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PATRIMOINE RELIGIEUX REGIONAL

Date : 29 septembre 2016

De bon matin, l’église St Martin, de Ver/mer, nous accueille.
Elle dresse à 40 m son fier et exceptionnel clocher du XIe à toit en bâtière et isolé de la nef, fait rare dans la région mais qui se rencontre en Moselle. Sa porte était située en hauteur (murée aujourd’hui) et son seuil porte des traces d’usure provoqués par les montants de l’échelle qui permettait d’y accéder ; mesure de protection de ces clochers utilisés pour signaler les dangers venus de la mer ou de la terre, dont l’usage n’était pas seulement religieux.
Le chœur, agrandi au début du XIVe, est orné d’une Charité de St Martin de Tours, relief en calcaire très repeint représentant le jeune soldat à cheval, tranchant la doublure (qui lui appartient) de son manteau de légionnaire (qui appartient à l’armée) pour l’offrir à un pauvre homme transi de froid. La sculpture provient de l’ancien portail d’entrée déposé lors de l’agrandissement de la nef au XIXe siècle. Le style des vêtements, de l’époque de Charles VII, la fait dater du XVe siècle ; ce serait un des plus anciens reliefs de ce thème subsistant aujourd’hui. Un petit personnage figure le donateur. Martin est mort en 397.
La nef romane a été restaurée et modifiée au XIXe siècle par Edouard Lair de Beauvais (né à Evrecy, mort à Bayeux en 1851) puis par Victor Ruprich-Robert ; suppléant de Viollet-le-Duc, il intervint souvent sur les chantiers de la région.
Selon la Légende Dorée “Vers l’an 490 fleurirent deux frères utérins, saints Médard et Gildard (ou Godard), qui naquirent le même jour, moururent le même jour et furent béatifiés le même jour…” (extrait d’un hymne composé par le roi Chilpéric Ier en 575).
Saint Médard (mort en 545), était évêque comme Saint Martin ; comme lui, il donna à un pauvre (le cheval de son père puis ses propres habits). Très populaire, Saint Patron des prisonniers et des malades mentaux, il était invoqué contre les maux de dents et de tête, et était le “saint pluvieux” des viticulteurs et des agriculteurs car un aigle l’aurait protégé de la pluie lorsqu’il était enfant. Saint Gildard était Archevêque de Rouen et ils assistèrent Rémi de Reims lors du baptême de Clovis en 496.
Placée sous leur patronage l’église Saint-Médard-Saint Gildard de Crépon date de la 2ème moitié du XIIe et du XIVe siècle. Son clocher tour de guet est construit sur la croisée du transept, massif, muni d’une échauguette et d’un toit en bâtière ; il surmonte un splendide autel de chêne, de l’époque Louis XV comme les remarquables boiseries du chœur sur lesquelles un grand tableau du crucifiement de Jésus-Christ pourrait être du Père Eustache Restout, peintre et prémontré mort à Juaye-Mondaye en 1743. Dans la sacristie, le chapier aux tiroirs semi-circulaires emplis d’ornements ecclésiastiques aux lourdes broderies (attention aux souris !) tourne toujours sur son pivot central. La nef à bas-côtés, en partie romane, possède dans la chapelle Nord du transept un rare retable de pierre XVIIe, à colonnes torses et portes latérales joliment ouvragées.
Sans traîner nous gagnons le petit village de Meuvaines, très prospère jusqu’à l’ensablement de son port au XVIIe siècle.
Près du lavoir du XVIIIe au toit d’ardoise ajouté au XIXe, l’église Saint Manvieu (fin XIe-début XIIe) présente une façade ouest originale : son portail, flanqué de deux arcatures aveugles qui font présager des nefs latérales qui n’existent pas, est surmonté d’une rangée de 5 arcatures rares en Normandie mais fréquentes en Angoumois ou Saintonge ; deux d’entre elles abritent les statues romanes des Saints Patrons de l’église : St Pierre à gauche, St Manvieu, êvêque de Bayeux au Ve siècle, à droite.
Au nord, l’appareil en arête-de-poisson, ou opus spicatum, du mur de la nef encadre une porte murée comme presque toutes les ouvertures latérales de cette époque. Sur son linteau, une Cène sculptée à la même époque est unique dans la région. Jésus y figure plus grand que les 12 apôtres.
A l’intérieur, le Maître-autel est inclus dans une vaste composition architecturale en pierre calcaire dont la polychromie d’origine a été restaurée ; édifiée de 1731 à 1741 elle est typique des goûts du XVIIIe et l’importance de ses colonnes en augmente l’effet de profondeur. Une Résurrection du Christ surmonte l’autel, copie inversée d’une toile des Carrache. Plusieurs autres tableaux semblent d’importance mais il nous faut vite filer vers le village d’Asnelles, où des nourritures moins spirituelles mais tout aussi délicieuses nous attendent. B.F