Fédération Française du Lyceum Club International

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Promenade Gastronomique à travers la peinture

Lieu musée des Beaux-Arts de Lille

Date : 21 novembre 2013

Musée de Beaux-Arts de Lille :
 promenade gastronomique à travers la peinture de diverses époques guidée par Catherine le Goff

Que reste-t-il de ces agapes ?

Après avoir rappelé la naissance troublante et troublée de Dionysos, il nous reste à nous promener dans l’ambiance qui le caractérise. Bien plus large que la fête païenne, la notion de repas va s’étendre au repas eucharistique par la notion de partage et d’amour. Ce qui expliquera nos incursions dans les thématiques chrétiennes.

Satyre et bacchante, modèle en plâtre de James Pradier présenté au Salon de 1834 a fait grand bruit : « dernier des grecs » pour Flaubert, apprécié par le public, il sera pourtant très critiqué par les intellectuels parmi lesquels il faut compter Thore-Burger. A la pose lascive de la bacchante s’oppose la ferme attitude du satyre ce qui donne à l’œuvre un équilibre parfait. Mais la pilosité, la forte présence des veines, entre autres, sont reprochées pour être trop proches du modèle vivant, incompatible avec le beau idéal des grecs.

Le Christ chez Marthe et Marie, collaboration de Jan Fyt pour la nature morte et Erasmus Quellin II pour les personnages, nous offre un bel exemple de nature morte symbolique. Ce repas que prépare Marthe est en fait porteur d’un message de prudence : il ne faut pas se laisser distraire par tous les biens terrestres que nous avons en abondance, mais se consacrer à sauver notre âme, ce qui passe par l’écoute du Christ à l’image de Marie.

Tout autre est la nature morte offerte par Boel couramment appelée Les vanités du monde. En effet, le monde est représenté par le pouvoir temporel et spirituel, et même les arts sont présents. Mais, l’élément le plus élevé est le crâne couronné de lauriers à la manière antique : nul doute possible, la mort est l’ultime vainqueur de toutes nos vanités. La profusion de biens somptueux représentés, le décor sublime d’une architecture ancienne mêlée à l’expression artistique la plus récente avec la sainte Françoise de Duquesnoy contribuent à faire de cette œuvre une démonstration d’opulence.

Chardin(1699-1779) nous surprend par la force de sa discrétion. Trois, quatre objets prennent soudain devant nos yeux une importance considérable : ils réussissent la prouesse de faire parler l’intime. Au fond d’une niche, une bouteille qui capte la lumière pour nous renvoyer sur l’assiette dont le contenu encore intact est troublé par une cuiller. Cette dernière se réfléchit dans un gobelet d’argent, somptueux en comparaison des autres objets. A elle seule, elle donne le volume du gobelet en se réfléchissant, et anime tout l’ensemble. Le pain, rompu, est traversé par un couteau planté solidement, constituant une diagonale qui vient donner la troisième dimension. L’ensemble monochrome nous rapproche des hollandais, amoureux du silence et témoins patients de la vie qui s’écoule.

Toute autre est l’ambiance qu’offre Hallé avec son Eglé barbouillant Silène de mûres pour le forcer à chanter l’histoire du monde : affublé d’un physique répugnant, Silène est pourtant connu pour sa connaissance infinie du monde et son extrême gentillesse. D’un pur décor rocaille, elle reprend tous les éléments liés à Dionysos, en particulier sa chèvre, bacchante et satyre, feuille de vignes et bien entendu le vin qui coule abondamment d’une jarre inclinée aux côtés des enfants qui s’endorment d’épuisement
France Chevillotte