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Mary CASSATT - Une IMRESSIONNISTE AMERICAINE à PARIS

Date : 18 avril 2018

Musée Jacquemart-André, à Paris
Mary Stevenson Cassatt est née en 1844 en Pennsylvanie, dans une famille de la grande bourgeoisie américaine issue d’émigrants français huguenots. Après soixante années passées en France, elle est morte en 1926 dans son château de Beaufresne, au Menil Théribus (Orne), considérée de son vivant comme la plus grande artiste américaine. Toujours très appréciée aux Etats-Unis elle est pratiquement oubliée en France.
Grâce au Dr. Nancy Mowll Matthews, spécialiste de con œuvre, et à des prêts prestigieux provenant de collections privées et de grands musées américains, français ou européens, la rétrospective du MJA met à l’honneur la seule artiste américaine à avoir exposé à Paris avec le groupe des Impressionnistes. Quatre années d’enfance passées en France et en Allemagne pour des raisons familiales lui permettent d’en parler les langues et de fréquenter les musées avec sa mère ; attirée par la peinture elle commence une formation à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts of Philadelphia. En mai 1865, dès la fin du blocus naval provoqué par la Guerre de Sécession et contre l’avis de son père (fondateur de la société d’investissement Cassatt & C°) elle vient parfaire ses connaissances à Paris, chez Jean-Léon Gérôme, Paul Soyer, Charles Chaplin, Thomas Couture. Elle côtoie les peintres de Barbizon, copie au Louvre près d’Edouard et Eugène Manet, Fantin-Latour ou Félix Braquemond, dont la découverte des œuvres l’inspire et, en 1868, sa Joueuse de Mandoline est acceptée au Salon français. Ce succès la fait connaître dans son pays, où elle retourne lors de la guerre de 70. Dès 1871, munie d’une commande de l’évêque de Pittsburgh pour deux copies du Corrège, elle étudie ses couleurs raffinées à Parme, se forme à la gravure à Rome auprès de Carlo Raimondi, découvre Madrid, Séville et l’éclat de la couleur de Rubens puis Anvers et les Pays-Bas. Elle rentre à Paris, où sa sœur Lydia, folle de mode et très élégante, devient son premier modèle : Le Balcon est accepté au Salon de 1871. Enthousiaste devant les tons clairs et les thèmes des Impressionnistes, prisée au Salon pour Pendant le Carnaval (1872), La visiteuse, La tasse de thé, La Musique par exemple, elle est pourtant refusée pour un portrait de Lydia au fond trop clair, hors conventions (accepté l’année suivante, fond foncé). En 1874, excellant dans l’art de représenter sa famille ou ses amis dans leur cadre et occupations habituelles, son portrait de Mme Cortier attire les louanges de Degas, qu’elle admire et, en 1875, décide de s’établir définitivement à Paris. Elle s’y lie à la jeune américaine Louisine Elder de passage (future épouse du futur "Roi du sucre" Henri Havemeyer) et accepte en 1877 l’invitation de Degas à se joindre au groupe des "Indépendants" (premier nom des Impressionnistes), même si le paysage l’intéresse peu et si, justement, elle est trop indépendante pour se sentir totalement des leurs. Degas rentre d’un voyage à la Nouvelle-Orléans et à New York, la famille de sa mère et ses belles-sœurs sont américaines, maître et élève vont former jusqu’à l’Affaire Dreyfus un couple d’amis inséparable, aux nombreux points communs. Berthe Morisot devient son amie. Le fait que Mary expose à la 4e exposition des Impressionnistes en 1879 la "lance" aux Etats Unis, le marchand Paul Durand-Ruel commence à acquérir ses œuvres et la critique lui est plutôt favorable, comme à Degas. Avec lui et Pissarro elle travaille à un projet de revue de gravures originales : Le Jour et la Nuit., même si la présence permanente de ses parents et de sa sœur, les fréquentes visites des familles de ses frères, freinent son travail acharné de graveur pour cette revue qui, finalement, ne paraîtra pas. La recherche est son plaisir ; avec audace elle expérimente des techniques nouvelles de pastel et surtout de gravure, pour lesquelles elle se lance des défis d’artiste et de féministe dans l’âme. Elle participe à la 5e exposition impressionniste de 1880, à celle de 1881 mais, après la mort de sa sœur qui la laisse désemparée et celle de Manet qui l’ébranle, elle suit Degas qui refuse de figurer à la 7e, expose à la 8e.
