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Les ouvrières de la soie

Date : 10 septembre 2019

Andrée Gautier, auteur d’une thèse sur les ouvrières de la soie, a eu un parcours atypique : secrétaire pendant une vingtaine d’années, Andrée passe le diplôme de Sciences Po Grenoble puis soutient une thèse d’histoire contemporaine à l’université Lyon II « les ouvrières du textile dans le bas Dauphiné sous la 3ème république. Travaux et luttes de femme ».

Pour faire ses recherches, Andrée s’est orientée vers les archives départementales et nationales, les rapports de police pendant les grèves, ceux des inspecteurs du travail et du préfet. Peu de témoignages d’ouvrières à part celui de Lucie Baud, syndicaliste très active, repris dans un livre paru en 2012 de Michelle Perrot « Mélancolie ouvrière » (dont un film a été tiré).

L’industrie de la soie est apparue dans le Dauphiné en 1536 sous François 1er, mais cette soie provenait de l’étranger. Plus tard les papes feront venir muriers et vers à soie.
Au 19ème beaucoup d’ateliers se créent après la révolte des canuts dans le bas Dauphiné, Voiron, Renage, Charavines, Saint Bueil… près des cours d’eau, puis des usines plus importantes dont les fabriques- pensionnats. Les plus connues sont la grande fabrique à Montessuy et Chomer, à Renage, la fabrique Ruby à Voiron et la fabrique Schwarzenbach à La Tour du Pin.

Les conditions de travail dans ces usines sont très dures. En 1870 la journée de travail était de 14h. En 1904 une loi fixe la journée à 10h mais cette loi n’est pas toujours respectée. Les conditions d’hygiène sont déplorables, les WC sans égouts donnent sur les ateliers, leur saleté entraîne des maladies comme la typhoïde et la tuberculose. Les accidents du travail sont fréquents.
En 1872, 20% des ouvrières ont moins de 16 ans et en 1931, 1/3 a moins de 20 ans. Elles viennent du milieu rural paysan, leur salaire se paie à la journée ou au type de travail (à façon). Dans les usines-pensionnats, les filles sont encadrées à l’atelier par des contremaitresses et le soir elles sont prises en charge au pensionnat par des religieuses. Elles arrivent le lundi en voiture tirée par des mulets (les galères) et repartent le samedi soir.
La religion est très présente et chaque usine a sa chapelle. Plus tard les syndicalistes demanderont leur fermeture qui, selon eux, maintenaient les ouvrières dans un état d’obéissance (sans révolte !) face à des conditions de vie difficiles !!
Après 1914, beaucoup de petits ateliers se créent à l’arrivée de l’électricité, pas très contrôlés par l’inspection du travail.
Des grèves éclateront lorsque les salaires des ouvrières seront diminués. Une première grève a lieu en 1870. Entre 1900 et 1905, quinze grèves se produisent. Les ouvrières sont soutenues par la CGT qui a été créée en 1895. En 1906, une grève de 4 mois à Voiron entraîne l’intervention de l’armée, une autre en 1911, trois meneuses seront licenciées. La question syndicale se trouve au coeur de nombreux conflits et la réaction des patrons va être très dure, entraînant la fermeture de certaines usines. La population prendra souvent fait et cause pour les ouvrières.
Pour en savoir plus, vous pouvez vous reporter au petit ouvrage résumant la thèse d’Andrée Gautier « les ouvrières de la soie nord Dauphiné 1870-1940 » imprimé par Pressvercors, et le livre de Michelle Perrot « Mélancolie ouvrière » publiée chez Grasset en 2012.
Il serait aussi intéressant d’aller voir les vestiges de cette industrie : bâtiments d’usine et la chapelle qui enjambent la Fure à Renage.
Après la conférence qui nous éclaire sur toute l’économie de notre région, nous nous sommes retrouvées une vingtaine pour un déjeuner à la Table ronde avec la conférencière.
DD - 10 /09 /2019