Fédération Française du Lyceum Club International

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Marie-Thérèse d’AUTRICHE

Date : 11 juin 2015

Lorsqu’on parle de la Reine Marie-Thérèse, le commentaire qui vient tout de suite à l’esprit est : “La pauvre !”.
Pourquoi ? Parce qu’il n’y eut pas de reine plus cocufiée qu’elle (à part, peut-être, sa propre mère Isabelle, sœur de Louis XIII). Mais aussi par le portrait que l’on fit d’elle (notamment Saint-Simon) au cours des siècles : bigote, sotte, lourde et d’un physique peu avantageux.
Notre conférencière, brillante historienne, a fait un travail d’archiviste pour une recherche plus approfondie sur cette Reine qui lui paraissait être un personnage moins falot que l’image qui en avait été donnée.
Elle est née à Madrid le 10 septembre 1638 et, à 8 ans, est la seule survivante de la fratrie de 8 enfants ! Son éducation a été étroite, rigide, théologique et profondément catholique.
A cette époque la France et l’Espagne sont en guerre depuis1635. Toutefois, Marie-Thérèse a l’intime conviction qu’elle épousera Louis XIV, le seul Roi “digne d’elle” ! Car elle a une haute estime de son “rang”. Les familles royales pratiquent les mariages consanguins afin de protéger la pureté de leur sang…
Louis XIV et elle sont cousins germains à double titre puisque Louis XIII (père de Louis XIV) est le frère d’Elisabeth de France (devenue Isabelle d’Espagne après son mariage avec Philippe IV) et qu’Anne d’Autriche (mère de Louis XIV) est la sœur de Philippe IV d’Espagne. Ils ont donc les mêmes grands-parents mais pas de ressemblance physique : elle est une Habsbourg, blonde aux yeux bleus, lui, Béarnais brun aux yeux noirs.
Toute son éducation à la Cour d’Espagne lui a été prodiguée dans la perspective de la succession de son père. Il est aimant et pense qu’elle sera Reine d’Espagne à sa mort. Mais il se remariera avec l’ancienne fiancée de son dernier fils et aura cinq enfants dont deux seulement survivront et c’est donc l’un d’eux qui lui succèdera..
Lorsque Marie-Thérèse et Louis seront mis en présence (l’entrevue et le mariage aura lieu à Saint-Jean de Luz) sans parler de “coup de foudre” on peut dire que l’attirance de l’un pour l’autre est avérée, même si cette union est d’abord très politique (la France tient tête à l’Espagne depuis de longues années et, de son côté, n’est pas mécontente de desserrer l’étreinte ibérique)
Pour Marie-Thérèse, c’est une vie de bonheur qui s’ouvre devant elle : elle a un mari aimant et la cour du Roi de France et beaucoup moins austère et rigide que celle d’Espagne. Cependant, elle parle mal le français, même si elle le comprend assez bien et elle semble s’isoler à la Cour, entourée de ses servantes espagnoles et de ses naines, mangeant des oranges et du chocolat. Denrées qui sont inconnues en France (bien qu’Anne d’Autriche les ait amenés d’Espagne avec elle) et qu’elle introduira à la Cour du Roi.
Mais l’apparition de Louise de La Vallière puis de Françoise-Athénaïs de Montespan vient troubler ce bonheur ! Elle vit très mal cette trahison car elles étaient très liées, elle et Mme de Montespan, puisque cette dernière fait partie de la “Maison de la Reine”.
Le Roi s’excuse auprès d’elle de ses incartades, mais il a hérité de l’appétit sexuel débridé de ses ancêtres et il ne sait pas résister… Cependant il ne se passera pas une nuit, lorsqu’il est à Versailles, Paris ou Fontainebleau, sans qu’il aille la retrouver dans ses appartements. Elle lui donnera 6 enfants en 10 ans dont 9 mourront en bas âge. Elle en éprouvera un très grand chagrin que, seule, sa foi lui permettra de supporter.
Bien entendu, elle soufre de ces trahisons d’autant qu’elle ne comprend pas qu’on puisse “s’allier” avec quelqu’un d’un rang inférieur !
A la mort d’Anne d’Autriche, sa belle-mère, elle perd une alliée de poids qui la soutenait moralement et n’hésitait pas à faire la morale à son fils (qui reconnaissait ses torts, mais ne pouvait renoncer à sa vie de “débauche”).
Marie-Thérèse a reçu une éducation de future régnante et elle épaule son mari dans son métier de Roi. Et il a entière confiance en elle. A tel titre qu’il la nommera Régente lorsqu’il partira guerroyer à l’étranger, tâche dont elle s’acquittera remarquablement bien.
Elle incarne auprès du Roi, mais aussi de son peuple, la piété qui rachète les fautes du Roi : si Dieu ne punit pas le Royaume c’est grâce à elle. Elle est soutenue par son confesseur qui n’est autre que Bossuet.
Malgré ses origines espagnoles, Marie-Thérèse a été d’une loyauté sans faille vis-à-vis de la France et elle a toujours soutenu son mari. A sa mort, le 30 juillet 1683, Louis XIV avouera que c’est la première fois qu’elle lui procure du chagrin ! C.G.