En 1887 la famille quitte Pigalle pour le 10 de la rue Marignan, où un atelier indépendant pour peindre et graver l’attend. Après la visite de l’énorme exposition d’estampes japonaises du marchand d’art asiatique Siegfrid Bing en 1890 avec Degas et Berthe Morisot, elle passe plus encore à la modernité, conquise par le japonisme qu’elle ne cessera jamais d’apprécier avec ses aplats de couleur, sa simplicité des lignes, ses formats et cadrages très particuliers. Alors qu’avec Pissarro elle participe avec succès aux expositions de la nouvelle Société des Peintres Graveurs Français en 1889 et 1890 chez Durand Ruel, ils n’y sont pas conviés en 1993 car non natifs de France. Furieuse, elle impose alors au galeriste de lui organiser sa première exposition monographique dans une salle adjacente (10 gravures en couleurs, 2 huiles et 2 pastels), c’est un succès. La même année, elle participe au décor du "Pavillon de la Femme", entièrement réalisé et décoré par des femmes américaines pour l’Exposition Universelle de Chicago en 1893 : Pour le hall d’entrée elle réalise un décor mural de 18 mètres sur 3,5 mètres, "La Femme Moderne", placé face à celui de Mary Fairchild Mac Monnies "La Femme Primitive". L’accueil est mitigé et l’œuvre perdue après l’exposition, mais sa réussite professionnelle avec ses tableaux de chevalet lui permet d’acheter le Château de Beaufresne l’année suivante.
En 1895 sa première exposition individuelle à New York, organisée par Paul Durand-Ruel, est un énorme succès.
Convaincue de la justesse de son style sans équivalent, à double identité française et américaine, à partir de 1898, artiste et conseiller artistique, elle ne va plus cesser de naviguer entre l’Europe et l’Amérique où ses amis, ses relations et ses frères, dont Alexandre Cassatt, Président très en vue de la Cie Pennsylvania Railroad, réunissent un grand nombre d’œuvres choisies par elle. Cette dualité culturelle lui permet de donner une interprétation moderniste au grand thème traditionnel qui l’obsède, celui de la mère et de l’enfant. On l’appelle alors "le Peintre de la Madone Moderne", elle qui n’est pas mère mais portraiture sans cesse ses sept neveux et les enfants d’amis. Lors du voyage de 1901 en Italie et Espagne, elle conseille les Havemeyer pour la mise sur pied de leur collection d’art dont la majeure partie est aujourd’hui conservée au MET de New York ; elle le fait aussi pour d’autres américains dont le banquier James Stillman, qui acquiert une grande partie de ses œuvres en 1912. Vollard l’expose puis Bernheim-jeune mais les deuils s’enchaînent, elle déprime malgré sa première biographie par Achille Segard en 1913, et doit peu à peu cesser de peindre à partir de 1914 car une double cataracte menace ses yeux. Féministe, elle aide son amie Louisine Havemeyer à organiser une grande exposition de peinture au profit des suffragettes, ne l’étant pas elle-même. On lui reproche d’avoir provoqué le départ vers l’Amérique d’une grande partie de la collection de Degas, mort en 1917, alors que ces collectionneurs donneront beaucoup aux musées. Son caractère s’aigrit mais elle reçoit et conseille encore les jeunes artistes américains de passage au château de Beaufresne, où elle meurt à 83 ans en 1926. Sept expositions posthumes seront organisées à Paris et aux Etats-Unis. B.F.