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Qui est Vivian Maier ?

Date : 14 mars 2020

Qui est Vivian Maier ?
Le premier à se poser cette question fut probablement John Maloof, journaliste américain, qui, en 2007, à Chicago, acheta en salle des ventes, un lot de photos et films, espérant trouver des documents pour illustrer le livre qu’il écrivait sur cette ville. En diffusant quelques photos sur des sites spécialisés et grâce à l’avis de photographes éclairés, il se rendit compte qu’avec ses 300 dollars il avait mis la main sur un véritable trésor.
Son enquête commence : deux hommes se présentent et lui disent reconnaître leur ancienne gouvernante. Le mystère se dissipe : la mystérieuse photographe sort de l’anonymat. Il s’agit d’une femme d’origine franco-autrichienne, née en 1926 et morte en 2009, aventurière, gouvernante par nécessité, et absolument passionnée de photographie, qui a soigneusement gardé environ 120 000 clichés et films, pris principalement à New York, à Chicago et dans le Champsaur, où elle a fait trois séjours.
Le premier, de 1927 à 1933 environ, à St Julien en Champsaur, le village d’origine de sa mère, venue s’y réfugier après la séparation conjugale : six années heureuses, où elle apprit le français, découvrit campagne et montagne et noua des relations privilégiées avec sa grand-tante, qui les accueillait, sa mère et elle.
En 1950, elle apprit que cette tante, justement, lui léguait tous ses biens : nouveau séjour pour régler cette succession. Voilà Vivian à la tête d’un bon petit pactole ! De retour à Chicago, elle s’achète son premier appareil digne d’un professionnel, un Rolleiflex et reste 17 ans dans la même famille, où elle s’occupe de deux garçons. En 1958, elle commence un tour du monde et, avant de rentrer aux Etats-Unis, elle séjourne dans le Champsaur, retrouvant avec plaisir ceux et celles avec qui elle avait vécu six années heureuses de son enfance : des clichés pris à ce moment-là témoignent de ces échanges joyeux et chaleureux, comme de scènes rurales.
Son retour aux Etats-Unis est un long déclin, de famille en famille : elle passera les dix dernières années de sa vie dans la misère, là où elle sera recueillie par sa première famille d’adoption.
Les seuls témoins de sa vie sont ses clichés, classés dans des boîtes, déposées dans un garde-meubles, ce fameux lot mis aux enchères pour payer la location du lieu !
Et ce sont ces deux frères qui révèleront à John Maloof l’identité de la mystérieuse photographe.
Telle est la réponse à la question initiale.
Etrange histoire ! Vivian Mayer n’a probablement pas vu la majorité de ses clichés, et n’a pas su le succès et la renommée posthumes qui l’attendaient. Mais une réponse apporte une nouvelle question : pourquoi cette reconnaissance internationale ? Ce succès mondial ?
C’est probablement l’originalité des clichés pour cette époque qui fait d’elle une avant-gardiste. Cadrages décalés sur des détails incongrus, ou des motifs graphiques et surtout choix des sujets s’opposant au rêve américain des années 60. Ils n’intéressent aucun galeriste et même déconcertent. Ayant connu la pauvreté et l’exclusion, tout le long de sa vie, elle a porté son regard sur les oubliés, les recalés de la société, tout ce qu’elle voyait tout simplement dans la rue : enfants, noirs, clochards, déshérités en tous genres, ou au contraire détails vestimentaires de personne aisées. Sûre de ses choix, libre de toute convention, elle livre un témoignage très vivant et authentique, parfois émouvant, parfois drôle, qui exprime souvent son empathie pour ses sujets.
Le nombre important d’autoportraits parmi les 120 clichés exposés au Musée de l’Ancien Evêché de Grenoble interroge le spectateur : besoin de s’affirmer en dépit de son anonymat, moyen de lutter contre la transparence de sa personne, envie de donner forme à sa curiosité et de témoigner ? Probablement un peu tous ces éléments.
Le soin que Vivian Maier a pris à classer et mettre en lieu sûr ses 120 000 clichés indique la valeur tant personnelle qu’artistique qu’elle leur attribuait.
A son tour, John Maloof, en révélant ce trésor, est entré en résonance avec l’intelligence, la sensibilité et la curiosité de cette étonnante photographe.
L.B