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Les RETABLES du Pays d’Auge

Date : 18 septembre 2012

Afin de nous permettre de mieux apprécier le rôle, les symboles et les décors des retables dans les églises normandes, notre amie lycéenne Claude-Mathilde Monet, ancien professeur de philosophie et guide –conférencière, nous fait un intéressant rappel historique et artistique de la période “baroque”
Après la Réforme, protestante, puriste et puritaine, et qui a imposé un climat d’austérité artistique, vient, au début du XVIIe siècle, la Contre-Réforme qui s’appuie sur le renouveau du catholicisme, avec une expression beaucoup plus ostentatoire :
-  volonté d’impressionner : on s’adresse à l’affectif et aux sens
-  goût du monumental
-  exhibition de puissance matérielle, d’où la grande importance de “signes extérieurs de richesse” avec des décorations surchargées, superposées, répétées, etc.
C’est une véritable opération de publicité et de propagande pour exalter tout ce que les protestants ont renié et de nouveaux métiers apparaissent tels que huchiers pour les boiseries peintres, doreurs etc.
En Normandie le Baroque va prendre en compte la spécificité de la région, avec ses saints guérisseurs et ses fontaines miraculeuses. Bien conçu, notre circuit en trois étapes nous mène progressivement vers des retables de plus en plus riches et de plus en plus “baroques”.
Le premier est celui d’une petite église de campagne à Saint Waast-en-Auge, construite au XIIIe s. Le retable du XVIIIe en chêne sculpté, a perdu toutes ses couleurs et nous apparaît dans sa teinte primitive naturelle. Encadré par deux colonnes ioniques, le très haut tabernacle occupe toute la partie centrale et comporte deux étages :
-  le premier est orné de fleurs et épis de blé
-  le second est sculpté de volutes et d’anges, de pots avec cassolettes pour l’encens et de colombes du Saint-Esprit.
L’ensemble suggère un cheminement de la terre vers le ciel, avec une élévation de l’esprit et de l’âme.
Sur les murs nord et sud, deux autels latéraux sont dédiés à la Vierge et à Saint Ortaire (un des plus anciens de Normandie, guérisseur des rhumatisants).
La deuxième église visitée, à Tourgéville, dépendit de Rouen jusqu’au XVIe s ; Une confrérie de Charité y fut fondée en 1540, et elle fut ornée à la fin du XVIIe d’un monumental retable tripartite en bois polychrome et doré. Deux belles colonnes torses, décorées de pampres et d’oiseaux l’encadrent. Au-dessus de l’antépandium peint d’un faux marbre, la toile représente, demi-nu, sous un manteau rouge, le Christ remettant les clés à Saint Pierre agenouillé. Au-dessus d’eux, le ciel s’ouvre sur la vision du Christ glorieux, drapé dans son linceul …
Un très beau paysage suggérant les portes de Jérusalem, complète le tableau. Dans le Couronnement, deux anges assis au bord de la corniche (avec bizarrement un pied dans le vide !) et deux cassolettes surmontées d’une flamme. Dans les niches latérales, deux grandes statues représentent, à gauche, saint Pierre patron de la Paroisse, et Sainte Anne et la Vierge, à droite.
Saint-Désir, la dernière église visitée à Fierville les Parcs, date du XVIe s. Elle comporte un ancien tabernacle du XVIIe et surtout un exceptionnel retable en bois sculpté entièrement doré et dont les colonnes sont évidées. Nous y admirons une véritable débauche de décors : colonnes corinthiennes ornées de pampres et spirales suggérant les torsades, pendentifs en bois tourné, rinceaux s’échappant de dauphins dont la queue est mordue par des monstres, etc.
Le centre du retable est occupé par une toile représentant une descente de Croix inspirée de Rubens, mais la singularité de la peinture vient de la superposition de deux rois : Saint-Louis prend les traits de Louis XIII sous le règne duquel fut réalisé le retable.
La petite église de Fierville renferme un véritable trésor inattendu dans un lieu plutôt modeste, mais nous sommes persuadées qu’elle n’est pas une exception et qu’il nous faudra encore aller admirer d’autres retables, dont la Normandie est très riche M-F.J.