Fédération Française du Lyceum Club International

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MONASTERE de la VISITATION

Date : 19 septembre 2019

par Catherine Pollin
L’ordre de la Visitation a été fondé par François de Sales et Jeanne de Chantal le 6 juin 1610 à Annecy. C’est un nouvel ordre moins austère, plus souple ; l’humilité envers Dieu et la douceur envers le Prochain sont les bases de la vie spirituelle des moniales. Primitivement établi à Dol en Bretagne, le monastère est transféré à Caen en 1631, où les sœurs ont acquis un terrain rue Caponnière, dans le quartier Lorge, et fait construire de grands bâtiments et une église. En 1792, suite à la suppression des ordres monastiques (13 février 1790 lors de la Révolution française) les religieuses sont expulsées et le monastère transformé en caserne. En 1805 l’ordre de la Visitation est rétabli par Napoléon Ier à la demande de sa mère, Laetitia Bonaparte. En 1810 les sœurs s’installent de nouveau à Caen, acquièrent un nouveau terrain sur lequel elles font construire de nouveaux bâtiments. Après avoir fait édifier deux chapelles, les sœurs décident en 1889 de faire appel à l’architecte caennais, Edmond Hébert, pour réaliser une troisième chapelle, consacrée en octobre 1893.
La façade du portail principal de l’église actuelle s’inspire de l’architecture de l’ancienne chapelle XVIIe du quartier Lorge, détruite en 1944. Le porche central est encadré de colonnes à chapiteaux ioniques, que l’on retrouve au 2ème niveau. Au-dessus de la croisée du transept, le clocher a la forme d’un dôme.
L’église est dédiée à Léonie Martin, 3ème des filles de Louis et Zélie Martin, sœur de Sainte Thérèse, née à Alençon en juin 1863. De santé fragile et de caractère instable et irritable, elle fut longtemps le souci majeur de ses parents. En dépit de cela, Léonie déclare très jeune vouloir être religieuse, provoquant le doute de son entourage. Elle tente une première fois d’entrer au couvent mais ne peut persévérer. En juillet 1886 elle franchit la porte du monastère des Clarisses d’Alençon et le quitte quelques mois plus tard. Après ces deux échecs, Léonie franchit pour la 3ème fois le seuil du monastère de la Visitation, revêt l’habit des sœurs et devient pour toujours Sœur Françoise-Thérèse. Au monastère, elle vit dans la simplicité et l’humilité. Elle meurt en 1941, laissant aux Visitandines le souvenir d’une religieuse pleine de gaieté et d’humour qui avait vaincu les aspérités de son caractère. Depuis le début des années 60, les pèlerins viennent du monde entier prier sur sa tombe, les courriers et les demandes d’intercession auprès de Léonie sont si nombreux, que l’ouverture de sa cause de béatification est décidée par Monseigneur Jean-Claude Boulanger, évêque de Bayeux et Lisieux. Le 24 janvier 2015 l’évêque annonce l’ouverture du procès en vue de la béatification et canonisation de Léonie Martin, sœur Françoise-Thérèse. Son corps, qui reposait dans la crypte, est exhumé ; le très bon état de conservation du corps, comme momifié, est si surprenant que des examens médicaux sont faits pour essayer de trouver une explication.
Après la crypte nous pénétrons dans la chapelle. Elle abrite, depuis 2017, le tombeau de sœur Françoise-Thérèse, une chasse en verre où repose le corps de Léonie revêtue de son habit de Visitandine. Notre guide nous fait remarquer le joli chemin de croix à quinze stations, ce qui est une particularité, la XVème station représente la Résurrection. Au fond nous pouvons admirer un magnifique retable entouré de colonnes en marbre noir, mais aussi des vitraux aux couleurs chatoyantes : l’un représente Saint François de Sales, fondateur de la Visitation et Sainte Jeanne de Chantal agenouillée devant lui ; le très joli plissé et les fines dentelles du vêtement de Saint François sont remarquables. Les sujets représentés sur les vitraux sont variés : la bataille de 1870, la peste de Marseille, Jean Eudes…
Nous entrons ensuite dans l’oratoire des Visitandines où est accroché un grand tableau de Pierre Mignard (1612- 1695) représentant la Visitation : Marie vient annoncer à Elisabeth qu’elle est enceinte, on reconnait, derrière Elisabeth, son mari Zacharie.
Puis nous commençons notre promenade dans l’ancien Bourg L’abbé. Il dépendait de l’abbaye aux Hommes et occupait approximativement le quart nord-ouest de l’actuelle ville de Caen. Y vivaient beaucoup d’artisans, de tailleurs, drapiers, tanneurs, pelletiers et forgerons. Nous découvrons d’abord une cour située au 46 rue Caponnière, datée de 1553. Au fond de la cour, une tête de mort formant médaillon figure sur le pignon de la maison ; on remarque aussi au premier étage une pierre sculptée, figurant des tibias ou fémurs en sautoir et cartouches, et la légende "hoc est speculum hominis". Puis nous passons sous un autre porche et découvrons la belle cour pavée et arborée de Thierry Verdrel, entourée de maisons du XVIIème siècle. Dans la cour du 17 rue Caponnière, on peut admirer une maison du XVIIème siècle avec une aile à pans de bois et une tour à encorbellement. Au fond de la cour, porte du XVIIème au fronton chargé d’un écusson représentant un oiseau sur une branche. Peut-être une bergère est-elle encensée ici ? On sait que les premiers habitants de Bourg L’Abbé étaient des artisans mais aussi des prayers de moines, c’est à dire des agents chargés de l’exploitation des prés des trois communes avoisinantes : Louvigny, Venoix et Caen. Nous rejoignons la place de l’Ancienne Boucherie : une boucherie y fut construite vers 1685, aux frais de l’abbé de Saint Etienne ; c’était une halle d’environ trente mètres de long, dont la toiture en tuiles était soutenue par onze piliers en maçonnerie. Pour avoir le droit de vendre à la halle, il fallait être reçu maître ; pour y parvenir on devait présenter une requête au procureur fiscal et faire un chef d’œuvre devant les gardes du métier de boucher. La visite se termine sur cette place où nous pénétrons dans une étroite et longue cour abritant des bâtiments à pans de bois et soubassements en pierre. Avant de nous séparer, nous avons le plaisir de boire dans ce beau décor, les jus de fruits qui nous sont gentiment offerts. M.C.S