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Madame ELISABETH, sœur de Louis XVI

Date : 18 octobre 2018

Conférence de Bernard Legrand, le 18 octobre 2018, sur l’histoire émouvante d’une vie brisée par la Révolution française.
Elisabeth est née le 3 mai 1764 au château de Versailles. Alors qu’elle est encore bébé son père, le Dauphin Louis-Ferdinand, meurt de la tuberculose en décembre 1765, et sa mère Marie-Joseph de Saxe le suit deux ans plus tard dans la tombe. Le couple laisse cinq enfants survivants dont l’aîné, Louis Auguste Duc de Berry, sera couronné roi et deviendra Louis XVI. Confiée avec sa sœur Clothilde, de six ans son aînée, aux soins de la Comtesse de Marsan, Elisabeth reçoit une excellente éducation ; c’est une petite fille difficile et rebelle, contrairement à sa sœur plus docile et disciplinée. A la mort de Louis XV, le 10 mai 1774, Louis Auguste âgé de 19 ans devient roi, l’éducation d’Elisabeth est confiée à la baronne de Mackau dont la fille, Marie- Angélique, devient l’amie de cœur d’Elisabeth, puis sa dame de compagnie en 1778. Elles entretiendront une correspondance régulière. Elevée dans le respect des principes de la morale chrétienne, Elisabeth a un professeur d’instruction religieuse, va régulièrement à la messe et se confesse. Elle étudie la philosophie, montre de réelles dispositions pour le dessin (le musée de Versailles conserve quelques-unes de ses œuvres), lit beaucoup, apprend à jouer de la harpe mais chante faux. Elle se passionne surtout pour les sciences et les mathématiques ; elle est brillante et, sous l’égide de son professeur, met au point une table préparatoire à l’étude des logarithmes. En 1775, très attristée par le départ pour Turin de sa sœur Clothilde qui épouse Charles-Emmanuel de Savoie, elle se rapproche de sa belle-sœur Marie-Antoinette, avec laquelle elle monte des pièces de théâtre. Vers quinze ans, elle est devenue une jolie jeune fille, gaie, aimable, spontanée, qui aime marcher et participer aux chasses à courre car elle est excellente cavalière. On songe alors à la marier au frère de Marie- Antoinette, l’empereur Joseph II d’Autriche, de 23 ans son aîné ! Elle supplie et obtient du Roi, son frère, la permission de rester à Versailles. En 1783 Louis XVI lui offre le domaine de Montreuil, situé dans le village de ce nom non loin du château. Bien que non autorisée à y dormir avant sa majorité (25 ans), elle s’y rend chaque jour à cheval et s’adonne aux joies de la campagne ; très généreuse, elle distribue aux indigents le lait, les œufs et les légumes de sa propriété, rend visite aux malades, en compagnie d’un médecin, ce qui lui vaut le surnom de "Bonne Dame de Montreuil". Son monde s’effondre peu après son 25ème anniversaire : Le 5 mai 1789 se tiennent les Etats Généraux. En juin 1789 les députés du Tiers Etat prennent le nom d’Assemblée Nationale et jurent de ne se séparer que lorsqu’ ils auront donné une Constitution à la France : c’est le serment du Jeu de Paume. Le 9 juillet l’Assemblée Constituante est proclamée. Après la prise de la Bastille, le 14 juillet, de nombreux nobles, dont le Comte d’Artois frère du roi, quittent la France. Elisabeth refuse de partir avec lui, elle veut rester auprès de Louis XVI. Le 6 octobre 1789 une foule haineuse envahit le château, exigeant que la famille royale quitte Versailles et s’installe à Paris aux Tuileries, palais à l’abandon depuis trois décennies. On est bien loin de la vie luxueuse de Versailles, la famille royale est désormais prisonnière du peuple parisien. Elisabeth prend conscience du manque de fermeté du roi, elle s’oppose à la monarchie constitutionnelle et à la constitution civile du clergé et correspond régulièrement avec le Comte d’Artois qu’elle engage à intervenir auprès des souverains d’Europe afin qu’ils apportent leur aide à leur frère ; "Louis XVI est si faible qu’il signerait sa propre condamnation, si on l’exigeait de lui" écrit-elle. Le 20 juin 1791 Elisabeth accompagne la famille royale dans sa fuite ; ils sont reconnus à Varennes, arrêtés et ramenés à Paris sous l’escorte d’une foule hostile. Le 20 juin 1792, le peuple de Paris force les portes du palais des Tuileries pour contraindre Louis XVI à suspendre son véto sur le décret ordonnant la déportation des prêtres réfractaires. Là encore Elisabeth est aux côtés du roi, faisant courageusement face à la foule déchaînée qui se méprend sur son identité et crie : "à mort l’Autrichienne !". Le 21 septembre 1792, la monarchie est abolie par l’Assemblée Législative qui décrète que Louis Capet, son épouse, leurs enfants et Elisabeth seront détenus jusqu’à nouvel ordre à la prison du Temple. Dans ces moments difficiles Elisabeth sait dissimuler ses angoisses et soutenir moralement la famille royale, elle donne des cours de mathématiques au Dauphin, initie sa nièce à des travaux de couture. Minée par des nuits sans sommeil depuis les massacres d’août et septembre 1792, elle se dégrade physiquement ; un chirurgien du Comte d’Artois, qui lui rend visite à l’époque du procès de Louis XVI, dit qu’elle est devenue "méconnaissable » et la marquise Angélique de Bombelles, son amie de cœur, écrit dans une lettre datée du 22 avril 1793 : "J’ai eu comme vous les mêmes informations sur notre malheureuse princesse, sa maigreur est, dit-on, effrayante, mais la religion la soutient et elle est l’ange consolateur de la reine et de ses enfants … ". Le 21 janvier 1793 le roi est guillotiné, le 16 octobre, la reine l’est à son tour après que son fils Louis–Charles lui ait été arraché pour être confié au couple Simon. Désormais Elisabeth partage sa cellule avec sa nièce Marie-Thérèse, sur laquelle elle veille, lui inculquant les valeurs chrétiennes auxquelles elle est attachée. Le 9 mai 1794 on l’emmène à son tour à la Conciergerie pour la juger, son crime est d’être la sœur du tyran Capet ! En écoutant la sentence de mort, elle reste digne. Le lendemain elle est conduite en charrette place de la Révolution, avec 24 autres condamnés qu’elle réconforte. Sur son passage le peuple ne l’insulte pas et admire cette femme qui gravit, la dernière, les marches de l’échafaud. Tous les mémoires de l’époque s’accordent à dire qu’à l’instant où elle reçut le coup fatal une odeur de rose se répandit sur la place …
Alors qu’elle aurait pu quitter la France, Madame Elisabeth choisit de rester auprès des siens, de partager jusqu’au bout les malheurs de la famille royale. Sa foi profonde, son abandon à Dieu (citons un extrait de l’une de ses prières : "que m’arrivera t-il aujourd’hui … rien que vous n’ayez prévu de toute éternité, je m’y soumets …") lui donnent une grande force pour supporter toutes les épreuves et réconforter les siens. La vie de cette jeune femme intelligente et pieuse, morte à 30 ans en ayant tout sacrifié pour sa famille, force le respect et l’admiration.
En novembre 2017 l’Assemblée plénière des évêques de France a donné son accord pour l’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de Madame Elisabeth de France. M.S.