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PROMENADE dans l’OEUVRE de FOUJITA

Date : 24 mai 2018

Léonard-Tsuguharu Foujita, (Tokyo1886-Zurich1968) peintre des Années Folles, exposée à Paris, au Musée Jacquemart-André

En 1913 Tsuguharu Foujita, obsédé par la France depuis son plus jeune âge, débarque pour trois ans à Paris, ville de la Modernité dans un pays de liberté ; il veut y parachever l’instruction reçue à l’Ecole des Beaux Arts de Tokyo. Sa carrière s’annonce prometteuse car, "fou de dessin" comme son idole Hokusai, il maitrise parfaitement l’art japonais, ses conventions et son encre sumi d’un noir intense qui donne des aplats brillants et très denses peu utilisés par les occidentaux (Manet).
Ambitionnant de devenir le meilleur peintre du monde, dès son arrivée il est déstabilisé artistiquement par les nouveaux courants picturaux qu’il découvre chez les artistes de Montparnasse (Modigliani et Soutine, ses voisins de la cité Falguière, Picasso, chez lequel une œuvre du Douanier Rousseau le sidère, Ortiz, Kisling, Pascin et Juan Gris, Man Ray, Brancusi, Zadkine, Marie Vassilieff et Chana Orloff, Archipenko, Severini, Kees van Dongen etc. souvent cités, comme lui, dans "l’Ecole de Paris"). Il noue des amitiés profondes, fait abstraction de tout ce qu’il sait et se cherche en hantant le Louvre et les ateliers, écoute ses amis discuter art, Kabbale et astrologie, marche dans Paris, fréquente le monde du cirque (il est bon acrobate et excellent accordéoniste). Pour cacher son mal-être il se crée un personnage singulier de dandy charmeur surnommé "Foufou" par ses amis, excentrique et plein d’humour, farceur et bienveillant à la fois. A minuit, travailleur perfectionniste acharné (jusqu’à 15 heures par jour) il s’éclipse et s’essaie aux différents styles de ses amis. Après trois années de recherches intenses, il crée un art moderne figuratif et raffiné, unique et original, où se mêlent l’influence de sa vision orientale, celle des nishiki-e (précieuses estampes japonaises), tout ce qu’il vient de découvrir de l’art occidental intensément observé, dont les peintures siennoises à fond d’or du XIVe siècle, et les masques des Arts premiers.
En 1917 il refuse à son père de rentrer au pays, rompt avec Tokita sa fiancée japonaise et épouse Fernande, peintre, treize jours après leur rencontre. C’est elle qui réussit à l’attacher au galeriste Chéron.
En 1918 il découvre la lumière et les couleurs du Midi avec Soutine et Modigliani. Les Années Folles succèdent à la guerre, la fête est perpétuelle à Montparnasse ; la Rotonde, la Coupole, le Dôme et le Jockey attirent une multitude d’étrangers riches. Les autoportraits de Foujita, ses portraits de femmes, enfants ou chats, ses tableaux d’objets banals du quotidien ou de nature et ses compositions mystiques sont tout de suite appréciés en Europe, aux Etats-Unis, au Japon ; les vêtements qu’il coud, ses décors et costumes de théâtre, ses photographies et illustrations de livres aussi. Il expose à l’étranger, voyage en Belgique, Hollande et Italie où Michel Ange le fascine et lui fait modifier ses morphologies de lutteurs.
En 1923 Lucie, une des reines de Montparnasse et grande amie de Kiki, remplace Fernande et devient Youki ("la neige"), celle au beau corps blanc nacré de jeune fille de 20 ans qui l’inspire ; comme ses grands prédécesseurs Titien, Velasquez, Ingres ou Manet, il peint le nu, interdit au Japon.
En 1931, quand la fiévreuse Youki lui préfère le poète et ami Robert Desnos, il quitte brusquement la France avec la jolie Madeleine pour une tournée de deux ans en Amérique Latine où des expositions l’attendent, fuyant aussi les conséquences financières et économiques de la crise de 29 et un énorme redressement fiscal. Après un séjour à New York il retourne au Japon où sa danseuse meurt brusquement, et rentre à Paris en 1936, à Montmartre, la jeune Kimiyo Horiuchi le suit.
Les années de guerre le rappellent au Japon, assombries par ses activités de chef des peintres officiels des armées impériales, ce dont il devra se défendre avant de regagner les Etats-Unis en 1949.

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En 1950 son retour à Paris est définitif et il offre des œuvres au Musée d’Art Moderne. Le couple obtient la Nationalité française, Foujita est élevé au grade d’officier de la Légion d’Honneur. En 1959 tous les deux se convertissent à la foi catholique dans la cathédrale de Reims, le prénom Léonard, en hommage au grand maître italien, remplace celui de Tsuguharu "Héritier de la Paix". Ils achètent une maison (aujourd’hui musée Foujita) en Essonne, à Villiers-le-Bâcle, et il consacre le reste de sa vie, avec René Lalou Président de la Maison de champagne Mumm, à la construction puis au décor de la Chapelle Notre-Dame de la Paix. Ils en remettent les clés à la ville de Reims en 1966.
A l’automne 1968 la maladie emporte cet artiste fécond, à la vaste production d’œuvres inspirées par sa double appartenance aux continents asiatique et européen, qui eut un succès considérable de son vivant mais fut un peu oublié ensuite ; ce que l’exposition du Musée Jacquemart André de Paris ambitionne de corriger. BF