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Louise de Vilmorin par Madame Haroche

Date : 14 janvier 2021

D’une extraordinaire vitalité et créativité, Louise de Vilmorin a des yeux qui changent de couleur en fonction des interlocuteurs. Elle a suscité admiration ou agacement. Sa conversation joue sur différents registres, alliant élégance aristocratique et gouaille populaire. Toujours entre deux amours, elle refuse d’ajuster ses désirs à la réalité. « Inconstante, je suis fidèle » dit-elle.

Dans le château familial de Verrières le Buisson, et dans l’hôtel particulier parisien du quai de la Mégisserie, où la famille de grainetiers fait fortune, Louise est élevée par gouvernantes et précepteurs. Elle perd son père tant adulé en 1917 durant la grande guerre. Souffrant d’une tuberculose osseuse à la hanche qui lui laisse une légère boiterie, elle n’est jamais allée à l’école, mais est passionnée par les contes de Perrault et se cultive en autodidacte. Elle lit, confie au papier sa tristesse, écrit des poèmes, rêvant de devenir écrivain. Elle aime se parler à elle-même.

Comme sa mère, collectionneuse d’amants, dont le roi d’Espagne Alphonse XIII, elle ressent le goût des conquêtes. Elle se fiance avec Antoine de Saint Exupéry, mais rompt rapidement, sur pression maternelle. Elle épouse un américain, Henri Leigh Hunt, dont elle aura trois filles. Mais elle s’en désintéresse, comme l’avait fait sa mère auparavant, et en perd la garde.

Elle multiplie les liaisons : André Malraux, qui lui conseille d’écrire, Gaston Gallimard et Jean Hugo. Son charme envoûte Cocteau. Max Jacob compare son premier roman à « du jus d’oranges pressé par des anges ». Coco Chanel l’habille gracieusement. Elle est reçue dans les salons de Blanche de Polignac, fille de Jeanne Lanvin. Elle écrit des poèmes pour Poulenc. Sa rupture avec Gaston Gallimard la laisse désespérée. « Au secours ! » est sa devise.

Elle propose à Louis Cartier de créer des bijoux fantaisie, écrit dans Vogue…Elle s’éprend d’un comte hongrois, Paul Palffy et l’épouse en 1938. Cette même année, les Allemands entrent dans Vienne et Louise s’inquiète pour ses quatre frères et sa sœur. Un officier allemand lui apprend que ses frères sont vivants ; il a glissé dans sa missive un trèfle à quatre feuilles qui restera l’emblème de Louise.

Elle écrit un recueil de poèmes et un roman le lit à colonnes. Après avoir quitté Palffy, elle retrouve la France et apprend le décès de son cousin Honoré d’Estienne d’Orves, héros de la seconde guerre mondiale.

Elle accueille ses amis à Verrières le Buisson, et y reçoit l’ambassadeur d’Angleterre en France, Duff Cooper et son épouse Diana, une ancienne actrice. Ils lui rendent l’invitation et Louise entame une liaison échevelée avec l’ambassadeur, sous l’œil consentant de Diana, devenue sa confidente et amie. Le mariage de son frère André lui fait prendre conscience de son propre échec conjugal.

Lanvin et Hermès lui laissent une large place dans leurs vitrines pour son œuvre. Son goût de la dépense est à l’égal de ses amours. Elle mène une vie mondaine, reçoit les artistes et écrit des récits de voyages et romans. Femme de lettres, elle reçoit la consécration littéraire en 1951 avec Madame de et Julietta. Elle est capable de passer de romans oniriques à des textes satiriques. La poésie est au cœur de ses échanges ; elle lui permet de surmonter sa vie fragmentée. Pierre Seghers lui dit « tu es surnaturelle, saturnaturelle ». Elle flirte avec le désespoir, la peur de la solitude.
Les Windsor, Léo Ferré, Jean d’Ormesson, Guy Béart… et tant d’autres, fréquentent assidument la maison de Verrières le Buisson.

Son abondante correspondance prouve qu’elle fut une grande épistolière. Les entretiens et témoignages permettent de comprendre sa détresse. Elle aimait la métaphore du château de cartes qui s’effondre comme un château de sable. Dichtung und Wahrheit (poésie et vérité) de Goethe semble être l’adage de Louise. C’est à travers la fiction de ses personnages qu’apparait la vérité sur Louise. Dans son destin tout brille, tout pique. C’est gai et mélancolique, futile et profond.