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Littérature et psychanalyse : Le testament Français

Date : 18 mars 2021

Séance 4 du 11 janvier 2021 - p. 128 à 196

En préambule : le fil d’Ariane de la valise sibérienne.

• Une compagne, une alliée, un trésor de souvenirs : la vie cachée et ensevelie
dans le passé avant d’être découverte par les enfants donc une filiation mystérieuse et
révélée au sens fort… un vecteur entre des personnages, entre des générations, entre
des cultures, des lieux.
Un objet transitionnel, la traversée du temps, la transmission… // le
« testament » que l’on ouvre // le témoignage de la grand-mère => le flot de souvenirs,
de moments historiques et privés, de la part française idéalisée et de la réalité russe dans sa dimension terrible.
• Comme le petit sac du Pont-neuf et le jeu sacrilège des enfants avec les petits
cailloux (p.25-28 p. 103, p.265), l’ouverture de la valise relève d’une forme de
transgression, d’un accès aux secrets du passé, et même aux interdits familiaux
p.58 p.77 p.98 p.112 p.119 p.136 p.177-179 p.184 p.199
• Qu’il y a-t-il dans la valise sibérienne ? des photos et de vieux journaux
français…=> les coupures de presse : histoire et littérature, poésie que Charlotte
transmet à ses petits-enfants et qui permettent de suivre le fil de la vie de
Charlotte sans chronologie exacte. Un acte manqué lorsqu’on se trompe de
valise montre que cette valise n’est pas un objet comme les autres : elle
s’impose, elle est présente quoi que l’on fasse comme le passé, refoulé ou pas.
- la photo inaugurale : p.17-18 et 179
- les articles sur le Tsar
- la photo de l’enfer de la Volga
- Les soldats, le patriote p 117-119
- les trois élégantes de la Belle-Epoque p.181-182-183 => les hommes et leur
relation aux femmes, l’adolescent et sa découverte de la sexualité. Pas de
symétrie dans les relations hommes / femmes : le roman et la psychanalyse
montrent qu’on n’est pas à égalité / désir, / jeux amoureux et conquête de
l’autre : intéressant à noter surtout aujourd’hui où l’égalité prime…
Cf la figure de la femme dans le livre : des femmes qui subissent le désir des
hommes, des femmes qui doivent disparaître après l’amour, qui sont idéalisées :
femme idéalisée + fascination pour Béria qui viole les femmes, les fait
disparaître contrairement à Lénine… Vision très manichéenne de l’adolescent.
• La fonction de la valise : un lien générationnel et familial, un lien géographique,
on la découvre, on l’oublie, on la retrouve…=> un sésame identitaire : « un
souvenir familier et lisse comme un cliché photographique et qui m’aiderait à
oublier ma folie passagère » p.190 = l’image de ce temps fantasque p.79
comme un tapis d’Aladin…
• Le symbole de l’indicible, de l’incommunicable, de ce que Charlotte ne peut
pas dire, ne veut pas dire et qui lui permet de rayonner dans sa générosité et
dans ses récits => un pré / texte
• p.174 le silence « parler était une façon de masquer l’essentiel »…

I/ Raconter la vie de Charlotte ( suite de la séance 3)

