la Durance vers Grenoble puis Lyon grâce à l’aide de la population mais trouve une certaine résistance parmi les officiers royalistes qui désirent rester fidèles à leur serment. Cependant les hommes de troupe se rallient à la cohorte bonapartiste qui arbore, pour l’occasion, la cocarde tricolore.
Le 20 mars 1815, Napoléon entre aux Tuileries, d’où Louis XVIII est parti dans la nuit (avec les joyaux de la Couronne) en apprenant que l’ennemi est déjà à Fontainebleau. Un climat de guerre civile s’installe, le duc et la duchesse d’Angoulême résistent mais les opposants royalistes sont rapidement neutralisés.
La Révolution des Cent-Jours
La population française est sceptique ; ce retour de Napoléon lui rappelle d’autant plus la période de guerres antérieure que ses plénipotentiaires, envoyés aux monarchies européennes pour pactiser, sont refoulés par les coalisés de Vienne et de Londres. L’Empereur tente de se comporter en libéral en nommant comme ministres d’anciens opposants (Carnot ministre de l’Intérieur, Fouché ministre de la Police) et en faisant rédiger une constitution par Benjamin Constant de Rebecque, dite "Acte additionnel aux constitutions de l’Empire" et surnommée "la Benjamine". Cet "acte", bien que d’inspirations libérales, mécontente tout le monde. Le 1er juin 1815, dernière maladresse, il prête serment à cette constitution au "Champ de Mai", revêtu de la tenue portée lors de son sacre, en 1804 ! Trois jours plus tard, comptant sur les victoires à venir pour retourner la situation, il part aux frontières. La guerre est inévitable.
La Campagne de Belgique de 1815
Les armées des Prussiens (commandés par Gebhard von Blücher) et des Britanniques (menés par Lord Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington) se rassemblent en coalition.
La rancœur des soldats, contre un ennemi qui leur avait infligé de mauvaises conditions de détention, motive les troupes de part et d’autre. Quatre Armées s’opposent aux Français.
Le 18 juin 1815, après une journée de pluies torrentielles, une fausse évaluation de la stratégie des Prussiens et une position favorable des Britanniques sur un plateau, c’est la défaite de Waterloo.
Napoléon abdique, se réfugie momentanément à l’île d’Aix, puis se livre aux Anglais, qui le déportent à Sainte-Hélène où il mourra.
Le 20 novembre 1815 le Traité de Paris, entre la France et les Alliés, est beaucoup plus dur que le précédent. De nombreux territoires sont enlevés à notre pays, dont la Savoie ; la France, occupée pour 3 ans par les armées des Coalisés sous le commandement de Wellington, devra verser une indemnité de 700 millions de francs.
Même si c’est la fin de 25 années de guerres européennes, Louis XVIII revient dans un régime tendu : un climat révolutionnaire s’est installé sur le continent et perdurera durant tout le XIXe siècle. M.T.B