Fédération Française du Lyceum Club International

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Librairie PUBLICA

Date : 18 janvier 2016

Christophe Scelles nous parle de son métier de libraire et du livre.
Présente depuis 63 ans à Caen, PUBLICA est une contraction de “Publications Caennaises” nom de la structure qui l’avait précédée.
Actuellement la France est en tête de l’Europe pour le nombre de points de vente de livres : 25 000 (soit plus de 200 par département). Les 1000 librairies les plus importantes, dites de 1er niveau, réalisent 60 à 75% du chiffre d’affaire des éditeurs et sont les mieux placées pour lancer un titre et travailler sur le fonds éditorial.
Alors qu’au Royaume Uni le nombre de librairies a chuté de 26% en 6 ans du fait, semble t-il, d’une hausse des loyers en centre ville décourageant les repreneurs, aux Etats-Unis la chaîne de librairies Borders, qui a pourtant compté jusqu’à 1249 succursales (soit 600 000 m2 d’exposition), a déposé le bilan en 2011 face à une forte progression des ventes numériques qui atteindraient 10% des ventes totales de livres aujourd’hui. Les librairies Barnes et Noble, quant à elles, sont sur le point de sortir une liseuse de formule nouvelle, pour contrecarrer la tablette Kindle d’Amazon.
Les librairies françaises ont été relativement préservées pour 2 raisons :
-  les liseuses n’ont pas rencontré le même succès qu’aux Etats Unis,
-  la loi Lang de 1981 a empêché la concurrence déloyale des grandes surfaces en imposant un prix du livre fixe et des remises limitées à un maximum de 5% du prix fixe.
Caen est particulièrement riche en librairies : 3 au sein de chaînes/grandes surfaces, 5 librairies indépendantes généralistes, et plusieurs librairies spécialisées : 1 enfant, 3 BD, 1 Voyages et 4 orientées spiritualité, dont Publica qui n’est plus seulement la librairie catholique qu’elle était à l’origine.
Il faut ajouter également les maisons de presse, les boutiques des Musées, France-Loisirs, les boutiques de livres anciens et d’occasion, et … Internet.
Le très grand nombre de librairies à Caen pourrait être, hormis la présence très précoce de l’Université et des imprimeurs, une conséquence de la forte influence qu’exerça Pierre Bernard Mancel, l’un de ceux-ci. Installé libraire rue St Jean en 1820, il fonda un cabinet littéraire puis, à sa mort, fit don de toute sa collection à la ville de Caen (le Fonds Mancel).
Le prix moyen d’un livre hors TVA (5,5%) est de 14 € en grand format et de 6 € en poche, répartis comme suit, entre tous les acteurs d’une longue trajectoire :
-  auteur : entre 8 et 12% (avec de grandes variations selon les contrats)
-  fabrication : 15 à 19%
-  éditeur : 11 à 20%
-  diffuseur (commerciaux/représentants) : 6 à 10%
-  distributeur (logistique/transport) : 11 à 14%
-  libraire : 25 à 38%
Cette marge du libraire peut sembler intéressante mais elle est trompeuse car le chiffre d’affaires de la librairie est réparti de la façon suivante :
-  achat du livre : 66%
-  charges (personnel, loyer, promotion, investissements, impôts) : 31%
-  transport : 1,5%
-  La rentabilité commerciale ne restant, au final que de seulement 1,5% !
La vie d’un livre
La rédaction du livre est issue de l’imagination d’un auteur ou du besoin d’exprimer un ressenti. Elle peut demander une gestation de quelques mois à quelques années.
L’édition est dite “à compte d’auteur” lorsqu’en l’absence d’éditeur, l’auteur assume seul l’édition, et la promotion de son livre.
Si, au contraire, le livre a été retenu par un éditeur parmi la dizaine de manuscrits qu’il reçoit chaque semaine, c’est ce dernier qui le fera imprimer, en assurera la promotion, la distribution et, en cas d’insuccès, la reprise et la destruction dite “mise au pilon”. Les livres à succès, réédités, tombent cependant dans le domaine public et cessent de procurer des revenus à l’auteur, ou à ses héritiers, au bout de 50 ans ou avant, selon la formulation du contrat d’origine.
Le libraire est visité régulièrement par des représentants, ou “commerciaux”, travaillant souvent pour plusieurs éditeurs ; ils lui présentent très succinctement les nouveautés à paraître dans les 2-3 mois. Le libraire fait un choix parmi les titres proposés, souvent en lisant attentivement leur quatrième de couverture, et anticipe les ventes en décidant l’achat d’un nombre d’exemplaires. A réception, les ouvrages sont intégrés à sa base informatisée, et présentés en magasin sur des tables ou dans les rayonnages en fonction de plusieurs critères : près de l’entrée par exemple, les coups de cœur du libraire aux côtés d’auteurs à succès, et/ou les ouvrages aux couvertures attractives, et/ou les livres promus par les média papier, audio et surtout télévisés.
Quand un exemplaire est vendu le libraire le déduit du stock et décide d’en renouveler la commande auprès du distributeur ou non, en fonction des ventes de la journée ou de la durée de séjour en boutique. Les invendus sont retournés à l’éditeur via le distributeur. Ils donnent lieu à un avoir sur les commandes des nouveautés qui les remplaceront dans le stock.
La librairie Publica compte environ 4500 livres en stock/présentation.
Les coups de cœur du libraire
Les cartons arrivent chaque matin vers 11 h 00. Le libraire n’a pas alors le loisir de se plonger dans la lecture. Il le fait chaque soir, en fin de semaine et en vacances. Il suit les émissions littéraires et se doit de parcourir les rubriques littéraires des journaux nationaux et loco/régionaux.
Sur les tables près de l’entrée aujourd’hui, au milieu de bien d’autres :
Le moineau rouge de Jason Matthews (Cherche Midi)
- Cœur Tambour de Scholastique Mukasonga (Gallimard)
- Le revers de la médaille d’Olga Lossky (Denoël)
- L’ombre de nos nuits de Gaëlle Josse (Noir sur Blanc)
- La nuit de feu d’Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel)
- Je dirai malgré tout que cette vie fut belle de Jean d’Ormesson (Gallimard)
Plus loin des livres sur le patrimoine régional, l’art, la religion, un riche rayon pour les enfants, quelques objets et bijoux à offrir…
Régulièrement la librairie Publica organise des rencontres-débats entre sa clientèle et les auteurs. Un projet se met actuellement en forme autour du dernier livre d’Eric Emmanuel Schmitt.
Une bonne trentaine, nous avons pu échanger très librement autour de gâteries sucrées et jus de fruits offerts par ce couple de libraires, passionnés et très attachants, qui ne comptent pas leur temps pour résumer ou détailler une œuvre, délivrer les conseils dictés par leur cœur. C’est ce type de contact qui reste pour nous le plus précieux. M-Th. B.