« La vie de Charlotte, pensais-je, les réconciliaient, leur offrant un terrain neutre ».
Mais aussi « Cette Française avait l’avantage de concentrer dans son existence les
moments cruciaux de l’histoire de notre pays » p 128
« Raconter la vie de Charlotte était pour eux aussi une façon de ne pas étaler leurs
propres plaies et leurs souffrances » p 144
La question du temps perdu, retrouvé… revient p 127 « de cette ville d’où l’histoire,
en décapitant les églises et en arrachant les surabondances architecturales avait chassé toute notion du temps » p 127. Il n’y a pas que le temps des évènements chronologiques de l’histoire : la Révolution russe, la famine de 1921, le temps des purges « Les gens disparaissaient tantôt au travail, tantôt en pleine nuit chez eux p 129.
Il y a aussi :
- Le temps de l’Atlantide « temps fantasque. Temps étrange » p 78 et 79
- le temps du maître « le maître du Kremlin imposait sa mesure au flux du temps
et au soleil même » p 130
- le soir de Noël, le moment de l’arrestation p 130
- le temps du voyage à travers le pays p 132
- les jours russes de ma grand-mère
- la nuit où tombèrent les premières bombes p 135
- le « dernier train pour l’Est… éventré par les bombes .. qui avait respecté les
horaires d’avant-guerre
- les premiers mois de la guerre avec encore « des corps mutilés…horribles
troncs sans membres, regards aveuglés par la douleur et le désespoir…les
samovars p 144 …dont les yeux concentraient tout le désespoir du monde »
- Le temps de l’hôpital de Neuilly.. « c’était hier » pensa Charlotte
- La vie lui apparut comme une monotone suite de guerres p 142
- Un an et demi après le premier avis de décès, elle en reçut un autre…cette
double mort devenait une promesse de vie. Charlotte sans rien dire à personne,
se remettait à attendre » p 147
- Retour à « Proust » p 153 « c’était Marcel Proust » p 122
- Le temps de l’attente : Fiodor et ses « morts » successives, son retour tragique
en retenue totale
- Le passé et le souvenir…nostalgie du passé,

II/ la sortie du passé de l’Atlantide et la plongée dans le présent russe : le narrateur
grandit…

- A relier à la relation avec la grand-mère : l’enfant admiratif et fasciné devient
un rebelle qui en veut à sa grand-mère, la repousse avant de chercher à renouer
lorsqu’il cherche à la faire venir en France.
- Les souvenirs involontaires proches de la démarche proustienne (les références
sont toujours présentes dans le roman d’une manière plus ou moins explicite).« C’est pendant cet hiver que je commençais à discerner une vérité déroutante : porter
en soi ce lointain passé, laisser vivre son âme dans cette fabuleuse Atlantide, n’était pas innocent. Oui, c’était bel et bien un défi, une provocation aux yeux de ceux qui vivaient au présent » p 155
« C’est grâce à ma quête française que je pus préserver mon attentive solitude
d’adolescent ».

La sortie de la solitude

- Son amitié avec Pachka, moujik bizarre, lié aux forces de la nature p 157
« Notre statut de parias dans la société de notre classe finit par nous unir »p 158
- Le résumé du poème de Victor Hugo p162 et l’effet d’angoisse sur Pachka :
« On s’en fout du poème ! Dans la vie, on l’a tué ou pas ? » Fiction et vérité
dans la complexité de l’écriture et de la lecture…
- le miracle de la toute puissance de la parole poétique… cette histoire avait réussi
à arracher des larmes à un jeune barbare et à la pousser nu dans la neige » p
164-165

L’entrée dans l’écriture : LE STYLE
p 165 // le rôle de la langue française p.56
Les mots ont un rôle salvateur pour Charlotte, (et sa mère Albertine), pour le narrateur
ce qui va culminer dans la dernière partie p. 224 « Car guéri d’elle, je racontais. Je
parlais et je sentais ma guérison complète »
« C’était le jour le plus heureux de mon adolescence » p 166 // le narrateur et sa relation au temps … et à sa grand- mère

III/ Connaissance et savoir }}chap 4 noué dans le réel des émotions

- « mais c’est que Charlotte n’a plus rien à m’apprendre » p 167
- « Depuis plusieurs mois, j’éprouvais cette angoisse bizarre : celle d’avoir trop
appris… » 167 - 168
- « désormais, nous parlions pour ne rien dire » 174…Avec stupeur, je
découvris que parler était la meilleure façon de cacher l’essentiel. Alors que
pour le dire…. p 174- 175
- « l’indicible ! Il était mystérieusement lié, je le comprenais maintenant à
l’essentiel…l’indicible était l’essentiel…Les gens parlent car ils ont peur du
silence » p 176
- le tableau de soldats âgés « ils étaient simples, humains…triomphant de la peur,
de la fatalité, de la solitude »
- la photo de cette femme en chapka p 179 : interroger Charlotte me paraissait
définitivement impossible p 180

