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Picasso au coeur des ténèbres 1939-1945

Date : 8 novembre 2019

Picasso est tellement connu, le peintre est à ce point prolifique qu’on serait tenté de dire : A quoi bon organiser encore une nouvelle exposition ?
Quand on évoque ce créateur, apparaissent immédiatement dans notre esprit de multiples images déstructurées et souvent déstabilisantes, comme Les demoiselles d’Avignon (1907),Guernica (1937) ou encore Le charnier (1946). Mais l’objectif de l’exposition proposée au musée de Grenoble est de montrer le travail de résistance de Picasso pendant la seconde guerre mondiale. S’il représente la guerre et la femme, en l’occurrence Dora Maar, pendant cette période tourmentée, c’est de façon métaphorique, dans ce qu’elle a de plus torturé et de plus dévastateur. C’est un cri de révolte, un moyen d’être solidaire de tous ceux qui souffrent tant en Espagne qu’en France.
Le ton est donné, dès la première salle, par la représentation du prédateur, Chat
saisissant un oiseau (1939) ou le crâne de l’animal décharné, Tête de mouton
écorchée (1939). Ces crânes à chair sanguinolente évoquent les vanités
particulièrement présentes dans la peinture espagnole du XVIIème et préfigurent ce que seront les charniers de l’holocauste.
La mort hante Picasso, sans doute l’a-t-il trop côtoyée ! Plusieurs de ses amis ont
disparu et il n’a même pas la possibilité d’assister à l’enterrement de sa propre mère ! Il fait allusion à la mort et aux massacres de façon détournée, symbolique ou métaphorique. Les corps sont torturés, et les taureaux qu’il aime tant, dépouillés de toute énergie et de toute combativité, réduits à leur ossature.
Son énergie vitale, Picasso la consacre à résister à l’occupant, à sa manière, par la création. Il choisit de rester en France, à Paris puis à Royan et crée inlassablement sur tous les supports à sa disposition : toile, papier, carton, paquets de gitanes, ou
cagettes diverses…
Tout matériau est propice à l’invention comme une selle ou un guidon de vélo qui deviennent taureau, symbole de combativité.
Il intègre le sable (de l’arène) dans sa peinture et la violence devient forme, matière et couleur ! Proche de l’art africain, son style peut être qualifié d’expressionniste ; il pose en effet ses touches sans jamais y revenir.
Considéré par les nazis comme un artiste dégénéré, il fréquente l’intelligentsia parisienne et se lie d’amitié avec des artistes reconnus comme Eluard, Camus, Leiris, Sartre, Simone de Beauvoir et bien d’autres…
Sa muse reste Dora Maar, figure allégorique de l’Espagne meurtrie, photographe reconnue, avec qui il entretient une relation passionnée et tumultueuse. Elle devient « le visage collectif de la guerre ». On la reconnaît à sa chevelure, son chapeau, son élégance et ses longues mains fines dans Buste de femme au chapeau rayé (1939) ou Femme au chapeau dans un fauteuil (1941). Très engagée politiquement, elle conforte Picasso dans son adhésion au communisme. Il rejoindra ce parti après la guerre. Artiste révolté et corrosif, très controversé, il met son génie inventif au service d’une lutte qui s’incarne dans la peinture, le dessin, la sculpture et aussi le théâtre. Chez lui, une casserole aussi, ça peut crier !
Sa pièce, mise en scène par Camus, Le Désir attrapé par la queue lui donne l’occasion d’une déclaration fracassante qui restera, avec le symbole de la colombe, dans toutes les mémoires :
"Lançons de toutes nos forces les vols de colombes contre les balles et fermons à double tour les maisons démolies par les bombes !"

08-11-2019 D.VDB