Fédération Française du Lyceum Club International

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MUSEE des BEAUX-ARTS de CAEN

Date : 9 mars 2017

Exposition "Résonance - Marc Desgranchamps",
Marc Desgrandchamps, né à Sallanches (Haute Savoie) en 1960, vit et travaille aujourd’hui à Lyon. Il a beaucoup exposé en France et à l’étranger, en Allemagne, à New York, à Shanghai par exemple. Il a accepté l’invitation du musée des Beaux Arts de Caen et nous présente un ensemble d’œuvres récentes, réalisées pour la plupart en 2016. Il travaille avec des ensembles visuels très variés : dessins, coupures de journaux, photos, reproductions de tableaux et explique :
"la plupart des peintures sont réalisées à partir de sources diverses et cela s’improvise en cours de travail, rien n’est déterminé à l’avance (....), le hasard et la matière ont ainsi leurs humeurs ."
Nous commençons la visite par un polyptyque Sans Titre 2007, œuvre magistrale conservée au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Il n’y a pas d’histoire suivie sur ce tétraptyque (tableau en cinq parties), ce sont des séquences sans lien total entre elles. Par le jeu des transparences et des coulures de peinture, par l’apparition d’objets ou d’animaux inattendus (parapente et dinosaures), l’imprécision des scènes évoquées transforme ce qui pourrait être une représentation exacte en un ensemble fantasmatique. Le tableau devient un lieu de rencontre entre ce qui relève aussi bien du réel et de l’observation que de l’imaginaire et de l’onirique.
Puis notre conférencière s’arrête devant deux tableaux de 2016, un grand diptyque et un plus petit. Sur le premier, deux silhouettes féminines, très gracieuses, marchent pieds nus sur une plage à marée basse ; mer et ciel sont d’un bleu intense. La scène serait on ne peut plus réelle si les traits ne manquaient pas aux visages et si des taches noires et un réverbère n’apparaissaient pas sur la toile. Sur la partie gauche du diptyque marche une femme brune aux cheveux longs, elle tient dans sa main une forme sombre : un crabe ? Une tête humaine ? Le peintre explique :
"Ce tableau est inspiré par la Judith et l’Holopherne de Véronèse, la jeune pêcheuse est une potentielle Judith, elle tient un crabe ou autre chose mais cela pourrait être une tête humaine. Il y a une ambiguïté qui peut glisser vers l’horreur ou la barbarie dans la banalité d’une scène de vacances."
La même jeune femme est peinte sur le petit diptyque et, dissimulée derrière des troncs d’arbres noirs inquiétants, une servante inspirée par celle de Véronèse, tenant le sac caractéristique de son rôle.
Un autre tableau a retenu l’attention de l’artiste au musée des Beaux-Arts de Caen, celui du peintre de l’école hollandaise Willem Schellinks, Paysage avec le mont Stromboli. A la fin de l’année 2016, en prévision de son exposition au musée de Caen, (dont le projet était qu’il travaille en résonance avec deux peintures anciennes du musée), Marc Desgrandchamps a réalisé plusieurs tableaux dans lesquels se retrouvent l’image du Stromboli crachant une large fumée et celle de petites constructions cubiques au pied de la montagne rappelant le temple de Schellinks. Notre regard est attiré par des figures de femmes, en maillot de bain se dressant sur toute la hauteur et rivalisant, en quelque sorte, avec la masse du Stromboli, ou à genoux dans une attitude de prière. L’artiste a choisi une palette de bleus nuancés et de gris qui ressortent particulièrement sur la blancheur des murs. Ces corps de femmes, certes doués d’une certaine solidité, appartiennent cependant au monde des simulacres car le peintre ne dessine pas les traits de leur visage, il laisse les silhouettes inachevées (on note parfois même l’absence d’un pied), il esquisse les contours d’un voile blanc enveloppant légèrement le corps, comme si ces figures étaient de furtives apparitions.
Les autres peintures exposées témoignent de la diversité des sources d’inspiration : un homme de dos en short, peut-être vu ou glané sur une photographie, une femme en robe bustier noire qui tire à l’arc comme Diane chasseresse dans un décor désertique et austère, un Héraclès archer, inspiré d’une reproduction du temple d’Athéna à Egine, un cheval noir planté dans la cour intérieure d’une villa méditerranéenne.
L’antique et le contemporain peuvent d’ailleurs cohabiter ; un dyptique rassemble deux figures issues de mondes différents : une amazone sculptée dans la pierre à droite et à gauche une jeune fille d’aujourd’hui en tenue estivale.
Face aux œuvres de Marc Desgrandchamps, le spectateur est placé devant sa propre capacité à imaginer, aucun sens ne lui est donné, il doit construire lui-même son interprétation à partir des fragments proposés par l’artiste. Nous restons longtemps devant ces œuvres énigmatiques, sources d’échanges et de rêverie… M.S.