Le désir, le rapport au charnel, au sexuel : « l’impossible rapport sexuel » Lacan
Sensualité, érotisme
- "Un obstacle absolu surgissait entre ma grand-mère et moi : le corps féminin
rêvé, convoité, possédé mille fois en pensée » p 180
- Ces trois femmes changèrent ma vue, ma vie…p 180- Une autre révélation aussi… "Etre un homme signifiait penser constamment aux femmes » p 181
La frontière du temps
- "Les trois élégantes …Picasso. Cette brève parole provoqua le miracle …OUI,
intensément, pleinement, je vivais leur temps ! …Je fermais les yeux, l’instant
était en moi » p187
- "ma mémoire à mon insu, recréa un tout autre reflet du passé »p 187
- "je ne me rendis pas compte à quel moment la frontière du temps s’était
dissipée……La magie de ce passé transfiguré m’avait à la fois exalté et
brisé…Je devenais sans doute maniaque de cette alchimie du temps » p 189

Charlotte se taisait, nous n’avions pas besoin de mots.
// le narrateur et sa relation au temps … et à sa grand- mère

Dimension de la connaissance et du savoir  : Charlotte n’a plus rien à m’apprendre ;
avoir trop appris p.167-8 // fin de l’adolescence, monde apaisé car pas de symbolisation du sexuel, et monde sans chronologie => ce qui lui manque c’est le rapport au savoir, le lien à l’autre ; Avoir appris et ne pas savoir : / sexuel // les choses dont on ne peut pas parler.. ; plus on parle, plus on cache le rapport essentiel au désir p.181 p.176 « Une partie de ma vie était derrière moi. L’enfance. » / le corps de la femme p.180. Interroger Charlotte était impossible p. 180 d’où la rupture avec la grand-mère. // mystère de la photo p.179
Lien inconscient / embarras de la grand-mère : quelque chose de sexuel… expliquerait cet embarras // lecture idéologique. Connexion subtile entre savoir et rapport au réel :
cf avec Pachka, force de la nature, être pulsionnel : ce que l’on apprend dans les livres / la réalité cf le poème d’Hugo
A rapprocher de Proust A la recherche du temps perdu
- la proximité du narrateur Marcel et de sa grand-mère
- Les souvenirs involontaires
- La madeleine : temps, souvenirs et émotions cf un extrait et article ci-dessous
site internet la philo
Extrait de la madeleine – Du côté de chez Swann – A la recherche du temps
perdu
« Quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la
destruction des choses seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus
persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des
âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans
fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. Et dès
que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me
donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé »

Marcel Proust a livré dans la Recherche du Temps Perdu de grandes analyses sur le
temps, grâce à sa théorie de la madeleine.
La Madeleine cristallise la théorie proustienne de la mémoire : Enfant, sa tante donnait à Marcel de petites madeleines trempées dans du thé. Adulte, il se rend compte que le fait de manger à nouveau une madeleine fait resurgir le contexte de son enfance.

La madeleine et la mémoire :
La madeleine est le symbole de ce passé qui surgit de manière involontaire. Proust trace ainsi les contours d’une subjectivité qui accumule des souvenirs sans s’en rendre compte (la madeleine, comme chaque acte, est vécue naïvement), une subjectivité marqué par le monde de manière passive. Si les analystes parlent de « conscience affective » pour qualifier le surgissement des souvenirs, c’est bien pour insister sur la dimension non-active et affectée du sujet : les souvenirs viennent à lui sans avoir été convoqués.
Les médias de la réminiscence sont l’odeur et la saveur, autrement dit il s’agit d’une
action sensuelle, et non d’une entreprise intellectuelle. Mais par la suite, c’est bien la
conscience qui reconstitue le fil du souvenir.
Passé et présent : La madeleine, un reflet de la subjectivité proustienne
En fait, la théorie de la madeleine dit bien plus que : certains objets ou odeurs appellent les souvenirs. Cette théorie affirme plutôt que le passé peut redevenir présent, autrement dit que le sujet peut en quelque sorte courber le temps et rompre la dichotomie passé/présent.
Proust dessine par conséquent l’image d’une subjectivité emprisonnée dans le passé,
incapable d’oublier. La conscience est rivée dans la passé et subit sa mémoire.
Le temps dominant de la condition humaine semble être est le passé chez Proust. L’homme est essentiellement nostalgie