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Montagne et paysage au musée de Grenoble

Date : 26 mars 2019


C’est par ces quelques mots* que nous accueille Vincent, notre guide, pour la visite de cette l’exposition.

Élevée au rang d’art sous la période Edo (1603-1868), l’estampe japonaise désigne alors une école de dessin aux esthétiques inédites, repérée sous le terme ukiyo-e, "image de la vie telle qu’elle se passe sous nos yeux", et une technique d’impression d’images colorées : la xylographie ou gravure sur bois. La production de ces planches répondant alors à une demande commerciale, était alors tout entière consacrée au théâtre Kabuki, sumos, figures de courtisanes ou de geishas, mais encore faune et flore.

Au tournant du XVIII éme siècle, deux artistes, Hokusai et Hiroshige, développent alors l’estampe de paysage en renouvelant les thèmes traditionnels et le style graphique. Partant de l’observation de la nature, ils en expriment la permanence et l’éternel recommencement, en même temps que le caractère fragile et éphémère, esquissant ainsi les phénomènes climatiques et les impressions fugitives d’un monde flottant (ukiyo), Le Japon est alors animé d’une véritable passion pour la nature et la diversité des paysages : rivières, lacs, cerisiers en fleurs mais aussi la montagne avec le mont Fuji, partie intégrante de l’âme japonaise. La calligraphie ornementale et les sceaux signent les auteurs des travaux.
L’Europe découvre ces estampes de paysages quelques décennies plus tard vers 1860.

Hokusai incarne la spiritualité et l’âme japonaise. Il réalise une synthèse entre son acquis oriental et l’assimilation des influences occidentales (la perspective, le bleu de Prusse) pour composer des paysages d’une grande beauté. Estampes inspirantes pour les impressionnistes européens qui trouvèrent dans ce génie japonais une source d’inspiration féconde.

Les plus célèbres séries de gravures de paysage de Hokusai "les trente six vues du mont Fuji seront produites dans les années 1830.
Le coup de vent dans les rizières d’Ejiri dans la province de Suruga :
Sept personnages tentent de résister à la tempête. Plusieurs éléments représentent la force du vent.
On montre peu les visages. Les vêtements montrent le rang social et l’importance des personnages.
Contemplation du coucher de soleil sur le pont Ryôgoku depuis la digue d’Onmaya La composition de l’estampe joue sur les deux courbes inversées de l’embarcation et du pont. Permanence du paysage et présence du mont Fuji, toujours le même et toujours différent.
Hiroshige :
Durant ses années d’apprentissage, Hiroshige s’intéresse surtout à l’estampe de personnages : portraits de courtisanes, d’acteurs et de guerriers...
A partir des années 1830, il va se lancer dans des séries de paysages consacrées aux grandes routes du Japon. Observateur enthousiaste de la nature, il cherche à en saisir les impressions instantanées et changeantes.

Série Cinquante- trois relais du Tôkaidô sur la route reliant Edo capital du shogun à Kyôto capitale impériale.

Hakone .Vue du lac
Cette étape est considérée comme l’une des plus difficiles de la route du Tokaidô en raison de la topographie du terrain. Hiroshige utilise une palette dynamique de couleurs pour représenter la pente abrupte de la montagne qui "tombe" dans le lac Ashi.

Estampes mitate et paysage : les images du monde flottant

Le terme mitate signifie littéralement : instituer ou établir par le regard. Il peut se traduire par les mots "comparaison", "allusion parodique" ou "mot à double entente". C’est le principe de l’allusion, la comparaison.

On y trouve plusieurs dimensions :
•Des codes de représentation
Cerisiers en fleurs à Goten-yama (Keisai Eisen)
Une façon de présenter le parallèle entre femme et paysage
•Une dimension ludique et culturelle
Hakone : l’acteur Nakamura Shikan IV
jouant le samouraÏ Kô no Moronao
(Hiroshige)
Cette pièce, l’une des plus populaires
du Japon, raconte la légende des 47 rônins (guerriers)
• Une imagerie commerciale
Le restaurant Musashiya à Mukôjima
Série : "Un guide des beautés et des restaurants".

Ce genre permet de réunir les différents champs de l’univers du monde flottant. Elle permet la mise en relation du portrait (jolie femme, acteur de théâtre kabuki) avec un paysage connu et reconnu du pays du Soleil Levant. Deux artistes : un de paysage, un de personnage. Les dessinateurs multiplient les références cachées dans le dessin. C’est au public de comprendre la relation entre la personne et le paysage.

Une très belle exposition qui, en une centaine d’oeuvres, invite à pénétrer l’âme nippone dans ses visions et ses représentations de la nature et des paysages.

* Bienvenue au musée
26. 03. 2019- F.L.